XIV BIBLIOGRAPHIE
Paulze d'Yvoi. Un évêque de Poitiers au xviiie. Mgr. J.-G. de la Poype de
Vertrieu. {Mém. Soc. Antiq. de VOuest, %^ série XI). Petit de Jullbville. Les mystères. — Paris, 1880. 2 vol. in^. PiLOTELLE. Essai historique sur TancieDoe université de Poitiers. {Mém.
Soc, des Antiq. de VOuest, ire sMe XXVIl), Plangher-Valcour. Le siège de Poitiers, drame lyrique en trois actes, en
vers. — Poitiers, 1786. In-8.
Portefeuille des dames (le), journal du département de la Vienne, par
Tabart et Briquet. — Poitiers, 1799-1800. 2 vol. in- 12. Prévost (J.). Tragédies et autres œuvres poétiques. — PoiiierSy i6i4.In-i2. Quéruau-Lambrie . Notice sur le théâtre d'Angers, 1755-1826. — Angers,
1889. ^^'^' Proust (A.). Archives de l'Ouest, 1780-1800. — Paris^ 1867-69. 6 voL gr.
in-8.
PuBucATEUR de la Vendée (le). Trihebdomadaire. — La Roche'Snr'Yon,
i83o. In-fol. (La publication continue.) Rapin (Nie). Les œuvres latines et françoises. — Paris, 1610. In-4> — Les plaisirs du gentilhomme champêtre, publ. par B. Fillon. — PariSy
i853. In-i2.
Relation de ce qui s'est passé à l'érection de la statue du Roy dans la ville
de Poitiers, le 26 aoust 1687. — Poitiers^ (1687). In-4* Revue d'Aquitaine, littéraire et scientifique. — Potiers, 1876- 1876.2 vol.in-8. Revue du Bas Poitou, paraissant tous les trois mois. — Fontenay, 1888.
In-8. (Un volume par an, la publication continue.) Revue des provinces de l'Ouest. — Nantes^ i853. 6 vol. in-8. Revue illustrée des provinces de l'Ouest, publ . par Léon Séché. — Paris^
1890 à 1896. 16 vol. in-4.
Revue de Saintonge et d*Aunis. Bulletin de la Société des Archives historiques delà Saintonge et del'Aunis. — Saintes^ 1876. In-8.Un(vol. par
an, la publication continue.) Revue de la Société littéraire, artistique et archéologique de la Vendée. —
Fontenay, 1882-1886, 5 vol. in-8.
Revue et Gazette des théâtres, journal des auteurs, des artistes, etc. — ^
Paris, i83i, in-fol.
Richard (Alfred). Recherches sur l'organisation communale de Saint'
Maixent. — Poitiers, 1870. In-8.
Revue d'archéologie poitevine, publiée par Mgr Barbier de Montault. — •
Poitiers et Saint- Maxent, 1 898-1 901, 4 vol. in-8. RiGAL. Alexandre Hardy et le théâtre français au xviie siècle. — Paris,
1889. ^•^' Rivaudeau (André de). Les Œuvres de André de Rivaudeau, gentilhomme
du Bas*Poitou : Aman, tragédie sainctc. — Poitiers, i566. ln«4*
BIBLIOGRAPHIE zt
Saintb-Majituk (S. de). Ëloges des hommes iliustrés, mis eo françois par
G. CoHclet. — Parts, 1644. In-4.
«- San Martbano Virorura doctrioa illustrîum. . . . elogia. — Muy. Picloinim, tSc^S. ln*4.
— Second volume des œuvres de Scévole de Saincte Marthe., «i coq tenant troys livres de poésie meslèe de vers françois et latins. « Potltferi, 1573. In-4.
Saiktk-Maiithe (Jean de). Le mariage de Fine Epice. Comédie L — S. /.
\J^ar\9)^ 1664. In-ia.
Sauit-Lo2<io. Les amours de Colas, comédie loudunoise en beau langage,
par le sieur de Saint- Long. ~ Louâun^ 1691. In* 1 a. (Réimprimé : Lfmdicn. 173a; ?aT\$^ i843; iViorl, 188a.) [SAjfrr*HoMAi!<J. Coup d'œil sur les ihéAtres du royaume. — PanSf i83i,
In-8.
ScàARON. Le Roman comique, annoté par V. Foumel. — Pont» 1857,
a vol. iA*i6.
SooÉri des Antiquaires de l'Ouest. Mémoires et Bulletins. — Potlî^f,
i836. In«8. (La publication continue).
SoairA de Statistique, sdencest lettres et arts du département des Deux*
Sèvres* Mémoires et Bulletins, 1836-1891. 58 vol. in-8. SocLii (Cud.). Recherches sur Molière et sa famille. — Varti^ i863. In-H. Tallsmant DBS RiAux. Les historiettes, publ. par Paulin Paris et Monmer*
qoé. ^* Paris, i853-ôo. 9 vol. in*8.
TMttAuoBAU. Abrégé de l'histoire du Poitou. — Poiiiertf 1782, 6 vol. in-ia,
(Réimprimé : avec une introduction par H. de Sainto^Hermine. lliari,
Habin, 1839-1840, 3 vol. in-8.) TainousT. Relation de Tordre de la triomphante et magnifique monatre du
mystère des SS. Actes des Apôtres. — ^^Bourges, i836. In-8. TiujOT (du). Mémoires pour servir à l'histoire de la fêle des Foux* —
lAusannêf 1741- IM- Taaditioh (la) en Poitou et Charentes. — Liguyé, 1897. In-8. Vaixbttb (R.). Le Théâtre à Fontenay. — S. L n. d. In-89 3 pp. (Publié
d'abord : Sodéié Ultérairt, arêistique «I arc^o/ogiçtis de la Vendée, )
— Fontenay-le-Comte. (Payungts et monuments du Poitou, liv. XLII àXLVm.)
Vbucun. Le théâtre à Bemay au xvui* siècle. -— Bemay, 1884. In-8. Vttxon (François). Œuvresi publ. par A. Loognon. — Paris, 1890. ln-8. YvBiuiAUD* Le martyre de sainte Ursule, princesse des onxe mille vierges, tragédie par le s' Yvemaud. — PoitUrt^ i0j5. In- 8.
L*hiftloire du Uiéùlre s'ouvre par uue époque singulirro, encore mal éludiéo, où le polythéisme finissant se mrle au clirislianisme iviissant» oii Téglise dresse sa vaste nef à coté du Ihéàtre antique, où 1rs spectacles sanglants el obscènes de la corruption païenne partagent les faveurs de la foule avec les pompes du culte noineau. Ni les anatiièroes des Pères de TÉglise, ni leurs elforls pour opposer l«*s solennités des cérémonies litur^riques aux tliverli<--ements profanes ne réussissent à tiéluurner le peuple de ses plaisirs traditionnels. Il court aux deux *5perl.ir|»»s, et, ju**-
VMtîftt de l*aotH|uilé« — Saiol lliloire. — Le couvcoi de $Miîiile«IUdr* l^ncJe. — Drame lîluriçîquc. — L cvèque (les lnnoc<*nl8. — I^e pape ile« *
Kf»iM. — L'aquilnnetif. — l.r<i prntecousleeux. — l^cs r«fls«^iiMi*H*iiii\« — La Ciraod'^oule. — i^t* prcniicrH iii\ stères. — Kraiiroi^ Villon
à Saiol-Maixent. — > I^roliibîlious des farces et iiioralitrii par l*t'Ii;lise '
qu'au vi' siècle, on trouve dans les exhortations des évêques la preuve de cet attachement invincible aux vieilles coutumes.
