I. viu, pp
fêlas azuré, semé de fleurs de lys d'or » ; le Lys de France, entouré des douze pairs représentés par de beaux jeunes enfants « veslus de taffetas changeant, avec petits chapperons de pastoureaux de taffetas verd... sur un trosne tournant mornementet sans cesse » ; la Foi, en soie cramoisie, semée dé croix d'argent; enfin, dans un jardin plein de verdure, déjeunes pasteurs qui chantaient « vaudevires et chansons à plaisir, en présentant à boire à chascun ^> (1). Bouchet décrit trop complaisamment cette mise en scène pour n'en n'avoir pas été le principal organisateur. Il faut tout au moins lui laisser l'honneur des devises en vers qui accompagnaient les tableaux vivants. Quel autre que l'auteur des Regnards traversant les périlleuses voyes des folles fiances de ce monde eût pu composer cette subtile anagramme de Poitiers :
Je suis Poictiers, c'est-à-dire esprit coy ?
Les contemporains ne s'y trompaient pas. Les amis du poète, comme Pierre Gervaise,le louaient fort des « moralités » qu'il composait (2). Mais les malveillants lui reprochaient des occupations indignes d'un homme sérieux, et bonnes tout au plus pour « des bastelieurs ». Bouchet avait beau s'en défendre, chacun savait à quoi s'en tenir. Dans son épîlre à Jean d'Authon, abbé d'Angle, pincée à la fin de son Labyrinthe de fortune, et écrite au plus tard en \ 522, notre procureur s'écrie :
La main no mectz en farces ne mîsteres, Aussi mes vers sont tristes et austères:
(i) BoucHKT. Annales d'Aquitaine, p. 364 .
(2) Bouchet. Epttre familière XXÏ! : A Pierre Gervaise, f® 28.
(3) Bouchet. Le Labyrinthe de fortune et s<^jour des trois nobles dames. Poitiers et Paris^ s. d., in-8* goih. Le privilège est de i522.
Mais qurlifueg gens, foulz el injurieux.
Rudes d esprit, haussaires glorioux.
Lors que ont vouloir quelque injure me faire Dient quo je suis ung farseuret rithmaire...
On ne m'a veu ni me veoil on jouer Farce ne roi le et a ce me louher.
Ung rolle joue on parquet de justice, Comme aultros font, chascun en son office.
Le mystère, ajoule-l-il :
est la mondaine vie
Plaine d*ennuy, d'avarice et envie.
Les fainctes sont tous ?es honneurs mondains. .
Celuy qui porte aux joueurs le papier. .
Se nomme abuz, menteur comme ung trappier,
(^ar c*esl celuy qui conduit la fainlise,
Ei qui les gens en tous estats desgnise.
Les menestriers, ce sont mondains plaisirs,
Jeux, passe t(*mps et sensuelz désirs.
El le bon Bouchet, emporté par sa comparaison dramatique, termine par ces beaux vers, empreints d'une tristesse mélancolique inconnue d'ordinaire à sa muse facile :
Le jeu prend fin quand la nuit est venue.
Mort est la nuyt qui vient comme incogneue.
La farce est jouée. Le monde, entrepreneur du jeu, enlève aux acteurs leurs costumes beaux ou laids :
Parce qu*il est maistre de Tentrepri^ie Et a vettu chacun selon sa guise, A ceste cause, il faut sVn aller nu Dehors du jeu, comme on y est venu.
Qu'il s'en défende ou non, la réputation de Roucbet comme « homme de théAtre » était si bien établie que toute la France de rOuesl avait recours à ses conseils. Nous verrons Saumur, L'ssoudun, Hourpes, le presser de
venir organiser leurs fêles. En 1532, c'est Nantes qui sollicite instamment sa présence.
François V' avait fait un voyage en Bretagne pour consolider la réunion de cette province à la France. Le 30 mai les Nantais étaient informés de son arrivée prochaine dans leurs murs. Grand embarras pour organiser une entrée digne du roi chevalier. Nontes, « la brete, » n'avait plus de Meschinot « en qui se baigner (1) ». Son fécond poète était mort. Le corps de ville songea à Jean Bouchet,qui avait si bien organisé l'entrée du roi à Poitiers en 1419, et délégua Gilles Kemela, dûment muni d ecus sonnants, pour aller à Poitiers « par devers ung procureur en la court appelé Bouschet, pour avoir son ad vis et oppinion des joyeulsetés et feinctes qui seront faites» (Assemblée du 7 juin).
Le messager partit avec toute la diligence possible. Dix jours après il était de retour, rapportant « les mémoires et articles » pour les fêtes, canevas détaillé des Jot/eulsetés et feinctes imdiginées parBouchet.
Il n'en coûta au corps de ville que cent sols. Mais les indications n'était pas suffisantes. Le 30 juin, on envoya un « picton » porter à Bouchet de lettres de la ville pour le prier de venir donner ses explications de vive voix, et, ce message restant aussi sans résultat, Gilles Kernela repartit le 12 juillet pour Poitiers.
Il revint sans plus de succès. Malgré son incroyable qualification, le Traverseur des voies périlleuses n'avait pu se décider à faire le voyage de Poitiers à Nantes.
Cette fois, pourtant, le messager rapportait le plan de la
(i) Marot. Epigraphe à Hugues Salet :
De Coquillarl s'esjouit la Champaigne, Nantes, la brete, en Meschinot se baigne.
L'ANOIEN THÉÂTRE EN POITOD 33
fête suffisnroment développé, ainsi que les engagements de trois tambourins, d*un rebec, d*une viole et de deux fifres, faciles à trouvera Poitiers, véritable pépiolère de musiciens au XVI* siècle. Nous n*avons malheureusement pas ce beau travail pour lequel Bouchel avait reçu 3 écus soleil à 43 sous pièce, environ 400 francs de notre monnaie. Mais les chroniques nous ont conservé le récit de la fête.
