‹ L'Ancien soldatChapitre 3 sur 5 · RP TD · texte numérisé non relu

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la petite rente d’un infirme hausse ou baisse avec le prix des lécumes dont il,se nourrit.

Êt M. Paul Doumer, dont on sait l’énorme et brusque eutichissement dans la politique, disait au Sénat, par manière de conclusion (il parlait en qualité de Président de la Cominission des Pensions): « Le seul défaut que je vois à ce projet est sa générosité qui grèvera lourdement notre pudget ; nous le voterons néanmoins mais qu'on ne nous demande rien de plus. »

Sur un ton plus poli (le ton d’un député, et non plus d'un sénateur), le rapporteur de la loi à la Chambre faisait appel au patriotisme des mutilés, les suppliant d'accepter des taux qu’il reconnaissait dérisoires, mais desquels le relèvement Serait ruineux pour la France.

Eh! monsieur, les mutilés sauront, comme disait cet insurgé de 48, mettre au service de la République autant de

mois de misères qu’il faudra ; mais ce ne sera pas à l’appel

d’une finance gorgée de richesses par la guerre, qu'ils se résoudront à ce sacrifice.

En vérité, on est confondu par tant d’arrogance, et j'avoue que j'aurais cru à plus d’habileté.

Il aurait été sage (j'entends au point de vue conservateur), de savoir contenter ce rugueux prolétariat de la guerre, dont le prestige est redoutable, de se montrer généreux, d’accepter d’embléé ses premières revendications, comme l'ont vainement voulu des démocrates bourgeois ititelligents, et d'éviter ainsi qu’à l’intransigeance, il n’oppose lintransigeancé ; mais au contraire, de s'en faire un allié contre les revendications ouvrières. Diviser le proléta-

tiat par le moven d’un modique privilège alloué à sa. n D

plus glorieuse et dangereuse fraction, c'était amortir le choc

socialiste, le rompre, le vaincre ; c'était durer. L’entêtement

extrémiste d’une oligarchie méglomane ne l’a pas compris. Et la même main qui ôtait le pain de la bouche des anciens soldats aveugles, bourrait d’or les poches, les chapeaux, des actionnaires de la Banque de France. Contraste maladroit, synchronisme qui a frappé tous les esprits et que, dans dix ans, personne n’aura oublié. |

L’émotion a été grande dans les Associations de Mutilés. Le parti des tergiversations, des aplatissements, des démar-

ÿ 2 ? PL Ches, des petites habiletés y a perdu beaucoup de son crédit. Le parti de l’action de masse y a gagné.

On a vu peu à peu l’extrémisme de gauche croître, aidé par l’indignation contre l’extrémisme de droite qui inspirait les hommes d'Etat, et grâce auquel les mutilés échappaient sans s'en douter, au danger qu’ils auraient connu, s'ils avaient eu affaire à des Ministres moins rapaces, mais plus prévoyants. (tr).

Même situation dans les usines de guerre.

A la veille de la première rév olution, pour un homme très riche, on disait : « Fermier général » ; aujourd’hui on dit : « Fournisseur de guerre ». La richesse de cette nouvelle caste est fabuleuse. Son impopularité est formidable ; l’impôt qui la frappe est impuissant.

L’instrument de cette opulence fut un prolétariat presque entièrement ‘formé d’anciens oombattants, rappelés de la tranchée et affectés à une usine où ils travaillèrent dix, douze heutes par Jour (et par nuit), sans aucune garantie d'hygiène, sans aucune mesure.

La lecture des somptueux bilans des sociétés industrielles a dû donner à réfléchir à ces hommes, et voilà la raison de l’accroissement des effectifs syndicaux, Si menus avant 1914, d’un si grand poids aujourd’hui.

L'ancien combattant, détaché à l’usine, d’abord. craintif, Soumis, naïf, devint ombrageux, exaspéré de sa situation inférieure vis-à-vis de ses camarades non mobilisés qui, pour un travail égal, gagnatent davantage ; écœuté du. rôle d’espion et d'espionné entre lesquels on lui donnait le choix, et indigné qu’on lui reprochât sa situation privilégiée par rapport à ses camardes soldats, alors que lui-même avait toujours été prêt à se contenter des cinq Sous pat jJout du « deuxième classe », à condition que le patron subît le

(1) Au moment où j'écris ceci, le Sénat ne sest pas encore résolu à voter la loi telle que la Chambre la lui renvoie, c'est-à-dire très nettement améliorée. Mais même s’il la votait sans en rien rogner — chose nullement certaine — les mutilés ne pourraient l'accepter, puisqu'elle ne reconnaît ni le principe du droit à réparation, ni l'égalité des tarifs entre classes sociales (les officiers auront leur loi pour eux seuls), ni la proportionnalité au coût de la vie.

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même sort et que l’économie sur les salaires profitât non pas au capitalisme, mais à l’Etat. |

Là aussi, l’extrémisme de droite a suscité un extrémisme de gauche. La décrépitude des libertés syndicales et des lois de protections ouvrières (parallèle à l'augmentation des forces syndicales mentionnée plus haut : il y a là-.un déséquilibre grave)... le redoublement de tyrannie qui, pour le bénéfice d’un actionnaire, renouvelait sous prétexte de mobilisation cette insulte permanente à la dignité du travailleur qu’on appelait il y a 50 ans : le livret ; cette autorité de marchand d'esclaves qui pouvait, d’un geste, séparer un homme des siens et l'envoyer d’une usine à l’autre, sans explication, sans prétexte, sans raison militaire, sans autre cause qu’une trop grande vigueur syndicale, cette insolence enfin, affichée par des enrichis, ont creusé la tranchée funeste, l'ont enrobée de barbèlements acérés, l’ont peuplée d’une multitude muette, attentive, immobile encore.