En Poitou, où de si magnifiques vestiges de théâtres et d'arènes attestent le goût de nos ancêtres pour les jeux du cirque, saint Hilaire eut fort à faire pour ramener ses brebis égarées. En 364, à son retour d'Italie, il trouva ses fidèles beaucoup plus occupés de spectacles profanes que d'éloquence sacrée, ou, pour parler en termes précis, les églises désertées au profit des théâtres. Le saint évoque prodigue les exhortations à ces esprits égarés qui theatralibus ludvs captivi incubant, qui se laissent captiver par les représentations théâtrales ; quicircensium cerlaminibus serviunt,(\\jL\ s'attachent aux combats du cirque.Et il ajoute, avec un jeu de mots bien pardonnable : nisi forte non magis equorum cursu astroruni cursus est gratior, et obscœnis illis spectaculorum turpium fabulis non amœnius divina illa humana spei eloquia cantantur[{). Des courses de chars, des combats de gladiateurs, des pantomimes, des comédies, ce passage s'applique sans aucun doute au théâtre de la décadence romaine.
Combien de temps ces derniers vestiges de l'antiquité
(i) Sangti Hilarii opéra, studio et labore monachorum S. Benedictî. Paris, 169H, în-fol. — « Circa fiaem annî 364, Italia discedens, Pictavos se recepit. . . Immo eum tune temporis Psalmos exposuisse, hioc neces* sario quddam modo confitetur, quod in eorum enarratione libros de Trinitale jam se antea editos notet )). (Vita S, Hilarii, CXX. D.). — Aver» tere oculos meos nevideant vanitalem et in vialaa vivijîca me, ... « Oral autem et aDimi et corporis oculos eos scilicet qui theatralibus ludis caplîvi incubant, eos qui circensium cerlaminibus serviuut^ ... nisi forte non ma« gis equorum cursu... », etc. (Tract, psalm. C. 27G D), — Je crois devoir ajouter, pour répondre d'avance à toute objection, que saint Hilaire avait certainement eu sous les yeux, en Italie, assez de spectacles de ce genre pour que le souvenir qui lui en était resté suffise à expliquer son commentaire.
LANCIEN THÉÂTRE EN lOITOU 3
résistèrent-ils au courant qui allait entraîner le peuple vers de plus nobles émotions? A quelle époque les théâtres et arènes de Poitiers, de Doué, de Sanxay et tant d*autres monuments, se sont-ils vus désertés par la foule? Il est bien difGcile de le dire, mais on peut tenir pour certain que le moyen âge ne connut rien du grand théâtre antique. A peine les barbares ont-ils entrevu la dernière ombre de ces admirables solennités, entendu le dernier écho de la dernière comédie grecque ou latine. Je crois qu*il ne faut voir qu*une gracieuse image poétique dans ces deux vers de Fortunat :
Inde vîri postes et pulpita floribus ornant, Hinc mulier roseo complet odore sinum (1).
« Les hommes ornent de fleurs les portes, les théâtres : les femmes remplissent et parfument de roses leurs cor<sages. »
Cest en ces termes que Tévèque poète regrette le printemps qui ne lui permet pas d'adresser à ses amies Hadegonde et Agnès des fleurs pour parer leurs autels. Si Ton osait prendre palpita à la lettre, il y aurait eu h Poitiers au vi* siècle des scènes où venaient jouer des acteurs, vrai* semblablement des histrions.
Peu nous importe, d'ailleurs, le sort de ces édifices, dont les pierres vont servir à élever les seules constructions que réclame la nouvelle société : des remparts et des cathédrales. Le génie dramatique tient k Tessence même de TAme humaine ; il ne s*éteint ni ne s'éveille, il se transforme.
(i) F(mn*>4T. PorsÎM m^lco^, Irad. par (^h, NisarJ. Paris, iJ^S;, p so8. — Palpita déni^ne uu thcàirc avec une ^ccnc, pr>»|)rctn(-ijt l*avaot-tc^ae» où jouaient les bislrioas.
Lés théâtres ont beau tomber en ruines, il y a toujours un peuple avide de plaisirs scéniques, un théâtre populaire qui
ne disparaît à aucune époque. Le spectacle public, officiel,
peut succomber avec la perle des libertés; le spectacle privé, celui que le peuple, tour à tour acteur et auditeur, se donne à lui-môme, reste pins vivant que jamais.
Les Jeux du paganisme se relient ainsi sans interruption aux jeux des chrétiens et des barbares ; les folies païennes passent directement dans les mœurs chrétiennes. De là les plantations d'arbres ou de mais, la coupe des rameaux^ le roi de la fève, les étrennes, les feux de la Sainl-Jean, les jeux scéniques aux funérailles, et tant d'autres traditions populaires restées plus vivaces en Poitou qu'en n'importe quelle province de France.
C'est donc par le côté trivial et populaire que le théâtre moderne se rattache à l'antiquité. C'est dans ce gravier mêlé de vase, où coule encore eu mince filet d'eau la source tarissanté du génie dramatique païen, que nous allons voir germer, au souffle vivifiant de l'Église, la plante merveilleuse qui s'épanouira au xv* siècle dans la splendeurdes mystères.
Dès le vi' siècle, à Télément traditionnel etpopulaire s'est soudé l'élément actif et nouveau du christianisme. Les cérémonies funèbres mêlent aux prières rituelles des élégies dialoguées où sont célébrées les vertus du défunt. A Poitiers, aux obsèques d'une abbesse, que dis-je, d'une sainte! les religieuses de son couvent divisées en deux troupes renouvellent autour du cercueil les nicftiœ antiques.
A la mort de sainte Radegonde, survenue en 387, deux cents religieuses de l'abbaye de Sainte-Croix lui rendirent les honneurs funèbres.
Rangées autour du cercueil, ellesse frappaient hi poitrine
en disant : « mère, a qui laissos-lu los orphelines? A qui conties-lu les pauvres diMaissées?... Nous cueillions des violelles au jardin de la bonlé. Tu étais pour nous la rose empourprée et le lys éclatant de blancheur. Tes paroles hrillaientpournous de la clarté du soleil, et, comme la lune bienfaisante, allumaient dans la nuit de notre conscience le flambeau lumineux de la vérité. » Quand le cortrpe passa sous le mur d'enceinte, une seconde troupe de religieuses aux fenêtres des tours, et même aux meurtritTes du mur, se mit à pousser des lamentations et des cris si violents que le bruit des sanglots et les battements de mains arrachaient des larmes à tous les assistants il).
Cette grande douleur se calma vite. Quel(|ues années plus tard ces mêmes religieuses jouaient des mascarades avec de fiiusses barbes.
ljn'*goire de Tours, racontant les graves désordres dont ral)baye de Sainte-Croix fut le théAlre après la mort de sa fondatrice^ reproduit Tenquéte qu'il fit en 51)0 sur Tordre du roi, avec Ébrégésile, évéquc de Cologne, et Mérovée, évéque de Poitiers. La nouvelle abbesse était accusée, entre autres infractions à la régli», déjouer aux dés, de faire des f»»stinsavec iK'S séculiers, A di» jouer des scrnes dans Tinlérieur du couvent : « ff'ir^'t'nri'f\ iiil'is eo quod cclbri-
(i) IffUkftome Df T«»rMs. f>e <îloria confrss.H-urn, rap. <iV|, — h Si.iUit circd frreiruni tiiullttuilu imiiicnsu baiir(iiiii»iiialiuui ail innucrtiiit cirritor «locmlaniin.. . Stninnt autt*oi pt.ini^vnim ar ilirniirs : • (lui iii»s nri))i.in.i<i, nialer, rrliii4|tiiN? Cui nos ilrstilalds ciHiiriiriiii.it ?... A U* r.icpciutiiUH violftH : lu n«»lMH rrnH rosu riitilins ri liiiitrn r.in'l«*ns : lii.i ti<t!iU \i*rlM qtuivi <K>I rr^pIrriiIrbAiil, ci ipin^i liin.i t«Mit')iri^ (*«}n>iMiMiii.i' ti-isir.i* lu*'ii|.i-ii Trriialift liifiip.iilrm nrrr m Irh.-uii. •• I raïKiMiritrliUs niiti'ni ti»»l.t»» \»ili iimn» fitrrum rairrvn virs^iniitn {>«*t' friir^ii-j^ itiiiiuin cl ip^.i iiu-Ki-if in-iri |>t>»- |i0fnuicula %c)CC'» profrrrc ac lamotitari ilrsupcr oi-jmI. it.i til inirr v»n »h ^rlmifii al<|ii6 t*otltHionf*«< pal ma ru m nnlIiiH [xism'I q l.i'*r\iiii<^ lriii|»*r.ifr ». I'.itr(il<»t;ic l.HiM*, vi\ . M^nr, l.Wl. y. «i<»»>.