A treize ans de distance nous y retrouvons des personnages symboliques proches parents de ceux de Poitiers, avec des devises aussi alambiquées. Il yavaitThëtis « disant son dicton» au milieu de quatre Néréides ; Humaine Providence tenant enchaînés Bonheur et Malheur ; Droiture avec Congnoissance de Soy, et Haullesse de cœur; Magnanimité traînant dans les chaînes Crainte et Folle Audace. On put voir, au carrefour Saint-Nicolas, un combat entre Flolo, tribun romain, et le roi Arthur de Bretagne.
Ce dernier dut la victoire à la Vierge Marie, représentée par a une pucelle, fille de Michel le Loup », qui le protégeait de son manteau doublé d*hermine8,<i ce qui fut cause que les princes de Bretaigne prindrent les hermynes pour blason de leurs armes » (1).
Pendant qae se donnaient ces fêtes, Bouchet, fuyant la peste qui désolait Poitiers^ s'était retiré avec sa femme et ses enfants au ravissant séjour de Chauvigny. Dans les loisirs que lui laissaient la chasse, les promenades aux bords de la Vienne, les entretiens avec ses amis, il rimait les dix mille vers de son épltre « aux gens de tous les mestiers (2) ». La retraite lui parut si douce^ qu'il y revint deux ans plus tard, sur la foi de nouveaux bruits de peste.
(i) Di'OAST-MATirBL'X. Rcvuc des proviocM d€ rOuenl, i8r>5, p. 53;. (t) Boccarr. Kpllrt familière LVII : A Grrmiitii (4>liQ, fo ^6.
Le grand mysleve de P Incmmation^ Nativité, Passion, Réswrectioïi et Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ et de la mission du SaintSsprit fut le fruit de celle villégiature.
Les mystères représentés au xvi* siècle n'étaient pas toujours des œuvres originales. Il ne se trouvait pas dans toutes les villes un auteur capable de composer à point nommé un beau et triomphant poème de trente mille, vers, comme Jean Michel, à Angers, ou les frères Gréban, au Mans. Ces auteurs eux-mêmes n'auraient pu suffire à écrire pour chaque représentation un mystère d'une si formidable étendue. On se contentait le plus souvent d'un texte déjà connu que l'on adaptait à une représentation particulière, du consen- • tement ou non du poète, car la propriété littéraire n'était guère dans les mœurs du temps. L'auteur se trouvait dépossédé dès qu'il laissait surprendre son ouvrage. Un «arrangeur » remaniait le poème, ajoutait ou retranchait des épisodes, intercalait des personnages ou des détails locaux, mêlait quelques traits comiques au texte sacré, et se chargeait de la mise en scène du mystère ainsi préparé.
C'est à ce travail que Bouchet se livra sur des textes qu'il a négligé volontairement de désigner,mai8 qui doivent être ceux de Jean Michel ou des frères Greban dont les noms reviennent volontiers sous sa plume (1). En revanche, il ne fait pas mystère do ses procédés littéraires :
(i) Les frères Parfait, dans leur Histoire du théâtre français, II, 289, penchent pour la Passion de Jran Michel, mais l'admiration de Bouchet pour les Gréban me semble un argument en faveur de Popinion opposée :
Priant Dieu qu'il te donne le tityle
Des deux (ireban dont grant doulceur distille.
(Cf. Temple de bonne renommée. Paris, i528, f* 44 et 45. — Epttre morale LXr.— Epitre familière CVIÏ et XXIÏ).
fANCIEN THEATRE EN POITOU 3%
Ou moule ay prins ce que j*ay bon trouvé.
Et ce qui est par l'Ëglise approuvé.
Car il y a on moule aulcuns passages Qui n'ont passé par Tescolle des sages:
Dont par conseil j'ay fait rescision.
Et en ces lieux mis quelque addition (1).
Dès le mois de mars les entrepreneurs du mystère étaient choisis parmi les notables de Poitiers, et s'occupaient à recruter les joueurs. Mais les débuts furent diflicHes. On avait fixé la représentation au mois d*août. Bien des gens trouvaient le moment mal choisi : les récoltes de Tannée étaient compromises, Télé menaçait d'être extraordinairement chaud, la peste faisait une nouvelle apparition : les chapitres qui devaient prêter leurs ornements sacrés, sans lesquels il était impossible d'habiller les acteurs, se refusaient à faire servir les vêlements ecclésiastiques à un usage profane {Pièce justificative IX). Bouchet, seul, ne doutait pas du succès :
A la Passion Qu'entreprenons, grand'consolation Tu donneras, s'il te plaist la main metlre A ceulx lesquelx ont désir s entremettre D'icclle faire on moys d*aoust jouer.
Ce que chascun ne veult pas bien louer Tant pour les Truictx failliz que pour la pesto Qui de présent nostre Poictiers infecte.
Mais si Dieu plaist tout ce mal c<'ssera. Et en ce moys le temps meilleur sera.
Si ainsi est que Dieu bon temps nous donni** Nous pourrons venir jouer mainte personne De nos amys, et les gens resjouyr.
Et tous chagrins de cueur esvanouyr (2).
(i) Boi'Cfirr. Eplire fumitirre \i\\\ : Attv hahilnn^ d'U^nuliin. \*C\* (a) BuciiMET. Eplire familirre XXIII : A Pierre («r^^aiv, T 75.
La représentation eut lieu, et bien plus tôt qu'on ne s'y attendait. On pourrait même dire trop tôt, car les préparatifs n'étaient pas achevés.
A la fin de juin, tous les gentilshommes de la province se réujnirent à Poitiers pour faire leurs « monstres ». La revue se termina le 4 juillet par les maire, échevins et bourgeois de la ville. L'occasion était trop belle pour la laisser échapper. Cette affluence de noblesse^ accourue de tous les points du Poitou, promettait au mystère un auditoire exceptionnel : on avança la date de la représentation. Dès le lendemain de la revue, on fit la montre (l'annonce) du mystère avec tout l'éclat possible (1), et l'ouverture du jeu fui fixée au 19 juillet.
Jean Bouche! nous dit bien qu'il fut conducteur du mystère. Malheureusement, lui qui se montre si prolixe sur ses travaux littéraires, sa vie privée, ses affaires au palais,reste d'unlaconismedésespérantpourtoutcequi toucheauthéâtre. Il faut lui arracher un à un les plus maigres renseignements.