Comme si ces griefs n'étaient pas, par eux-mêmes suffisants, le Gouvernement s’est appliqué à en créer d’autres, plus rares, mais flagrants.

Soldats, mutilés et ouvriers ont de mauvais juges.

Il y a là un hideux chapitre de la guerre qu’on n’a pas encote écrit. Mais le jour est venu d'ouvrir les archives infâtnes des cours mattiales, ces tribunaux illégaux qui suivaient les offensives et les retraites comime les hyènes suivent le lion, et qui tuaient sans défense, sans preuves, sans pièces, sans témoins... Le temps est venu de poser la question : Qui a pris sur lui de violer la loi? Qui a rédigé les circulaires sur les mutilations volontaires? Qui c’est permis de faire manœuvrer la peine de mort au mépris de la loi ? Qui donc a trouvé trop généreux encore et trop indulgent le Code de Justice Militaire ?

Ft il faudra bien qu’on réponde! A la modeste demande d’ammistie générale réclamée par le député socialiste Jobert, M. Ignace, avec une mofgue triste qu’il prend pour de la fermeté, répondit par un reius hautain, se bornant à laisset entendre qu’on procèderait à quelques révisions indivi-. duelles..… Hein? Quoi? Sait-on que c'est par dizaines et dizaines de mille que se chiffre le nombre des victimes des conseils de guere et des couts mattiales? Alors? Attendre 10, 20, 30 ans? Et d’ici là peupler le sud-oranais ou Îles casemnates thénanes de milliers d’honnêtes pères de famille qui paieraient de la misère de leur vie et des leurs, un geste de colère contre un grade? |

Tà encore la maladresse des maîtres aiguise une situation délicate. On compare l'impunité évidente de fautes qui

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coûtent 100.000 hômmes à la République, avec la sévérité qui s’abat sut la nuque d’un soldat endormi à son poste par Île vel. Oui... si la pension d’un général malade est dix fois celle d’un soldat, le châtiment d’un général médiocre est cent fois moindre que celui d’un soldat négligent.

On compare les complaisants acquittements des mercantis richissimes qui, en pleine guerre, vendirent à Krupp de la cyanamide pour ses canons, avec la sévérité qui jette en prison pour six mois, un mutilé coupable d’avoir dit, devant un agent provocateur, que la guerre risquait de durer Sept ans...

Et c’est ainsi que chaque ville, chaque campagne de France se voit doter d’une affaire Dreyfus des soldats.

Familles et camarades des victimes, à l’œuvre!

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Liens étroits entre l’ancien Combattant et le Pays

L'essentiel, c’est que l’ancien combattant sache comprendre quels liens étroits unissent son intérêt le plus personnel, le plus direct, avec celui du pays, l’Europe.

Jne funeste formule alléchante a faussé l'esprit de certains mutilés. « Pas de politique », et la mode dans certains groupements est venue de se désintéresser de toute question qui saillait en dehors de la loi des Pensions.

Mot d’ordre absurde, et qui d’ailleurs n’a pas été observé par ses instigateurs eux-mêmes, lesquels l’ont oublié, quand il s’est agi de flagorner le pouvoir.

Et j’augure qu’en période électoriale, on verra dans plus d’un coin de la France s’annoncer la candidature d’un malin défenseur « des intérêts des mutilés, paysans, ouvriers, en dehors du terrain politique ».

Quoi qu'il en soit, la formule a tencontré un incontestable succès parce qu'elle flatte la lâcheté et la paresse intellectuelle qui est immense. Mais ce beau succès n'est pas du-

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rable, il ne survivra pas à la guerre. Une fois devant nous, les problèmes financiers traîneront le reste avec eux.

Et les mutilés s’apercevront, par exemple. que la loi des Pensions dépend de 1a Société des Nations ; qu’on n’aura pas des millions pour tout le monde ; qu’il faudra choisir entre des Canons et des Pensions et que si on contente les métallurgistes, il faudra bien tondre les infirmes.

Hs S’apercevront encore que ce n’est pas pour eux chose Sans valeur de savoir d’où viendra l'argent que chaque semaine ils toucheront chez le percepteur, car les plus belles augmentations seraient pures plaisanteries, si l'Etat les Le devait acquitter au prix d’impôs indirects dont le mutilé FE lui-même ferait les frais en sucrant son café. (x)

En Outre que la misère du mutilé ne se desserrerait pas d’un cran, le peuple entier souffrirait du poids ‘hatassant des impôts, et, selon son habitude de s’en prendre au petit plutôt qu'au gros, au gendarme plutôt qu’à la consigne, au soldat plutôt qu’à l’empereur, c’est au mutilé qu’il s’en prendrait.

On se montrerait du doigt les formes boitantes, ou tronquées, où hésitantes, des infirmes, on se dirait : « Peut-être nous ont-ils sauvés autrefois ; en tous cas, aujourd’hui, ils nous ruinent... » Et les misérables victimes de la guerre se vetraient deux fois mutilées, dans leurs corps, et dans leur Classe. Ayant perdu la solidarité ouvrière, ils n'auraient pas gagné non plus la rente suffisante pour vivre et, dans des Congrès sans autorité, ils pousseraient d’aigres plaintes sans écho, dédaignés par les riches et enviés par les pauvres.

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51, au contraire, les anciens combattants savent voir grand et large; s’ils comprennent que leur sort les force à choisir entre la première place dans l’Etat et le “porche des Eglises ; s'ils distinguent clairement et à temps, l’ami de l'ennemi, s’ils exploitent leur capital de prestige, leurs quatre ans de souffrance, la ruine de leurs corps, comme en 89 le Tiers-Etat exploita le déficit ; s’ils ont l'âme assez fière

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