verit». Dans sa défensej'abbesse convient qu'elle a joué aux dés, mais qu'on y jouait du vivant de madame Radegonde ; elle convient aussi des repas pris avec les séculiers, en leur donnant la même excuse ; mais elle passe les mascarades sous silence, sans doute parce qu'elle manquait de bonnes raisons pour les justifier (1).
A côté de ces jeux scéniques qui se rattachent si étroitement aux traditions antiques, l'Église faisait directement appel à l'imagination dramatique du peuple en instituant des cérémonies Qguratives, en multipliant les processions, les translations de reliques, en instituant enfin ces offices qui sont de véritables drames liturgiques, le Prœsepe ou la Crèche, à Noël ; les Trois Maries, àPâquels, où les saintes femmes étaient représentées par trois chanoines la tête voilée de leur aumusse, ad similitudinem mulierum ; l'office de l'Ascension, où l'on voyait quelquefois sur le jubé un prêtre représenter l'ascension du Christ ; celui du dimanche des Rameaux, où l'entrée de Jésus à Jérusalem était figurée au naturel, dans une mise en scène pathétique.
J'aurais voulu ajouter aux travaux d'excellents érudits^ qui se sont livrés à l'étude du drame liturgique, quelques faits particuliers au Poitou. Mais de semblables recherches exigent une connaissance approfondie du rituel romain. Les anciens offices de l'Église de Poitiers, cités par Dom Martène (2), ne m'ont rien révélé de particulier. Mgr Cous-
(i) GRéaoïEB DE Tours. Histoire des Francs, trad. par Guizot. Paris^ i863y 2 vol. in-i2^ t. II, p. ii3. — Barbatoriasj mot qui vient de ce que les acteurs de ces scènes mettaient des masques et des barbes. Le Poitou a conservé longtemps l'usago des danses barboires. Cf. Ducange, verbo barbatoria. — Rabelais. Pantagruel, Liv. IV, chap. 52,
(2^ Martène (Dom]. De antiquis EcclesiiS rilibus. Antaerpiœ, 1786-38, 4 vol. in-fol.
seau, qui avait étudié en toute compétence les anciens livres liturgiques du diocèse, signale, dans un Sacramenlaire du vi* siècle, le cantique des Trois Enfants terminé par un répons que chantaient tantôt des enfants, tantôt des diacres ou d*autre8 clercs .
A Noël, selon le missel de la bibliothèque de Poitiers (xiv* siècle), la messe de minuit présentait un usage qui s'est perdu depuis. A la place de Vite missa est, que Ton ne pouvait adresser au peuple puisque TofGce devait encore se prolonger par le chant des laudes, le diacre, ou en son absence le prêtre, disait :
— <« Pastores, dicite quidnam vidistis et annunciate Christi nativitatem. »
Tout le chœur, représentant les bergers, répondait :
— c( Infantem vidimuspannis involutum et choros angelorum laudantesSalvatorem (1). »
Ne tirons de cette absence de documents aucune conclusion prématurée. Comme partout ailleurs le drame ecclésiastique dut atteindre à Poitiers son apogée. Il se déploya aux jours de grandes fêtes dans nos vastes nefs, soutenu de toute la pompe du culte, et de l'éclat naissant de la mu* sîque (2).
Chose surprenante, il se montra en même temps dans les représentations comiques et grotesques; à côté de la tragé* die, il y eut la parodie et la comédie.
La veille du jour des Innocents, les enfants de chœur
(i) Coc'MBAU (PablK*). Mémoires tic la SihmcU' des AaUquAÎres de rOuest, tf ftcrie, t. III, p. 3<>0 ; t. V, p. aa3.
(a) I>e nombreux passaiçc!! don m;i^tirs capilulaircH de Siamt-lltUire. l«-tiraod, de Notre-Dame, de SaiQie-H«idcicoii Je, (étuoii^nent du nMc itiipor- UDt jooépar la musique daos les ccrcinooicH du cuUe, A Poitirr% dormit repoqoe la plut reculée.
élisaient un évoque et lui rendaient» autant qu'il en pouvait être capable, les honneurs et les respects dus à un véritable prélat. Le cérémonial était assez ridicule. Ce bel évèque se plaçait dans le siège épiscopal, durant l'office du jour, entouré de ses officiers. Les chanoines cédaient leurs places, et faisaient dans le chœur toutes les fonctions qui sont destinées aux enfants. On sonnait les cloches en carillon, et, le dernier coup des vêpres ou de la messe sonné, les enfants de chœur allaient quérir en procession Tévêque à la Psallette. Ils ramenaient dans Téglise avec le même cérémonial.
Dans l'inventaire du trésor de la cathédrale de Poitiers, dressé en 1406 par Ythier de Mareuil, chantre, et Pierre du Chilleau^ chanoine, il est fait mention d'une crosse de cuivre pour les Innocents (1). En 1473, le chapitre de Notre-Dame défend « les propos bruyants et les chants extraordinaires auxquels on a l'habitude de se livrer pendant le service divin, surtout lors de la fêle des saints Innocents, en vêlements indécents et avec des cris discordants, attendu que ces façons d'agir incitent les laïques à la moquerie plutôt qu'à la dévotion (2) » .
Les sous-diacres avaient aussi leur fête, le jour de Saint- Etienne ou de Saint-Jean l'Evangéliste. Le cérémonial ressemblait à celui des Innocents. L'un d'eux prenait la crosse et les habits pontificaux, donnait la bénédiction comme un évêque; les autres s'affublaient de masques, d'habits de femmes, dansaient dans le chœur, chantaient des chansons
(i) Alber (l'abbc). Mémoires de la Société des ADtiquaires de TOuesf, ir*» série, t. XV!f, pp. i/^?. el i52.
(ti) Archives départementales de la Vienne, Chapitre de Nolre-Dauio, G i?97.
IVANCrEN THEATRE EN POITOU 9
dissolues el eacensaient avec la fumée de leurs vieux souliers qu'ils faisaient brûler. C'était laf^le des Fous.
Ces baccbanales se pratiquaient non seulement dans tes cathédrales et les collégiales, mais jusque dans lesmonastères.On en connaît plusieurs exemples en Provence: nous n'avons à citer, en Poitou, que le dessin^ d'une authenticité douteuse, relevé par le comédien-archéologue Beaumesnil dans le cloître des Cordeiiers d e Thouars (1746). La pierre tombale qu'il a dessinée aurait recouvert la dépouille mortelle -d'un évëqiie des Fous. Le centre de la composition est occupé par un écu.hiasonné, en guise d'armoiries, des attributs de la folie : une tête d'flne, des besicles, une girouette, une clochette, la
lune, des zépbirs soufflant en sens contraire. Ce sinpulior écu a pour support la Mère folle. .■Vu-dessous, un fou. assis à terre, est dans l'attitude de la méditation. Tout autour s'étalent en bordure des personnages en postures obsc^- Des. On lit au bas les lettres Q el L 't ).