Le théâtre fut dressé au Marché- Vieil, en forme d'amphithéâtre. Le « parc » était réservé aux spectateurs ; le drame se déroulait sur les « échaffauds » garnis <( d'hébergés» (demeures), où les acteurs se retiraient après chaque scène.
On .peut aisément se figurer ce qu'une telle entreprise demandait de peines, et quel nombre de gens il fallait mettre en mouvement. Outre l'architecte^ que je soupçonne fort d'avoir été Jean Orneau, maître des œuvres de maçonnerie du roi, chargé du rôle de Jésus-Christ, il fallait un « tendeur» pour couvrir le théâtre; des « painctres » et
(i) BoucHiT. Annales d*Aquilaine, p. 474- • Et le lendemain furent faites joyeuses et triomphantes monstres des mystères. »
surtout des « faiseurs de fainctes n (machinistes), car les mystères demandaient souvent une mise en sc^ne assez compliquée. Dans la Passion de Jean Michel, on voyait, notamment, les apôtres pêcher et naviguer sur un lac véritable,Jésus et Satan monter au pinacle par un contrepoids. Le mois, que la montre de la noblesse avait enlevé aux entrepreneurs, faillit compromettre le succès. Le tendeur n'avait pas 6ni de couvrir le parc et les échafauds, les peintres de décorer le théâtre; les trucs ne purent être essayés avant la représentation et fonctionnèrent mal ; les héberges mal disposées masquèrent le jeu des acteurs :
S'il y t heu es faioctes des deffauli
Et t couvrir le parc et eschauiïauli
Tous faicten rond, eu fauli faire les plai notes
Contre uog teudeur et le faiseur de fainctes,
Painctres aussi (sans faire d*eali conterops).
Car ilz Q*ont heu Tespace ne le temps (i).
Les actetirs, du moins, ne laissèrent rien à désirer. De Tavis unanime jamais on n'avait vu « nombre si grand de bons joueurs ensemble ne tant aisez » . A peine un léger accent de terroir vint-il gâter leur diction, mais Tauteur fut sans doute le seul à s'en apercevoir (2;. Guillaume Le Hiche^ avocat du roi et maire de Sîiint-Maixent, fit le voynge exprès pour remplir un rôle (3); Michel Gillet, chanoine de Saint- Hilaire, représenta saint Joï^eph; et le person-
ft) BoucHBT. Epitre familière XC : A ceux de Poiliem, f* 6o.
(s) £oc. cit , f« 6a. — (le qui nouji a fait croire à cr drfaut de prononrûitioo chez len acteurs de Poilirr-^, c'est que Houchet adrenne au\ hjli<- UDt« d'IsAOuduo le C4»mplinieu( coatrntrc :
Oujnt Mit ;«Mi*ur«, )e •<•»* ir<»*li« Ii'i,r«C<' 8«a« (aulx aoeot. non barb«rr rn Iti^i^'r.
'3) Lt RicflB. iouroal publié par Lafootenelle de Vauilorr. Sunt- Matxent, i846, It^, p. a.
nage de Jésus-Christ fut tenu par l'architecte Jean Orneau :
Scavant en son art et mestier Autant qu'il eu était mestier, Loyal, diligent, aggréable.
Beau personnage et amyable {\).
Mais ce collaborateur de Bouchet prit son rôle si fort k cœur qu'il en tomba malade, et expira au mois d'octobre suivant/! en Taage où mourut Jésus-Christ. »
Sans doute, aussi, vit-on paraître Jean Formond, sacristain de Notre-Dame-la-Petite, « bon guisnier et faincteur d'eslite, qui dansait fort bien en lourdois » .
De sa myne, bouche et des doigts Il faisait tout le monde rire (2) .
Les costumes, on le devine, furent magnifiques et empruntés, selon l'usage, à de riches particuliers ou aux trésors des Chapitres. Celui de Saint- Hilaire-le-Grand, après s'être fait prier, prêta deux dalmatiques vertes pour habiller saint Joseph (Pièce justificative X). Le public émerveillé trouva qu'on ne pouvait voir « de si bons joueurs ni si richement accouslrés )i • Mais Bouchet fut mal satisfait de costumes si mal appropriés aux personnages, et il recommande à ceux qui seraient tentés de jouer semblables mystères de ne pas imiter les Poitevins :
Je vous supply que tous voz personnages Vous assignez a gens selon leurs aages, Et que n*usez tant d'habitz empruntez (Fussent-ilz d'or) qu'ils ne soient adjustez Commodément aux gens selon leurs roolles.
(i) BouGHBT. Epitaphes de diverses personnes. Ëpitaphe 76, fo 82 « (2] Loc. cit. Epilaphe 52, fo 78.
Il n'est pas beau que les doclours d'escolles Pharisieos et les geus de conseil Aycnt vestement a Pilate pareil, NeaHiirode (1).
Malgré ces iroperreclions, plus sensibles sans doute pour Tauteur que pour les speclaleurs, la représentation du Marché-Vieil eut un succès extraordinaire. Avec un théftlre qui devait contenir trois à quatre mille personnes, si Ton s*en rapporte aux dimensions ordinaires, « il demeura plus de la tierce partie qui n*y entra (2) i>. Onze jours continuels et consécutifs, tes spectateurs gardèrent leur place, sous un soleil si brûlant « qu'on n*ouit jamais parler du vivant des hommes de si grandes et continuelles chaleurs au dit pais ».
Les villes voisines s*émurent et voulurent donner d'aussi belles Tètes. Les acleurs poitevins furent invités à venir jouer leur mystère à Saumur. J'ignore s'ils acceptèrent, bien que Bouchet parle formellement :
De ceulx lesquels joueront la Passion Tant à Poitiers qu'à Saumur cesie année.
Avec ou sans leur concours, la représentation eut lieu, trois semaines après celle de Poitiers. Ce ne fut pas Bouchet qui dirigea Tentreprise. On fît venir de Houen Thomas le Prévost, « homme savant, expert et de science hardie ». Notre procureur assista a la représentation en simple spectateur, et n'y prit pas moins de plaisir, car il y vit « d^excellentes reioctes(3) d. Les Saumurois n*avaicnt peut-être fait venir un ordonnateur de si loin que sur le refus de Bouchet.
