AND EH
Car la grande souffrance élève et raffermit, éclaire ceux A qu’elle ne peut broyer. Voilà comment, avoir fait cette Fe guerre, Sera un titre; on saura que, pendant plusieurs années, des espèces d’ermites boueux et ensanglantés auront flétri amérement les vices d’une Société qui faisait de leur Chair et de teur dignité un usage si insolent, qui prodiguait si follement cette chose lente à croître et délicate, qu’on appelle un homme, et qui auront compris à la fois l’infamie d’un certain nombre de concepts jusqu'alors vénérables, et 3) la justesse d’un certain nombre d’idées jusqu'alors tenues St
- pour utopiques. =
Avoir été à la guerre voudra signifier non pas une collabo- ie tation à des gestes sonores au souvenir desquels on affectera 2e). le traditionnel ton fat du guerrier, maïs une participation à : une lente et grave réflexion où deux congrégations laïques auront, acctoupies dans l’ordure obscure des cantonnements et des abris, élaboré, sous les déferlements, la loi nouvelle. |
Intellectuels et manuels mélangés dans l’abjection auront es fusionné. Les uns auront enseigné aux autres leur révolte | rationnelle et documentée, les autres auront révélé à leurs camarades le simple mystère de la loi du cœur. Les paysans auront fait connaissance avec les ouvriers. Et enfin, les uns et les autres, ils auront vu de près l’ennemi qui aura cessé d’être un principe de haïne abstraite pour devenir un être humain couvert de boue (comme eux), rongé de misère (comme eux), exploité par des maîtres (comme eux) et, corime eux aussi, rêvant d’un changement social. N’aurait-on vécu que six semaines cette vie-là, elle laisse
dans la plupart des hommes une trace qui, si bien effacée
l’épaule des forçats, au premier choc.
Mieux encore, à Verdun, en Champagne, Picardie, Flandre, Artois, les plus sensibles et perspicaces auront Connu Féblouissement de Paul de Tarse sur le chemin de Damas, de Clovis au milieu du fracas de Tolbiac et, avec la même ferveur — j'en pourrais nommer plus d’un — ils ont juré de donner leur vie (s’ils en revenaient), à la grande uvre d’une Europe cohérente, sans capitalisme, sans im-
périalisme, et populaire.
Les autres, ceux qui n’auront pas connu dès le champ de bataille ce Choc presque mystique, ils S’éveilléront peu à peu à l'horreur de cette guerre qu’ils auront faite ; 11$- la haïront mieux en souvenir que dans l’égarement de la mitraille ; ils la jugeront, et derrière l'horreur de la guerre, vient la sagesse, puis l’action.
IT
Revendications personnelles
La guerre n'était pas finie que déjà la situation faite aux anciens combattants se mesurait chichement
Quels sentiments véritables animent les classes dirigeantes ? Les discours et votes de leurs représentants lots de lPélaboration de la loi des pensions militaires, les ont révélès. Un flux huileux d’éloquence cicéronienne, des attitudes théâtrales : « Les Poilus ont des droits sur nous », « Dette impérissable », un assaut de discours latins chez les Jésuites.
Mais d’une reconnaissance lécislative du droit à la réparation, rien! Refus. Refusé aussi, le tarifage égalitaire des pensions entre tous les mutilés de tous les grades — une phalange d’orteil de général vaut jambe et cuisse de soldat père de famille — (ceci, comme si l’on voulait marquer que l’un et l’autre n’ont pas défendu la même chose et qu'il y a eu une dupe). Refusé aussi, cet équitable projet du Congrès des Mutilés de Lyon, selon lequel le taux des pensions serait proportionnel au coût de la vie! Non! Qu’avec la complicité des Pouvoirs Publics et la concussion des Ministres, les accapareurs poursuivent pendant la guerre et au delà, leur travail de renchérissement, voilà qui est juste. Maïs point que
qu'on la croie, reparaît comme autrefois Ia marque sur