• I) Bibliolhéiiae de Pt>itirr$, n* i lo. rttrnv: ■ ToidIk ilr .'i |.inl» » ponkea de long, tur i pîeiU 9 piiiilrr» de lirite. Jccroii ir niouuiiiciil Mre la •épultoTv de quelque rv^i|uo Je la fflr <ie% fini\ nmiii)uil or •■jttii*-''! paîol d« Marotte. Celle tuuibe u'nl que travée «ur uur pifrre fort dire.
Le jour delà Circoncision, au commencement de Tannée, les jeunes gens des deux sexes faisaient une quête appelée « Aquilan'neuf », qui se terminait, primitivement, par une cérémonie grotesque dans Téglise. Quand le cortège avait suffisamment quêté, sous prétexte d'employer les aumônes en cierges h Notre-Dame ou au patron de la paroisse, il entrait à Téglise. Là leur chef, appelé a le Follet », se livrait aux mêmes irrévérences que les Innocents ou les Fous, interpellait le prêtre à Tautel et singeait les cérémonies de la messe. Le synode d'Angers de 1595 interdit Tenlrée de la nef aux quêteurs de TAquilanneuf, mais les désordres continuèrent hors des églises et nécessitèrent une nouvelle ordonnance synodale en 1668 (1).
Le Poitou conserva jalousement cette antique tradition que la chanson populaire a transmise jusqu'à nous (2). Le Journal de le Riche, à Saint-Maixent, donne de nombreux exemples des désordres qu'elle entraînait : « Janvier 1583. ' — A cet à-gui-l'an-neuf, n'y eut querelle ni noise^ comme il y en avait eu aux précédentes, par des jeunes hommes de celte ville allant quérir les à-gui-l'an-neuf. Ce qu'on avoit voulu obvier l'année précédente en défendant à son de trompe et cri public par cette ville, à tous, de quelque qualité qu'ils fussent, d'aller de nuit demander l'a-gui-l'ann'euf, bien de jour, pour obvier aux inconvénients qu'en peuvent avenir (3). »
Je crois que l'on peut faire remonter également à une
(Cloftre des Gordeliers de Thouars^cD 1746). » Nous n'avons pu reproduire l'encadrement de celte planche, vraiment trop libre.
(i) TiLuoT (du). Mémoires pour servir à l'histoire de la fêle des Foux. Lausanne f i74i,in-4.
(2) BujEAUD. Chants et chansons populaires des provinces de l'Ouest. 2e édition. Niort^ 1896, t. Il, pp. i53 et suiv.
(3) Le Riche. Journal. Saint-Maixent, 1846, in-8, p. 871.
L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOU i«
époque fort reculée le singulier usage de lancer, pendant rofBce de la Pentecôte, de Teau et du feu sur les assistants. Cette distribution symbolique des éléments purificateurs se faisait du haut des voûtes dans la nef,et s'accompagnait de gftteaux spéciaux appelés «c escriblètes ou pentecousteaux ». Jusqu'au xvn* siècle on trouve trace de cet antique usage. Le 17 juin 1616 le receveur du chapitre de Saint-Hilaire paie 110 sols au pâtissier qui a fourni les pentecousteaux de Tannée: cinq cents grands, à 12 sols le cent, et mille petits à 5 sols. Mais le 18 mai 1619 une délibération du cha- ' pitre abroge cette coutume, devenue, dans la suite des temps, une occasion de scandale. Les pentecousteaux ne tombèrent plus, comme la manne des Hébreu^t, du haut du ciel ; les ofBciers du chapitre les présentèrent plus prosaïquement aux assistants dans des impies corbeilles (Pièces justificatives XVIII et XIX).
Ces singuliers gâteaux ne sont pas seuls à avoir joué un rôle quasi liturgique à Poitiers. Le jour du Jeudisaint, on distribuait à Saint-Hilaîre des échaudés (1). Un autre gâteau, dont le nom s'est conservé jusqu'à dos jours, le casse-museau est le dernier écho d'une tradition perdue. Pendant la procession des Rogations, on lançait aux assistants ces gâteaux mollement rebondis qui faisaient encore, il y a vingt-cinq ans, la joie de notre enfance, et que nous mangions sans nous douter que leur nom irrévérencieux venait de la manière dont nos pères se les jetaient en plein visage, plusieurs siècles auparavant (2).
(i) 19 mars 1617 : « Pour le regard de la distrîbutioa des échaudés et au-> très frais qu'il convient de faire le jeudi de la Cène^ le tout sera faict, en la forme accoustumée. » Registres capitulaires de Saint'Hiiaire-le-Grctnd, Archives départementales de la Vienne,G 542.
(2) Cet usage ressemble fort à celui des pentecousteaux . C'est le Mer^
Au casse-museau se trouve lié le souvenir de la Grand'- Gueule ou Grand'GouliB, que Ton promenait dans les rues de même procesion des Rogations. La Grand'Goule était une Poitiers à cette figure en bois sculpté et colorié représentant un dragon aux ailes éployées, à la gueule droite béante, aux griffes acérées, à la croupe recourbée en replis tortueux, comme celle du monstre de Théramène. Elle se terminait par une longue queue armée d'un dard à trois pointes.
c< Ce terrible épou vantail, — dit le spirituel recteur de l'Université de Poitiers, de la Liborlière, qui avait vu les dernières promenades du monstre avant la Révolution, — livré tout le long de Tannée à la poussière et aux toiles d'araignée dans les galetas du couvent de Sainte-Croix, en sortait à l'époque des Rogations, pour être porté triomphalement au bout d'un long bâton en tête de,s processions générales (1). Comme si l'apparition annuelle" de la Grand-Gueule eût été un des événements joyeux que Tallégresse publique se plaît à signaler, on décorait toute la carcasse squameuse du monstre de banderoles flottantes, nuancées de diverses couleurs : sa queue menaçante était ornée de gracieuses rosettes, et le gouffre de sa gueule était comblé de casse-museaux bien dorés et de cerises souvent encore à peine formées. »
Quel était le symbolisme d^ cette tarasque poitevine ? La
care de France, année 1 726, page 694, qui donne l'élymologie du cassemuseau à propos de la procession noire d'Evreux : « Le premier mai, lors de la procession noire où le chapitre d'Evreux allait couper des rameaux pour parer les images des saints» on mangeait certaines galettes appelées casse-gueules ou casse-museaux, à cause que celui qui les servait aux autres les leur jetait au visage d*une manière grotesque. »
(1) Par une bizarrerie qui n'est pas plus singulière quêtant d'autres usages de l'ancien temps, l'homme qui portait la Grand'Goule était revêtu d'un surplis par dessus son habit bourgeois, et coifFé d'un chapeau militaire avec une cocarde. — L\ Libohlière. Vieux souvenirs de Poitiers avant l'jSg^ Poitiers, i846, in-12, p. i3i.
uancien théâtre en poitod w
question a fait couler des flots d'encre : n'y ajoutons pas de nouvelles hypothèses: Contentons-nous de faire remarquer lahauteantiquitédeceltelradition,bien anlérieureàla charte de 1466 qui mentionne le Dragon, parmi les enseignes portées aux processions des Rogations. L'image que nous possédons de « bonne sainte vermine », et qui, du trésor de Tabbaye de Sainte-Croix, a passé dans la bibliothèque du grand Séminaire de Poitiers, mesure plus d'un mètre de long. Elle a été faite en 1677 par un artiste nommé Gargot (1).