Avec le Traverseur, plusieurs habitants de Poitiers Tirent
(i) BouuiKT. EpUre ramilirre XOII : Aux habiunts d'Usoudun, (• 63. (3! Lr Kii:iiK. Journal, p. 3.
(3) Boi'cHET. Aciaalrsd'Aquilaioc.p. 474* — CpUrc familière LX XX VIII : Tbomaa Prévôt à lauleur» fo o^.
le voyage. Parmi les convives des SeréeSy Guillaume Bouchet place un témoin oculaire de la représentation :
(( Une personne de la compagnie va nous conter qu'il avait veu jouer la Passion à Saulmur ou il y a encore quelque reste de théâtre ancien et qu'entre autres choses fort singulières qu'il avoit remarquées en ces jeux c'estoit que le paradis estoit si beau a cause de Texcellence de la peinture, que celuy qui Tavoit fait, se vantant de son ouvrage, disoit a tous ceux qui admiroient ce paradis : « Voilà le plus beau paradis que vous vistes jamais ne que vous verrez (1). »
Le 18 octobre de la même année, les notables de Saint- Maixent, sans doute à Tinstigation de Guillaume le Riche, représentèrent un Mystère de Notre-Dame (2).
En 1535 et 1536 la contagion dramatique gagna de nouvelles villes.
Les bourgeois d'Issoudun entreprirent de représenter la Passion. Ils envoyèrent à Bouchet un messager porteur d'un petit présent et d'une lettre en vers, rimée par un des leurs, maître Billon. Mais malgré le présent, malgré les flatteries adroites de la lettre, malgré l'annonce des plaisirs d'Issoudun où le raisin ne sent pas plus l'eau qu'à Chauvigny (( ou que fait le pineau », Bouchet refusa l'emploi de conducteur et de «duc denavigage». Il se contenta d'envoyer, revu et corrigé, le manuscrit de Poitiers, en engageant les entrepreneurs à ne pas tomber dans les mêmes fautes, et à s'en remettre pour le surplus à maître Billon,
(i) Bouchet (Guillaume). Les Serées. Paris, 1878, 5 vol. in-12, t. IV, p. 211. Cf. également Du Fail. Propos rustiques, ch.xiv, — Rabelais. Pantagruel, livre III, chap. m.
(a) Lb Righb. Journal, p. 5 — II 8*agit sans ^doute non d*un mystère, mais d*un miracle.
leur porte-parole. Malheureusement nous ignorons si ces sages conseils suffirent aux bourgeois d'Issoudun^et si leur projet fut mis à exécution. Nulle part nous n'avons trouvé trace de la représentation de ce mystère (1).
Boucbet reçut Tannée suivante une invitation bien autrement tentante. La ville de Bourges allait représenter les Actes des Apôtres. Depuis longtemps Boucbet caressait le projet de se rendre à celte représentation :
J*ay veu jouer ces mystères trois Toys Dont suis coDtent, vcu mes ans, toutesfois Désire fort, disant mes patenostres, De veoir jouer les actes des Apostres (2).
Les entrepreneurs du jeu (3) le prièrent, moyennant finance, de venir « visiter les livres et papiers », relire et arranger le manuscrit. Mais au moment de se mettre en route, notre procureur déclina cet honneur. 11 se faisait vieux, le palais ne lui laissait pas de loisirSfla maladie le tourmentait: «Ce n'est pas le gain qu^il regrette, écrit-il à Jean Chaponneau, le metteur en scène du mystère, mais bien ces jeux qu^il ne pourra voir,ce manuscrit qu*il eût été si heureux de connaître :
Or quelque jour peult estre qne fortune Me donnera quelque espace opportune Ou je liray tout ce qu*oo aura taict»
Jentends le jeu joué, clos et parfait.
En attendant, il priera Dieu de leur donnerai beau temps
(i) BoccBBT. Epttre familier* .\CI, envoyée à Fauteur par les babîtaoU dlsaoudoQ» fo Sa.
(s) Loe. cii.t fo6o.
(3) na étaient douze, dit Bouchel . On ne connaît 1rs nom» que dr aept d*efitreeax : Claude (tenthoo, maire, Pierre Joulirrl, grainetier, lirnoi^t Berthîer, Jehan Girard» Julien Le Troin^, Ma\imilieo Sauhrreau rt Jrlian Scaeltoo.
que tout leur réussisse jusqu'à la fin du jeu. Ce n'est pas une petite entreprise :
C'y ay passé» je scay très bien que c'est (i).
La représentation eut lieu sans Bouchet, le 30 avril 1536. Plus heureux que pour la Passion de Poitiers, nous connaissons dans tous ses détails ce jeu des Actes des Apôtres qui retint les spectateurs quarante jours dans le vieil amphithéâtre romain de Bourges.
Tous les acteurs étaient de riches amateurs, qui avaient fait eux-mêmes les frais de leurs costumes, et avaient poussé jusqu'à la folie l'émulation de la magnificence. La description de ces fêtes, écrite par Jacques Thiboust, un des spectateurs, n'est qu'une longue énumération de satins chamarrés d'or, de velours chaînés d'argent. Néron, sur un haut tribunal, « tout couvert jusqu'à terre d'un drap d'or semé de grands aigles faits de broderie », était vêtu de velours bleu parfilé d'or à grands rinceaux d'antique, doublé de satin cramoisi, encore parfilé d'or; son chapeau, de velours pers, était bordé de chaînes d'or, et sa couronne d'or à trois branches était garnie de pierreries, « par si grande excellence qu'il est impossible de le spécifier » . Tous les costumes étaient à l'avenant. Jusqu'au moindre valet, tous étaient magnifiques (2).
