‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 44 sur 192 · D'Argenson, 26 janvier · texte numérisé non relu

D'Argenson, 26 janvier

aller chercher au loin la chaux, le plâtre et la pierre de taille, il envoie sur les grands chemins des patrouilles de la garde suisse qui saisissent, payent et amènent sur-le-champ les chariots ainsi chargés '. Le maréchal de Soubise, recevant un jour le roi à dîner et à coucher dans sa maison de campagne, dépense à cela 200 000 livres *. Mme ^de Matignon fait un marché de 24 000 livres par an, pour qu'on lui fournisse tous les jours une coiffure nouvelle. Le cardinal de Rohan a une aube brodée en point à l'aiguille qu'on estime à plus de 100 000 livres, et sa batterie de cuisine est en argent massif*. — Rien de plus naturel avec l'idée qu'on se faisait alors de l'argent; épargné, entassé, au lieu d'un fleuve, c'était une mare inutile et qui sentait mauvais. La reine, ayant donné au Dauphin une voiture dont les encadrements en vermeil étaient ornés de rubis et de saphirs, disait naïvement : « Le roi n'a-t-il pas augmenté ma cassette de 200 000 li- « vres? ce n'est pas pour que je les garde *. » On les jetterait plutôt par la fenêtre. Ainsi fit le maréchal de Richelieu d'une bourse qu'il avait donnée à son petit-fîls et que le jeune garçon, n'ayant su la dépenser, rapportait pleine. Du moins l'argent, cette fois, servit au balayeur qui passait et le ramassa. Mais, faute d'un passant pour le ramasser, on l'eût jeté dans la rivière. Un jour, de-

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