La reproduction que nous donnons nous dispense d'une description. L'image est faite de deux pièces de bois collées ensemble, comme le montre la suture, très apparente sous le ventre. Deux trous, placés au centre des griffes tendues, indiquent le mode de transport : une tablette horizontale portée au sommet d'une perche. L'artiste avait avivé son œuvre de couleurs voyantes : rouge feu, pour la gueule, où les dents ressortent en blanc; vert bronze pour le corps, où se détache au cou un collier rouge. L'œil est
(i) Voici,^ tiUrdc rcnscîiçnemenlbibHojfraphicjuc.leti principaux aateurs
qui ool parlé de la (IrandTioule : . , . . .
FoucAMD. Huiliers el h<» monumcoU (Mémoires de la S<>cicle des AnUqoair«a de rOucsl, iS-K p. i5i). — Acbir {VM^è). Iliïilinre de la caihêdratede Poiliors(l-oc. cil. Mém. i8:mi, p. 5o). - U Libcikliehi.. AppriMiicr a l'article de U (irandCiueulc iHulleliiwde la Socirlé dcî» Auliquain-^ de ^()oes^ i847-«»to» p. »)• - Haiuuek u» Momult (Mirn. 1-e tn-M.r de r«bbayc de Sainlc-Croix de Poilierh (l-oc. cil. Mcm. iHHo. p. 23H). — Sm.vijiie' Difsertalion sur les draic^n» cl les scrpcnls monsirurux ;Kcvue eoevclopedique. l. U, p. O?:;). - l>i vis, UUre niir le dm^on de \Uu iMc moires de rAcademie collique, 1. 111, p. A^i ». — J*.i ^mai- 1)i.iii.cm.ih. LeUre •ur la draicon de l'oiliers appelé la <ir.ind'-tiMaIe <Loc. cit.. l. \ . p. »i .
IkifcFi.iiLLa. Kxtrail d'une disseriali»»!! ï»ur le dr.iirnii de Niort. <l^»r. ciu
I VI. p i3i). — l>imikiu.i.r.. DisMilaliim *»ur IVxisUme drs tinic-»'» /SiiintMairenl, an Vit. br.K — Ma/. Kt.HcjM.,..c à M. rx>rf.M..llr J..iirt..»l Jr^ I>eux-Sevre.H, an XI, p. :^6). — l>a Chik..!.. t.uiJe du vox..i:.ur a l^oi. ûrm. Po»/irr«. 1H72. in-»:». P- »»7. - L% Un^m .»ui. \ irux souvc- DÎT» de l'oiliern avaol 17^^. Pi>iUrr%. i^V». i»-- S PP- ••*• ''^ "»"
blanc, cerclé de rouge, à prunelle noire. Sur le poitrail, le nom de Tartiste et la date de l'œuvre sont inscrits en cursive dans un écusson.
Nous arrêterons à la Grand'Goule cet aperçu, forcément trop rapide, des manifestations burlesques où s*est conservé et transformé le génie dramatique populaire depuis Tinvasion des barbares jusqu'au xv" siècle. Dans cette époque de décomposition et de reconstitution que nous appelons a Moyen âge » , faute de la connaître assez pour lui donner un autre nom, on se trouve sans cesse arrêté par des lacunes impossibles à combler. Çà et là quelques points brillamment éclairés font espérer de nouvelles découvertes. Mais Ton retombe bien vite dans les ténèbres, et c'est à peine si l'on arrive à relier entre eux, sans trop d'hypothèse», les faits indiscutables qu'on a vu surgir.
Par bonheur, nous entrons maintenant au cœur même de notre sujet, à l'époque où le drame liturgique, devenu trop important pour conserver sa place dans les offices, renonce à la langue latine et vient au grand jour du carrefour allumer la ferveur pieuse du peuple.
Dès le milieu du xv" siècle nous trouvons à Poitiers les représentations de mystères en pleine vogue. Le chapitre de Sainte-Radegonde fît les frais de l'échafaud qui servit à représenter le Martyre de saint Georges en 1459. Plusieurs chanoines assistèrent à la représentation [Pièce justificative IV).
C'est sans doute ce mystère qui fut joué dans une portion non consacrée du cimetière de Saint-Cybard, dont un acte de 1490 rappelle l'antique attribution: « Dans cette partie profane, souvent de fois et d'ancienneté on a fait de grands fossés le long du travers d'icelle partie pour jouer person-
nages comme de saint Christophe, de sainte Catherine, de saint Etienne, de saint Georges, et plusieurs autres actes publics y ont été faits et étaient les dits fossés de grande profondeur (1). »
Le mystère, on le voit, n'avança que lentement dans sa sécularisation. Ses premiers pas hors de Téglise ne dépassèrent ptrs le parvis ou le cimetière circonvoisin. Le champ de repos était encore Téglise : le drame et la comédie commencés dans la nef s'achevaient entre les tombes. De là ce singulier usage des danses aux cimetières^ qui faisaient éclater les marques de la joie dans le séjour des morts, et empêchaient les vivants de ressentir l'impression funèbre qu'inspirent aujourd'hui les champs de repos.
Au XVII* siècle, sans doute en souvenir de son antique attribution scénique, le cimetière de Saint-Cybard était une des quatre ou cinq promenades adoptées pur la belle société de Poitiers. La galanterie s'y donnait carrière :
Bref dans renclos d*uD tel séoar Tous les objecU y sont funèbres.
Rien ne vous provoque à Tamour Que Toccasion des téuèbres (2).
Le cloître des Augustins servait aussi pour les représontalions dramatiques, sans doute à cause de son voisinage du Marché-Vieux.
(i) Tbisai'dbau. Histoire du Poitou. AVor/yiKV), 3 vol. io-^,l. II, p. ijy* — Je D*aî relrouvé aucune mention des «utren mystères ou jeux cités dans Ta^te. Cependant je ne serai pas étonne que le mvHt^re dr sainte Catherine a*ail été plus ou moins ins|>îrr par la PuMnon tainie ilatherinet poème co dtalecta poitevin du xui** sirole. coin pont* par Aumeric, moine du Mont- Saial'Micbel, « Pictave i^ntis amicus ». — (If. Arnintc. La Passion sainte Catherine, publiée par F. Tnlbert. Parts ri \iorf, iMb.'», io*^
s| LeCours des damoisrllrs de Poictiers. l>é«lié h toutes les liellrn. A Posctier§t P*' t* vefvc d'Antoine McMiier, itbij, in-K de lO pp. n. chif. (CoU. Alfred Richard).
En 1454, Charles VII, à son retour de Guyenne, où il venait de réduire les Bordelais révoltés^ demeura huit jours à Poitiers. Le maire, Pierre Prévôt, lui donna le plaisir de certains jeux représentés au cloître des Augustins (1).
Ce serait ici la place de la Passion en langage poitevin que François Villon aurait entrepris de faire jouer à Saint- Maixent, au dire de Rabelais. L'authenticité de Tahecdote a été contestée. Quelques invraisemblances et une grave erreur biographique ont même fait dire que Rabelais Tavait inventée de toutes pièces. C'est peut-être aller bien loin. Pour qui connaît le procédé de composition de l'auteur de Pantagruelj l'anedocte est formée de traditions recueillies dans le pays, très plausibles chacune en particulier, mais groupées arbitrairement en un récit émaillé d'anachronismes (2).
