‹ L'ancien théâtre en PoitouChapitre 12 sur 31 · LA SERVANTE · texte numérisé non relu

LA SERVANTE

Hé quoi 1 que ferez-vous ?

Me voulez-vous tuer comme vos sept époux?

Ah malheureuse femme! ah cruelle meurdrière!

Voulez-vous donc tuer maris et chambrière?

Le reste de l'acte est rempli par la prière de Sarra au Seigneur, la demande en mariage de Tobie, et les stances du chœur qui chante le bonheur des futurs époux.

A la suite figurent deux fragments qui devaient sans doute faire partie de Tacle suivant : Les plaintes du vieux Tobie et de sa femme sur V absence de son fils^ et le Congé que prennent Tobie et Sarra de Raguel et de sa femme.

Il y avait gros à parier que l'œuvre dramatique incomplète ne paraîtrait jamais à la scène. Cependant le contraire faillit arriver. En 1597, un poète normand s'empara de tous ces fragments pour les insérer dans un nouveau Tobie. Mais comme Jacques Ouyn n'avait pas grand talent, sa pièce est encore plus oubliée que les fragments de Catherine des Roches.

Jacques Ouyn ne cache pas ses emprunts. Il nous prévient loyalement dans son « argument » que Tacte IV est de mademoiselle Des Roches. Ce n'est pas tout à fail exact. L*acte IV de la tragédie définitive est, il est vrai, tout entier de Catherine Des Roches, mais Ouyn a intercalé sans s'en vanter dans son dernier acte les deux fragments que nous avons cités : les Plaintes du vieux Tobie^ et les Adieux à RagueL

Cette collaboration posthume avait échappé aux auteurs d u Théâtre français ^ (\\x\, détail curieux, en citant les vers qui leur semblaient les meilleurs, ont choisi justement ceux de Catherine Des Roches. Telle la réplique d'Azarie à Raguel :

Monsieur ne craignez point: les marys de Sarra Sont tous morts, l'ayant eue, et cest autre mourra Si vous De luy donnez. Vaut*il pas mieux qu'il meure Avec elle content que mourir à ceate heure (1)T

En 1581 les Poitevins virent représenter deux pièces d'un jeune auteur nommé Nicolas de Monlreux, qui signait de l'étrange anagramme d'Olénix du Mont Sacré. Fils d'un gentilhomme du Maine, il avait environ vingt ans quand il fit jouer la tragédie du Jeune Cyrus « prinse du grec de Xé« nophon », et la comédie intitulée A/ Joyeuse. W achevait sans doute ses éludes à l'Université de Poitiers (2>.

Nous n'avons pas plus de renseignements sur la tragédie Hercule furiettx, de Louis Herbodeau, parue à Poitiers en 1591, sans avoir probablement jamais été représentée. C'est une traduction de Sénèque en vers. Elle ne manquait pas de valeur, à en croire une épigramme du jeune poète

(i) Paafajt (Len fréreii). Histoire du ihéMre fraoçai», t. III, p. 533, 3) La <^not.\ Di; Maimc. btbliothèi)uc frao<;oiNr. I. Il, p. 17*.

Banchereau, qui, après avoir comparé Tauleur à Garnier, se demande qui de lui ou deSénèque doit remporter :

Cui tam bene ira Ter vidas Hercules Est pictus, anceps ut prope nesciam Num prsestet hic Ànnseus tibi, vel Tu Senecae, Lodoice, praBstes (1).

Terminons cette revue du cycle dramatique poitevin de la Renaissance par V Amour vaincu, tragi-comédie de Jacques de Lafons, représentée le 10 septembre 1599 au château de Mirebeau, devant Henri de Bourbon, duc de Monlpensier et Catherine de Joyeuse, sa jeune épouse. L'auteur était de Mirebeau, ce qui ne l'empêchait pas de trouver soussa plume des images qui ne sentaient pas trop le terroir:

Beau jour beau sein neigeux où deui pommes d'ivoire Flottent mignardement d'une pompeuse gloire Sur un estang de lait. . . . (2).

De toutes les œuvres dramatiques que nous a léguées la Pléiade poitevine, voici certainement la plus poétique, la plus féconde en vers faciles, en images gracieuses. On peut reprocher à l'auteur sa préciosité, son manque de goût ; on ne peut lui refuser Tabondance et la facilité qui font défaut à presque tous nos poètes poitevins. Mais que le titre de tragi-comédie est donc mal choisi pour r Amour vaincu! C'est une pastorale, un à-propos mythologique à la louange des nouveaux époux, comme les beaux

(i) Dreux DU Radier. Bibliothèque historique du Poitou, t. Il, p. 122.

(2) Amovr vaingv I tragecomédie (en 5 actes avec prologue). Représentée dauant (sic) très^illusire Prince Henry | de Bovrbon, dvc de Montpensier, etc... I Et très-excellente Princesse Catherine | de Joyevse, le 10 Septembre I 1699, en leur Chasteau | de Myrebeau, | et dédiée à leurs Grandeurs. I par Jacqves de La Fons natif dudit | Myrebeau. Aduocat en Parlement. PoictierSy 1099, petit in-4 de iv-46 pp. (Catalogue de la Bibliothèque Soleinne, no 869) ; bibliothèque de Poitiers, n» 72.1 B . P .

esprits du xvu* siècle en composeront bientôt pour chaque

événement heureux survenu dans lu ramille royale.

Vn poète, qui signe Des-Hermites, a célébré dans un

sonnet liminaire le talent de Jacques de La Fons :

Cette douce liqueur qui sort de ta poitrine.

Ce ancre, ce nectar qui te mesie en tes vers. . .

Si l*on voulait être impartial, il faudrait prendre ce compliment à la lettre. C'est du sucre, d*uQ bout à l*dutre, que la tragi-comédie de f Amour vaincu. Un peu moins de fadeur n'eût pas gâté cette transparente allégorie.

L'Amour^ qui s'est rendu maître de tous les dieux, à l'exception de Diane, veut lui envoyer « le berger Henri » pour larendreamoureu8e.il prépare une composition de tous les charmes dont il dispose, qui vonts^ajouter aux charmes naturels du berger et le rendre irrésistible. Mais, en chemin, rencontrant « la nymphe Catherine», il veut essayer sur elle la force du philtre. Quand il l'en a pourvue^ il la trouve si attirante qu'il en devient éperdument amoureux. Le voilà pris dans ses propres rets! Catherine, aussi chaste que belle, se moque de ses plaintes. Amour, pour se venger, se donne des compagnons d'infortune. Il rend Apollon amoureux d'une Dryade qui ne l'aime pas, un satyre fou d*une Orcade qui le trahit^ Ilippolyte amoureuxde McMile et Mélite d*Uranin, Uranin d'Alalante, Alalante d^llippolyte. I^ir bonheur, le dieu malin, qui toute la nuit «< a joué aux échecs avec Ganymède » , s'endort. Diane lui en!i*ve ses armes.

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