Cette représentation marque l'apogée du théâtre chrétien dans l'Ouest de la France. A partir de la seconde moitié du xvi* siècle, les mystères déclinèrent rapidement. Le vieux Bouchet put assister à la décadence d'un art qu'il avait tant
(i) Bouchet. Kpîlre familière, CI : A Jehan Chapponneau,f« 67. (2) Thiboust. Relation de Tordre de la triomphante et magnifique monstre du mystère des SS. Actes des Apôtres.. • — Bourges, 1836» in-8*.
aimé. C*esl à peine si, dans les quinze dernières années de sa vie, quelques fêles vinrent lui rappeler les solennités merveilleuses auxquelles il avait pris si grande pari.
Charles-Quint entra à Poitiers le 9 octobre 1539 avec le cérémonial qui avait servi à François I^' vingt ans auparavant. Ce sont toujours les mêmes personnages symboliques avec leurs devises en vers, Hercule et Agathyrse, fils dllercule et d'une nymphe, père des Poitevins; la Gaule germanique et la Gaule française ; dame Paix, toute nue, rendant du vin blanc et du vin clairet par le bout de ses deux mamelles. Sur un théâtre, au Marché-Vieux, A/eiye^f/o^ honoris^ avec Técusson de l'Empereur; Uonor Maje^taiut^ avec Técu de France ; Unitax^ représentant TUniversilé, récitent des distiques latins :
Salve, magne parens, lerrarum gloria (>a*sar, Qui régis Imperium, maxime Ca^sar, ave (I).
A Châtellerault, en 1541, au mariage du duc de Clèves avec la princesse de Navarre, des joutes et des tournois se donnèrent dans la garenne, au milieu de salles de verdure, devant le roi, la reine et la cour (2). Quatre ans plus tard, au milieu de Télé 1545, une troupe de confrères de la Passion parcourut la province. Les comédiens arrivèrent à Saint-Maixent, le 12 juillet. Ils jouèrent quinze jours de suite, et donnèrent à la fin de chaque mystère, une farce joyeuse (3).
Ce sont là des faits isolés. Le xvi* siècle, commencé dans le rayonnement de la Iienaissance,s*obscurcit vile. Le Poitou, épuisé par les impots toujours croissants, par Téla*
{%) R«irciitT. Annales d'Ai|itiUinr, p. ôoH. (a) Thibai OBAi'. Histoire du l'oitoii. II, p. 7 1'^ [i) La Rjcas. Journal, p. 6^.
blissement de la gabelle, est ravagé par des bandes armées qui parcourent les campagnes en pillant et en rançonnant. Poitiers les voit arriver jusqu'à ses portes. Le temps des grandes représentations est passé.
Puis la Réforme est venue. Les adeptes de la nouvelle Église ne voient pas d'un œil favorable la Bible mise en scène, dans un tel mélange de sacré et de profane, de comique et de sérieux. Les catholiques, qui n'avaient pas trouvé grand mal à ces licences traditionnelles, se sentent pris à leur tour de scrupules. Lorsque le vieux Bouchet mourut en 1555, chargé d'ans, il avait vu décliner et s'éteindre la splendeur des mystères.
La tragédie pieuse, mélange de l'ancien élément des mystères et de l'élément nouveau de la Renaissance, alliage des dogmes chrétiens et de l'antiquité païenne remise en honneurpar laPléiade,va remplacer les naïfs chefs-d'œuvre de Jehan Michel et des Greban. Quand, par hasard,on veut revenir aux «jeux » d'autrefois, voici ce qu'on trouve à représenter : « Abus^ vices ^ simonies et hérésies entrés et introduits en r Église catholique, qu'enfin ont été Voccasion de la ruine, perte, démolition et brûlement d*icelle et de la mort des pasteurs ; et sur la fin la Réédification de la dite Eglise. » C'est l'abbé Bourrin, curé de Montierneuf, à Poitiers, qui fit représenter ce beau chef-d'œuvre dans la grande salle de Tabbaye, le dimanche 5 août 1571 . « J'étais présent, » dit le notaire Denis Genéroux, qui fît exprès le voyage de Parthenay pour assister à cette pièce de controverse (1).
(i) GÉNinoux. Journal, publié par B. Ledain. NiorU i865, in-S», p. 82.
Les Diableries. — Les sociétés jojreuses, — La Basoche. — Pierre Btaocbel. — Jean Bouchel. — Les Eofaols de la rille, h Saiot-Maixeot. — Les EnfanU sans souci. — Les comédiens italiens. — Premières ln>upes de comédiens nomades. — Alexandre Hardy (ia49-i^^)'
En même temps que le drame religieux s'afrranchissaiti dans une certaine mesure, de la tutelle de T Église, le théâtre burlesque et populaire sortait du sanctuaire où il avait trouvé asile aux premiers temps du christianisme.
Tant que Téglise, ainsi que son nom Pindique, fut le véritable lieu d'assemblée qui recevait aux jours solennels les 6dèles de toutes conditions, les divertissements alternaient avec la prière, le profane se mêlait au sacré, le comique au sérieux, sans choquer les plus rigoristes observateurs des lois et des canons. A mesure que la scission se fit plus profonde entre la société laïque et la société religieuse, la nef, exclusivement réservée au culte, renvoya au carrefour les jeux scéniques, les divertissements populaires, les farces et les moralités. Le théâtre comique passa aux mains des laïques.
Ainsi, à côté des associations temporaires des joueurs de mystères^ groupements considérables où parfois la moitié d'une ville s'employait à amuser Tautre, vivaient des sociétés beaucoup moins importantes, mais permanentes , dont le répertoire puisait de préférence dans TAncien ou le Nou-
veau Testament, dans les Vies de Saints ou de Saintes, dans les Miracles de Notre-Dame, les épisodes les plus propres à éveiller la gaîté populaire. Leurs pièces étaient courtes, le nombre des acteurs réduit, mais les représentations se reproduisaient fréquemment, et remplissaient les longs intervalles qui séparaient un mystère d'un autre.
Le diable qui, dans les anciens mystères, se trouvait presque toujours chargé de la partie comique de la pièce, devint le premier rôle du théâtre religieux populaire. Satan, Lucifer et leur noire cohorte, parurent invariablement au dénouement. L'anecdote, authentique ou non,prêtée par Rabelais à François Villon, nous a édifiés sur le rôle des ces « clowns » hiératiques, chargés .de figurer l'ennemi du genre humain. Cette procession extravagante, accompagnée de danses, de contorsions, de feux d'artifices, ne devait être à Torigine que l'accessoire du jeu. Mais cette parade • burlesque frappait l'imagination populaire bien autrement que l'épisode des livres saints qu'elle était chargée d'encadrer. L'accessoire devint le principal : les m diableries » attirèrent plus de spectateurs que la Passion ou le Miracle.