Rabelais a eu connaissance d'un séjour de Villon à Saînt- Maixent ; il a assisté en personne, soixante ou soixante-dix ans plus tard, aux représentations « de la diablerie » dans le parquet de l'abbaye. De là à supposer que l'écolier bohème ait pris part en son temps à de semblables divertissements, il n'y avait qu'un pas : le caractère et les mœurs de Villon aidaient à le franchir. Quant au mauvais tour joué au sacristain du couvent^ je crois avoir trouvé la clef de cette invention Rabelaisienne, mais je demande, avant de risquer
(i) Thibaudeau. Loc. cit., t. II, p. 5<). — Au xvio siècle oo dressait aux Âujt^ustins « le théâtre et chafiPault » où le chapitre de Saint-HiUire vcDail chanter les aniieDues Pueri hebreorum : n Mardi, 17 avril 1576» — u Ordonné que l'argent sera payé à M^ Moïses, fabriqueur de céans, sur « les deniers de la fabricei savoir est à Jehan Orgier, maître des œuvres u de céans, la somme de soixante soûls pour avoir dressé le théâtre et chaf- (( fault aux Augustins pour chanter les antiennes des Pueri Hebreorum dite manche dernier, qui lui sera alloué. » Registres capitalaires de Saint- Hii airelle- Grand, Archives départementales de la Vienne, G 53i,
(2) Uabelais. Pantagruel, livre IV^ chap. xiu.
aucune hypothèse, à remettre sous les yeux du lecteur le passage entier de Rabelais. On ne pourrait d'ailleurs présenter un tableau plus vivant de Torganisation d'un mystère en Poitou.
Haistre François Villon, sus ses vieux jours, se retira à Saint- Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner passetemps au peuple, entreprit faire jouer Idi Pcusion en gestes et langage poicievin. Les relies distribués, les joueurs recollés, le théâtre préparé» dist aux maire et escbevins que le mystère poùrroit estre prest à l'issue des foires de Niort (i) : restoit seulement trouver habillemens aptes aux personnages. Les maire et escbevins y donnèrent ordre. 11 pour un vieil paysant habiller qui jouoit Dieu le père, requist frère Etienne Tappecoue, secretain des Gordeliers du lieu, luyprester une chappe et estoile. Tappecoue le refusa, allegant par leurs statutz provinciaulx estoit rigoureusement défendu rien bailler ou prester pour les jouans. Villon replicquoit que le statut seulement concernoit farces, mommeries et jeuz dissoluz : et qu'ainsi Tavoit veu pratiquer à Bruxelles et ailleurs. Tappecoue, ce nonobstant, luy dist péremptoirement qu*ailleurs se pourveust si bon luy senibloit : rien n'esperast de sa sacristie. Car rien n en auroitsans faulte. Villon fit aux joueurs le rapport en grande abhomination, adjoustant que de Tappecoue Dieu feroit vengeance et punition exemplaire bien toust.
Au samedy subséquent, Villon eut advertissement que Tappecoue, sus la poullre du couvent (ainsi nomment ilz une jument non encores saillie) estoit allé en queste à Saint-LIgaire (2), et qu'il seroit de retour sus les deux heures après midy. Adonc fit la monstre de la Diablerie parmy la ville et le marché. Les diables estoient tous capparassonnésde peaux de loups, de veaulx et de béliers, passementées de testes de mouton, de cornes de bœufz^ et de grands havetz de cuisine; ceintz de grosses courraies, esquelies pendoient grosses cymbales de vaches^ et sonnettes de muletz à bruit horrifique. Tenoient en main aucuns basions noirs pleins de fusées : autres por-
(i) Sans doute au mois de mai.
(:) Abbaye puissante fondée en 961. KUe relevait de Saint-Maixent. H n'en reste plus que quelques vestiges à quatre kilomètres en aval de Niort, sur les bords de la Sévre.
toient longs tisons allumés, sus lesquelz à chascnn carrefour jettoient pleines poignées de parasine en pouidre dont sortoit feu et fumée terrible. Les avoir ainsi conduicts avec contentement du peuple et en grande frayeur des petits enfans, finalement les mena banqueter en une cassine hoi*s la porte en laquelle est le chemin de Saint-Ligaire. Arrivans à la cassine, de loing il apperceut Tappecoue qui retournoit de queste, et leurs dist en vers macaroniques :
Hic est de patria, natus de gente belistra.
Qui solet antique bribas portare bisacco.
c Par la mort diene (dirent adonc les diables) il n*a voulu prester à Dieu le père une pauvre chappe: faisons luy peur.
— C'est bien dit, respond Villon. Mais cachons nous jusques à ce qu*il passe, et chargez vos fusées et tizons. »
Tappecoue arrivé au lieu, tous sortirent on chemin au devant de luy, en grand effroy, jettans feu de tous coustés sus luy et sa poultre, sonnans de leurs cymbales, et hurlans en diable :
« HhOy hho,hho, hho, brrourrrourrrs, rrrourrrs, rrrourrrs.Hou, hou, hou. Hho, hho, hho. Frère Estienne, faisons nous pas bien les diables? »
La poultre toute effrayée se mit au trot, à petz, à bonds et au gualot: à ruades, fressurades, doubles pédales et petarrades : tant qu'elle rua bas Tappecoue, quoy qu'il se tint à l'aube du bast de toutes ses forces. Ses estrivieres estoient de cordes: du cousté hors le montouoir son soulier fenestré estoit si fort entortillé qu'il ne le peut oncques tirer. Ainsi estoit traisné à escorchecul par la poultre, tousjours multipliante en ruades contre luy, et fourvoyante de peur par les hayes, buissons et fossés. De mode qu'elle lui cobbit toute la teste, si que la cervelle en tomba près la croix Osanière (1), puis les bras en pièces, Tun ça, l'autre là, les jambes de mesme, puis des boyaulx fit un long carnaige en sorte que la poultre au couvent arrivante de luy ne portoit que le pied droit, et le soulier entortillé.
Villon, voyant advenu ce qu'il avoit pourpensé, dist à ses diables:
« Vous jouerez bien messieurs les diables, vous jouerez bien, je vous affie. que vous jouerez bien. Je despite la diablerie de SauU mur, de Doué, de Montmorillon, de Langés, de Saint-Espain, de
(i) La croix hosannière de Saînt-Maixeot s'élevait au coin du chemin des Couperies, presque vis-à-vis la porte du cimetière actuel qui est le grand cimetière existant du tem s de Rabelais.
Angiem: votre par Dieu de Poiaiers, avec leur parlouoire, en cas qu*ilz puissent estre à vous psrragoanAs. que vous jouerez bien! »
Il est un poinlqu*une lecture attentive de ce long passage met à Tabri de toute discussion : c'est que le narrateur a décrit de visu les personnages de la diablerie de Saint- Maixent. Cette mascarade de paysans, revêtus de peaux de loups^ de veaux^ de béliers , armés de têtes de moutons, de cornes de bœufs et de grands crocs de cuisine ; ceinturon* nés d'un carillon de cimbales de vaches et de sonnettes de muletSi Rabelais les a vus dans les rues de Saint-Maixent, au marché ou à la croix bosannière, faisant leur montre avant le spectacle. La minutie de la description, l'exactitude des détails topographiques sufGraient donc à attester la présence de l'auteur à une représentation de la diablerie si, dans un passage dont nous parlerons plus loin, Rabelais ne s'était mis lui-même en cause sous le personnage de Panurge, et ne s'était formellement posé en témoin oculaire du jeu, au parloir de l'abbaye. C'est sans doute dans un de ses voyages de Maillezais à Ligugé, lorsqu'il se rendait auprès de son protecteur Geoffroy d'Estissac, que Tauteur de Pantagruel eut l'occasion de s'arrêter à Saint-Maixent, peut-éire comme il le dit de Villon «auprès d'un homme de bien, abbé dudit lieu ».
Malheureusement si le séjour de Rabelais fi Saint-Maixent est à peu près certain, celui de Villon est plus problématique. L*anecdote, telle que la raconte Rabelais, débute par un gros anachronisme qui met tout d'abord en garde contre son authenticité : « Villon, sur se:f vieux Jours^ se retira à Saint-Maixent ». Or Villon dut mourir fort joune. Le dernier document qui constate son existence est de lUV*i : il avait alors trente-deux à trente-trois ans. Il est im{)u>.Hible
d'admettre qu'un tel poète eût vécu jusqu'à un âge avancé sans laisser d'autres traces de son existence, ni sans écrire de nouveaux vers.
Rabelais a donc commis une erreur sur la date du séjour de Villon. Il ne s'ensuit pas cependant que Villon ne soit jamais venu à Saint-Maixent. Au contraire, sa présence y devient plausible si nous la reportons aux pérégrinations forcées qui suivirent son bannissement, et se terminèrent à la prison de Meung-sur-Loire en 1461.
A cette époque, Villon est certainement passé en Poitou ; il y a même appris à parler notre patois :
Si je parle ung peu poictevia Ice m*ont deux dames apris, Elles sont très belles et gentes, Deroourans à Saiot-Generou»
Près Saint-Julien de Vouentes, Marche de Bretaigne ou Poitou (1).
Saint-Generoux est loin de Saint-Julien de Vouvantes. L'un est en Poitou, l'autre en Bretagne, comme vient de le dire Villon (2). Mais le poète a voulu dépister ses lecteurs :
... Je me dis proprement où; Or, y pensés trestous les jours, Car je ne suis mie si fou!
Je pense. celer mes amours.
A coup sûr, Saint-Généroux est plus près de Saint- Maixent que de Saint-Julien de Vouvantes. Faut-il aller jusqu'à dire que Villon a écrit Saint-Généroux, qu'aucun de ses lecteurs peut-être ne connaissait, à la place de Saint-
(i) Villon. Grand Testament, huitain 94.
{2) Saint-Généroux (Deux-Sèvres), arr. de Parthenay, canton d'Aîrvault, est à ving't-six lieues au. moins de Saint-Julien de Vouvantes (Loire-Inférieure), arrond. de Chàteaubriant.
Maixent, que son abbaye royale rendait célèbre ? « Je ne dis proprement où... je pense celer mes amours. » On n*08e hasarder l'hypothèse.
Vers le même temps, un des amis de Villon, un des compagnons de mauvaise vie dont il a perpétué le nom dans ses vers, Régnier de Montigny, était emprisonné à Poitiers pour une escroquerie digne de Pathelin. Les lettres de rémission qui lui furent accordées en 1457 rappellent qu*il fut condamné pour n avoir esté en la compagnie d*un nommé Jehan le Sourt, en la ville de Poitiers, par devers ung marchant drappier, faignant d'acheter du drap : auquel marchant ils Grent tant que ils eurent pour vint escus de drap et vint escus en argent, et de ce, lui ayant baillé une bougette ou boiste en laquelle ils faingnoient mettre vint nobles, mais ils lui entregettèrent une autre bougette ou boiste où il n'y avoit rien dedans qui vauloist (1). »
Ainsi, sans pouvoir apporter aucune preuve certaine du séjour de Villon à Saint-Maixent, nous sommes en possession de sérieux indices qui viennent à l'appui des dires de Rabelais : à savoir la présence du poète [k quelques lieues de là, à Saint-Généroux ; celle d'un de ses « enfants perdus » i Poitiers; enûn sa connaissance du patois poitevin, qui aurait servi à composer la Passion Saint-Maixentaise. Rien ne s'oppose donc à ce que Rabelais ait recueilli soixante ou soixante-dix ans plus tard la tradition du séjour de Villon à Saint-Maixent, et en ait fait le point de départ de son anecdote.
Quant aux circonstances du récit, les vêtements sacer-
^1) LoMONOff. Etude bioicraphitjur surFranroîn Villon. I\iri'». 1^77, in-i/. p. ij3. -^ C*eftt rertaîoenirot le nirillrur tra\(iil publie ^ur Villou tjui «Il «^ocoreparu.
dotaux refusés par le père sacristain au paysan qui jouait Dieu le père ; la montre de la diablerie dans les rues de Saint-Maixent et au marché ; le costume des acteurs déguisés comme des paysans de Breughel, j'ai déjà ditque je les croyais contemporaines de Rabelais. L'auteur de Pa/ttagruel les a soudées à un événement beaucoup plus ancien : le passage de Villon à Saint-Maixent. J'ajouterai qu'ayant certainement eu connaissance du huitain du Grant Testamentj Rabelais a pu trouver plaisant de faire composer à Villon un mystère en patois poitevin. Entre parler « ung peu poiclevin » ,et écrire deux ou trois mille vers en ce langage, il y a un abîme. Rabelais est assez coutumier de ces sortes de plaisanteries.
Reste la fin tragique de frère Tappecoue. Bien que l'accident de cheval qui lui coûta la vie n'ait besoin d'aucune explication, etsoit aussi digne de foi que n'importe quel faitdivers d'un journal de nos jours^ il est possible que cette partie de son récit ait été inspirée à Rabelais par une très ancienne tradition. Il y avait, en effet, tout près de Saint- Maixent, dans la mouvance de l'abbaye, un fief du Mot/ne mort qui portait déjà cette singulière dénomination en 1363 (1). Rabelais connut peut-être l'endroit : il recueillit sur place une vieille légende, ou tout uniment imagina sa catastrophe tragi-comique sur le simple nom du Moi/ne mort. Son œuvre fourmille de semblables rapprochements (2).
(i) Chartes de Tabbaye de Saint-Maixent, publiées par Alfred Richard (Archives historiques du Poitou, t. XVIII, p. i53). Aveu du i5 décembre i363. Le Moyne mort se trouve aujourd'hui dans la commune d'Azayle-Brûlé.
(2] Par exemple Télymologie du mot Beauce, Torigine des chaînes du port de la Rochelle, etc.
L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOU i5
Arrêtons ici cette trop longue digression, qui n'a son excuse que dans Tillustration des personnages en cause, et rentrons dans le domaine des faits, dont nous nous sommes, malgré nous, fortement écartés.
Dans la seconde moitié du xv* siècle, où nous entrons, nous allons assister à la vogue croissante des représentations dramatiques. Nous allons voir le drame religieux échapper de plus en plus à la tutelle de l'Église, pour tomber aux mains du peuple et des séculiers. Époque unique, incohérente, où la farce se mêle à la pieuse tragédie, où le scandale et l'obscénité avoisinent le sublime, où l'Église, fidèle à sa tradition constante, encourage le drame liturgique qui doit servir à Tédification des assistants,et répudie farces^ diableries, moralités, manifestations déréglées de la verve populaire, où les ecclésiastiques poitevins ne craignaient pas de se compromettre.
11 fallait qu*il y eût un attrait singulièrement puissant dans ce développement passionné de l'imagination dramatique, pour que le chapitre de Saint-Hilaire fût obligé d'édicter des peines aussi graves que Texcommunicalion et la perte de tous les offices contre un maître de la psallelte qui avait accepté un rôle dans des farces ou moralités, et avait entraîné d'autres gens d'église à suivre son exemple. Le scandale avait sans doute été considérable à cette représentation de juin 1476, après laquelle rassemblée des chanoines interdit, sous peine d*excommunication, à Jean de Bavery de se mêler, fût-ce en représentation privée, « de ces jeux vils^ honteux, infâmes, déshonnrtes, vulgairement appelés farces^ moralités^ et d'engager personne, surtout des gens d*église, à se livrer à de telles insolences » [Pirce Justificative V).