11 est d'ailleurs probable qu'une seule troupe suffisait aux deux genres de spectacle, et que les acteurs de la « diablerie » se recrutaient dans la même confrérie que ceux de la Passion. Ces sortes de sociétés étaient fort nombreuses en Poitou^ enTouraine et en Anjou. Au temps de Rabelais, on vantait les diableries de Saumur, de Doué, de Montmorillon, de Langeais, de Saint-Espain, d'Angers, de Poitiers et deSaint-Maixent. Leurs représentations, s'adressantàun public plus restreint que les mystères, avaient lieu à couvert, dans une salle d'emprunt. A Poitiers, la diablerie
se jouait dans le parloir aux bourgeois; à Snint-Maixent dans le parquet de labbaye (1).
C*est là que Rabelais, sous le personnage de Panurge, fut témoin des désordres qu'entraînaient ces représentations populaires :
A la Passion qu*on jouoii à Saint-Maixant, entrant un jour dedans le parquet, jo vis soudainement tous, tant joueurs que spectateurs,eiitrer en lentation si terrificque qu*il n*}* oui ange, homme, diable, ni diabU^sso qui ne voulust hiscoter.Le portecole abandonna sa copie ; celuy qui joiioit saint Michel descendit par la volerie; les diables sortirent d'enfer, et y emportoiant toutes cespaorrestemmelettes ; mesroes Lucifer se descliayna. Somme, voyant le desarroy, je me deparquay du lieu* à l'exemple de Caton le censorin, lequel voyant [at sa présence les festes Floralies en desordrp,dosis(a estre spectateur (2).
Kn dépit d'une telle licence, si fort était Tattrait exercé à cette époque pur tout ce qui se rattachait au théâtre que des gens d*église, et nnrme quelques membres du bas clergé ne craignaient pas de se mrler à ces divertissements populaires. Bien plus si, à Poitiers, les chanoines de Saintliilaire, grands dignitaires ecclésiastiques, édictaient des peines sévères contre leurs chapelains compromis en si mauvaise compagnie, à Vairé, modeste bourg de Vendée, rautoritéecclésiai^liquc accordait sa protection aux acteurs. Kn 1532, roiTicial de Luçon citait à comparaître François Freslin, prêtre, « à la requête de ceux qui jouaient la comédie à Vairé le !•' août (3» ».
(i)L.« pan]ue( des moinenqui «ervaiiatix rf prrs^nUli'nm à Saint*Mai^riit, • été démoli au xviii^ siècle. Il a clé rrrnpincé par Ici tt.Uimrii(4 qui fout oo avaot-corpfl nur le plan de l'atiUixe cl ta riie qui luiii^r Ira ciM^rnrn •Cluelles, CCI face du husle du docteur AriiiisH4il.
,1} tiAftELAiii. Paula^rucl, li%re III, rhnp. ?;.
<3) unicialis Luci<iocii»iH univcrsi^i cl ^nii^uti^ pre^hurris. curnli% el i)<>ii curatia Dobis aubdilin, Milutriii : \mIms inaiid«iitius ui riirUs ror^ui nohi^ <lom. Fraociacura Frenliti, prrH|>u«-runi, ut dirm tlrciiii.nn pr«*<triitiH niru-
D'ailleurs, à côté de ces sociétés, reliées d'une façon plus ou moins directe aux traditions religieuses, s'étaient fondées des associations purement laïques, qui, sans avoir pour objet unique les représentations dramatiques, ne s'en livraient pas moins avec ardeur aux divertissements théâtraux.
La plus ancienne de ces confréries, ou mieux de ces sociétés joyeuses, est certainement celle qui existait à Niort, au milieu duxiii* siècle, et dont le chef ou président était désigné sous le nom de « roi plaisant (1) ». A son passage à Fontenay-le-Comte, en 1378, Jean, duc de Berry, trouva également plusieurs a compagnons de la ville » (2), qui, lui donnèrent après dîner le plaisir de leurs danses et « firent plusieurs esbatements » {Pièce justificative II).
Vers la fin du xv" siècle, apparaît la célèbre confrérie des clercs du palais, connue sous le nom de la basoche.
Bien que son tribunal fût encore en fonctions en 1790, nous ne savons presque rien de l'organisation de cette célèbre confrérie en Poitou. Dans un mémoire produit à cette époque pour le maintien de sa juridiction, il est dit «qu'elle
sis augusti, responsurum ad allegata et preposila atque requestas eorum qui die prima augustiin Variaco aggebant commedias. Datum et actum Lucionii die tertia mensis presentis augusti, anno Domini M. D. L. II. De mandato prefati dom. officiai. Meignier, loco sigilli. Archives départe^ mentales de la Vendée (Cité, sans autre indication, par Fillon. Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay, t. I, p. 234)*
( i) Dans le compte des Cens dus au comte de Poitiers sur diverses maisons de Niort avant i249i pié^ ^i*^s intéressante que je compte publier prochainement, figure cette curieuse mention : « La deguerpie (la veuve) au roy playsant, 1 1 sols de sa mayson ou elle es toit. »
(2) Je ne crois pas me tromper en faisant de ces « compaignons de Fon» tenay » une société permanente. Le duc de Berry les avait déjà vus Tannée précédente, et son trésorier leur avait donné, une fois comme à i*autre, une gratification de 20 sous. Les comptes de Thôtel du duc renferment un grand nombre de mentions de ce genre, mais peu se rapportent au Poitou. J'en citerai cependant deux en parlant des Spectacles populaires, au chapitre xi. .
« avait autrefois la propriété des boutiques situées dans la « grande salle (du Palais) dont elle tirait d'assez gros reve- « nus, ainsi que le droit de percevoir le bec-jaune ou droit « de bienvenue sur tous les nouveaux venus, et celuy de « prendre chaque année un mai dans la forêt de Moum lière (1)».