26 L'ANCILN THÉATRK EN POITOU
La crainte d'ua châtiment aussi sévère n'arrêta pourtant pas les amateurs de spectacle. Les Poitevins continuèrent à jouer des farces, et, deux ansplus tard, évidemment après un nouveau scandale, le chapitre de Saint-Hilaire fut encore obligé d'intervenir (6 juin 1478). Sur la proposition de Robert Desmaisons, promoteur des causes, l'assemblée renouvela ses formules comminatoires contre les chapelains, prêtres ou non, qui avaient pris part à la représentation {Pièce justifica tive VI).
Comme bien on pense, celte interdiction ne visait pas les véritables mystères qui avaient un but évident d'édification :
«Au commencement de Tété de 1486, on représenta à Poitiers la Nativité^ Passion et Résun^ection de Notre Seigneur Jésus-Christ y en grand triomphe et somptuosité, où se trouvèrent plusieurs gentilshommes et damoiselles du Poitou et lieux circonvoisins. Et y assista messire Jacques du Fou, seneschal dudit pays, qui était capitaine très renommé et homme de grande religion et plein de vertu » (1).
Parmi les spectateurs se trouvaitun enfantdedixans,qui, devenu homme fait, sera le plus actif entrepreneur de mystères que le xvi® siècle ait produit. Je veux parler de Jean Bouchet, le fameux auteur des Annales cV Aquitaine (2).
(i) Bouchet. Annales d'Âquilaîne. Poitiers, i644, ÎQ-f®, p. 296. — Tout porle A croire que le mystère représenté à Poitiers au commencement de fêté i486, n'est autre que la Passion de Jean Michel, jouée à Angers à la fin d*aoùt suivant. Dans tous les cas, la première édition de ce célèEre mystère fut imprimée à Poitiers par Bouyer et Bellescullée en i488 ou lifig, — Claudin. Origines de Timprimerie à Poitiers. Niort et Paris, 1897, 2 vol. in-80, t. I, LXXI.
(a) Benj. Fillon, qui ne cite pas ses sources (Recherches sur Fontenay, t. I, p. 284, note), parle de représenlalions données en 149I9 à Toccasioa de l'assemblée du ban et de Tarricre-ban à Fontcnay, Je n*en ai relevé trace nulle part. Je ree^-relte également de n'avoir trouvé aucune preuve des représentations, infiniment plus probables, que Gilles de Rais dut donner dans son château de Tiffauges.
Apofrê« des mjffttères. — Jean Bouche! . — La Passion de i4^ tiàt iju8. — Enlrét de Fraoçoîa !•' à Poitiers et i Naoles. — La Passion de i534 à Poitiers et à Saumur.^ BDtrée de Charlcs-^uint à Poitiers. ^ Décadeoca et fio des oijrttêrcs (i486-ir>7i}.
De tous les écrivains du xvi* siècle, et ils sont nombreux, il ne 8*en trouve peul-êlre pas d*aussi fécond, disons le mot, d*aus8i prolixe que Jean Bouchel, procureur à Poitiers. II faut croire qu'à celle époque Pratique et Procédure laissaient à leurs adeptes de nombreux loisirs, ou qu*une heure par jour, sagement employée pendant trente ans(l), sufGt à amasser le plus beau bagage lilléraire du monde, puisque Jean Bouchet n'a pas laissé moins de vingt-deux volumes sur les sujets les plus divers et les plus bizarres. La plupart, il Taut Tavouer, apparliennent au genre ennuyeux. Mais on lit encore avec proiit les Annales (TAf/uiiaine^ précieuses pour l'historien, et les E pitres familières^ pleines de renseignements curieux sur ses amis et sur son temps. C'est là qu*au milieu des mille événements de sa vie privée el judiciaire, de ses travaux lilléraires ou de ses relations d'amitié, on voit se dessiner un penchant irrésistible pour le IhéAtre.
Jean Bouchet n'avait que dix ans \2), lorsqu*il vit représenter la Passion^ au Marché-Vieux, devant toute la noblesse du Poitou et des provinces voisines. Son im<igi-
(i)Boi*cHBr. Kpltres familières. Puilicrs, tj\79^ in-ful., cp. XXUI» à FieiTS Gervaisc, fo a4.
\t) Bouchet était oé le 3o janvier i47<>-
nation d*enfant fut vivement frappée de la somptuosité du spectacle, et Ton peut croire, sans trop de peine, que sa vocation dramatique date de ce jour. Elle eut pour premier effet de le conduire, avec quelques amis, à former une de ces sociétés d'écoliers, joueurs de farces et de moralités, précurseurs des comédiens ambulants.
Nous prenions vestemens de pastours Et jouyons en très joyeulx atours, Pour passe-temps satyres, bergeries, Et faisions tout plain de mommeries, J*entends es jours que l'escole cessoit, Et que chascun ses esbats pourchassoit.
Bouchet nomme quelques-uns des acteurs : Pierre Ger-vaise, futur assesseur à Tofficial; Jean Rogier, qui devint conseiller à la sénéchaussée ; Pierre Rivière, traducteur de la Nef des fols (1). Toute cette jeunesse, écoliers ou basochiens épris de divertissements dramatiques, montait sur les tréteaux où le bon poète Pierre Blanchet faisait jouer
satyres proterveuses,
Farces aussi qui n'étaient ennuyeuses (2).
Bouchet semblait donc tout désigné pour présider à l'organisation d'un mystère, quand l'occasion s'en présenterait. Mais, comme de semblables fêtes, étaient rares notre auteur avait trente-deux ans lorsqu'il put enfin prendre part à une de ces merveilleuses solennités.
En 1508, le moment parut favorable aux Poitevins pour représenter un mystère. L'année précédente, les notables d'Amboise avaient joué la Passion et Résurrection avec un succès dont l'écho était certainement parvenu jusqu'aux
(i) Bouchet, Epttre familière XXHI : A Pierre Gervaise, f^ 25.
(2) BouciiBT. Recueil d'épitaphes de diverses personnes. Epilaphe i5.
LANCIBN THÉATRK EN POITOU »
rives du Clain (i). Poitiers ne voulut pas rester en retard sur sa voisine de Touraine, et la représentation de la Pas^ ^Um fut décidée. On choisit pour entrepreneur Jean Bouchet, qui s*adjoignit Jean Maignen, procureur du roi«
Los préparatifs furent laborieux, mais ternaire Pbilippes de la Ruelle, nouvellement élu, favorisa de toute son influence les organisateurs de la fête. Les chapitres, bien loin de s'opposer à la représentation, permirent à leurs clercs d*y prendre part.
Le 26 juillet, les chanoines de Saint-Hilaire-le-Grand autorisèrent les gens de leur église à se joindre aux joueurs: le chantre Noël Gallois, obtint même de remplir en personne le rôle de Satan (Pièce justificative \\l).
Il est vrai que, cette fois, il ne s'agissait plus de farces ni de moralités : les notables qui organisaient le mystère ne Tentreprenaient que '< ad laudem Dei et ûdei exaltalionem ».
La représentation commença le dimanche 6 août, jour de la Transfiguration. Elle dura neuf jours de rang. Le mystère fut joué « bien, honorablement et sans scandale aucun » iPi^cê justificative VIII).
Le 5 janvier 1519, François I*' fit son entrée à Poitiers « environ six heures de nuictaux torches ». On lui Qt de grands « triomphes ». Sur des échafauds, décorés de verdure et de peintures à Tantique^ on avait disposé des jeunes gens et des jeunes filles parés de riches costumes, conformes aux personnages qu'ils représentaient» avec des devises à la mode italienne à la louange du prince des lettres. Il y avait Poitiers ; la France « couronnée d'or et vcslue de taf-
(i) CAiinKii.Mérooir«s de la Société de» Aniiquaim ât lt>ue«l,i'« lérie,