La plantation du mai était une véritable fête. Il y avait à Poitiers un emplacement spécial, à Tentrée du Palais, appelé le <« plan du Mai (2) ». En 1783, c'était encore un petit événement que les Affiches du Poitou relatent avec détail :
MM. les officiers de la Basoche du présidial de celle ville ont reooavelé stmedi dernier, 10 présent, Tusage ancien de la plantatioo du Mai qu'ils onl fait couper dans la forêt de Moulière avec l'agrémeat de monseigneur oomia d'Artois, et en présence de MM. les officiers de la maltrise.qui en ont dressé leur procès-verbal le i9 avril dernier. Celte plantation a été faite près le Palais, avec la permission de M. le lieutenant-général de police, ... sur la place appelée t plaoduMaiv.MM.Ies officiers de la Basoche étaient tous à cheval et sous les armes. M. Guillet, chancelier, était à la téta de sa compagnie, et M. Fillon Talné commandait; MM. Favre et Pillon le jeune dirigeaient la marche. La cérémonie s*est faite au brait des des tambours, fifres et autres instruments guerriers, en présence d'une multitude de spectateurs de totis les états et conditions. La même jour, ils ont fait planter un arbre à la porte de VhôuA de M. Irland de Bazoges.lieutenant général, quia bien voulu agréer cet hommage et en témoigner sa satisfaction à tous les orficiers, particulièrement à M. Guillet, chancelier, qui a porté la parole. Après la cérémonie, MM. de la Basoche conduisirent leur chef i ton domicile, accompagnés de musiciens qui jouèrent plusieurs morceaux choisis.
La basoche avait un tribunal, qui connaissait de tous les différents soulevés entre les clercs, et des fautes, crimes et
(i) Akchivbs htstoriques du Poitou, U Vil, p. 373 et suiv« ia| Eo 1655, Tadresse de Pierre Aniu!^!»ard, imprimeur, porte « à IVotrèe da Palais, devant le majr ••
délits commis par eux au fait de leur charge. Chaque année les clercs, convoqués par les officiers sortants, délibéraient s'il était à propos que le tribunal de la basoche montât ou non. Dans le cas où l'affirmative réunissait les deux tiers des suffrages, on procédait à l'élection. En 1777, le tribunal comprenait un avocat général, un lieutenant prévôtal, un assesseur criminel, un assesseur civil, plusieurs maîtres de requêtes, un prévôt, un chancelier, un trésorier receveur général, un greffier. Aux élections de 1790, il n'y eut que neuf officiers. La confrérie ne comptait plus alors qu'une cinquantaine de membres.
La juridiction de la basoche était plus effective qu'on ne serait tenté de le croire. Elle pouvait infliger des amendes entraînant la contrainte par corps. En 1760, les avocats de Poitiers ayant eu à se plaindre de la mauvaise tenue des clercs pendant les audiences, le procureur général en fit remontrance à leurs officiers, et les invita à prendre des mesures pour réformer ces abus. Le 21 juin, la base basoche publiai une <( ordonnance » dont voici les principales dispositions :
Enjoignons aux clercs du Palais de se tenir derrière les barres de messieurs les Avocats pendant les audiences de messieurs du Pràsidial et les nôtres; leur faisons défenses de passer par dessus, riiême d'y entrer, à moins qu'ils n*y soient nécessaires pour leurs affaires personnelles ou celles de leurs Procureurs,et qu'ils n'ajent obtenu l'agrément, au moins lacite, de messieurs les Avocats; leur défendons d'occuper les places qui leur sont destinées, ni de les i;êncr en aucune manière; ordonnons qu'ils s'y tiendront avec la décence et le respect qu'ils doivent, sans avoir leurs chapeaux sur la tête ni cannes à la main, qu'ils garderont le silence pendant les plaidoyeries des causes en quelqu'endroit de la salle d'audience qu'ils soient placés, à peine contre chacun des contrevenans de
(i) Ordonnancb de messieurs les officiers du siège de la Bazoche de la
i;ancien théâtre en poitoo si
Tamende de trois livres au payement de laquelle ils seront contraints par corps, m^me de plus grande peine s'il écbooit (1 ).
Comme on le voit, ces renseignements sont maigres. Ce que nous savons des représentations dramatiques des basochiens est encore plus succinct.
Dans les dernières années du xv* siècle, le poète Pierre Blanchet faisait représenter des farces parles clercs de la basoche. Malheureusement le vieil auteur poitevin ne nous est connu que pur une épitaphe en vers de son ami Jean Bouchet^et le témoignage d'un autre de ses contemporains Pierre Gervaise. Nous savons par eux que Pierre Blanchet naquit à Poitiers vers 1 459,sui vil le palais dans sa jeunesse, $>e fil prêtre à quarante ans, et mourut dans sa ville natale en 1519:
Cy gist dessoubz ce lapidcux cachet
1^ corps de feu maistro Pierre Blanchet,
En son vivant |K>^te satyricque.
Hardi sans lettre : et fort joyeux comique.
Lui jeune estant il suivit le Palais
Et composait souvent rondeaux et laiz,
Faisait jouer sur eschaflaulx Bazoclie,
Et y jouait par grand art, sans reproche ;
En reprenant par ses salyrics jeux
Vices publics et abus outrageux (1).
C'est à lui que Beauchamps, dans ses Herherrhes sur les théiUres de France^ attribue la célèbre farce de Pathelin. Malheureusement pour cette conjecture, tout à Thonneur de natre auteur, le caraclfere général du style et la valeur des monnaies en cours ne permettent pas de placer après 1469 Tapparition de la pièce. Pierre Blanchet avait alors dix ans.
S^oêcluiUHSi^r et niêi^e présiili^l du Poitou U l'itilior» du si juin i7<*>o, iu-4 ((ù»ltecttoo l^TO Orsaivrc).
Nous ne nous arrêterons pas davantage à une hypothèse par trop subtile de Dreux du Radier : « Ne serait-ce point de Pierre Blanchet qu'est venue l'origine des Pierrots dans nos anciennes pièces et de leur habillement blanc? Je n'appuierai point sur cette idée que me donne le nom de Pierre ou Pierrot Blanchet (1). »
Jean Bouchet, que nous avons vu dans sa jeunesse se livrer aux passe-temps dramatiques, fut certainement un des pourvoyeurs les plus en vogue du théâtre de la basoche. Nous savons, par son propre témoignage, qu'il faisait partie de la confrérie pendant son séjour à Paris de 1496 à 1503. C'est r. ^me lui qui nous apprend l'appui prêté par Louis XII auxreprbc "".ntations des clercs du palais (2). De retour à Poitiers, la giavitédeses fonctions de procureur ne l'empêcha pas d'enrichir le répertoire basochien de quelques farces, dont il désavouait tout haut la paternité, en applaudissant tout bas au succès des acteurs. S'il en était autrement, comment le roi de la basoche de Bordeaux serait-il venu lui demander une pièce pour son théâtre? C'est une mauvaise défaite que la réponse de Bouchet :
... En tels faictz ne mis onc mon estude, Et ne sçaurois uDg bon jeu composer, Tel qu*il le fault sur chauffaulx exposer.
L'homme de théâtre perce sous la robe du procureur
(i) Dasux DU Radikr. Histoire littéraire du Poitou. Niort y i84o, 3 vol. in-8, t. I, p. 23o.
(2) Bouchet. Annales d'Aquitaine, p. 34o. — Epitre familière XLII. Au roie d^la basoche de Bordeaux, fo 34* — Les frères Parfait, et après eux le bibliophile Jacob, attribuent à Bouchet la sotie du Nouveau monde, représentée à Paris, par les écoliers, le 11 juin i5o8. C'était le temps où notre procureur préparait la représentation de la Passion de Poitiers. Les vingt ou trente mille vers des neuf Journées du mystère ne lui laissaient certes pas le loisir de composer et de mettre en scène une autre pièce.
quand il donne au roi de la basoche son avis sur le manus* cril qu'il lui avait communiqué :
ItLj veu ton jeu qui me semble bien faict.
Au résidu, que de bouche eC de faiel.
Les grans seigneurs on n'irrite ne fasche, Mais que par motz trop picquans on tascbe Purger les maulx, les vertus augmenter Des gens communs, sans anicun tourmenter Par fors rappors ne par aigres satyres (i).
Vers ce temps-là, Bouchet eut un illustre collaborateur dans la personne de François Rabelais que les hasards de sa vie errante et le désir d'échapper à la règle monastique avaient amené à Ligugé, auprès de leur protecteur commun Geoffroy d'Estissac, évèque de Maillezais,
Prélat dévot, de bonne conscience Et fort acavant en divine science (2) .
Maître François ne se contenta pas de mener les écoliers banqueter sur la Pierre-levée a à Force de flaccons, jambons et pastés » . Si Ton en croit le père Garasse, il donna aux Poitevins le plaisir d*une représentation tbéfttrale. L*auteur du Rabelais ré formé fait dire à son héros :
Commençant de faire à Potcliers
Une farce et un dialogue
Je fus ouy fort volontiers
Et cet oeuvre me mit en vogue (3).
Je ne crois pas que Tanecdote soit de Tinvention du père jésuite. Elle concorde trop bien avec ce que nous savons de la vie de Rabelais pour ne pas reposer au moins sur un fond
(i) BoccHKT. Epitre famUière XLII. Au roi de U b«x()cb« de Borde«ui,
(i; Boucarr. Epilre familière XLIX. Rc4(K>n%t%c au dit Kabelai» f* Z\. (3) GAaàMC. Le Aabeiala réforme par lee mioitUea. BruxeUes^ 1619» ia^^p. II.
de vérité. Bien plus, si nous voulions chercher quelle est cette farce représentée à Poitiers, nous n'hésiterions pas à y voir la morale comédie de Celui qui avait épousé une femme mute, que Rabelais joua à Montpellier quelques années plus tard avec ses compagnons d'étude. Outre qu'il se nomme en propres termes parmi les acteurs, il en donne trop complaisamment l'analyse pour n'en avoir pas été au moins un des auteurs (1).
La basoche de Poitiers peut donc revendiquer d'illustres origines. Je dois ajouter qu'elle se montrait fort jalouse de ses prérogatives, et qu'elle vivait en assez mauvaise intelligence avec les écoliers. Des injures on en venait parfois aux coups, témoin l'épitre que Bouchet adresse aux deux partis pour les réconcilier :
Conlentez-vous d*avoir joué vous roolles, Et du veoger qu'avez faict par parolles, Laissez rouiller l'espée en son fourreau (^).
Lors du passage de Charles-Quint à Poitiers, en 1539, cent écoliers de l'Université, en uniforme incarnat et noir, Gguraient dans le cortège à la suite des échevins : « Il y avait, dit Bouchet, pareil nombre de clercs du palais avec des casaques de satin jaune, sur un pourpoint de satin bleu, découpé en bouffante (3). m Mais au dernier moment une question de préséance les empêcha de prendre place dans le cortège, car un témoin oculaire, dont la véracité ne
(r) Rabelms. Pantagruel, livre III, chap. 34. — L'abbé Pérau^ auteur d'une vîe de Rabelais placée en tète de l'édition de Genève^parle d'un voyage de Rabelais en Poitou où il aurait joué la comédie « avec ce qu'il y avait de mieux dans cette province».
(2) BoucHRT. Epître familière CIIÏ f» 68. Aux écoliers et basochiens de Poilier8,f».
(3) BouGUBT, Annales d* Aquitaine, p. 5o8.
peut èlre mise en doule^ dit expressément : « Faillirent les bazocheurs (i). «
A Saint-Maixent, Tentenle n'était pas meilleure entre la basoche et les autres sociétés de la ville : c< Le dimanche 1*' mai 1580, rapporte le même Le Riche, la basoche de celte ville qui sont les clercs de pratique, et les roi/uUlarts qui sont les facteurs et serviteurs des boutiques de marchands, tous en bon équipage conduisirent et firent planter leurs mais. Savoir est : la basoche au-devant la maison de M. le lieutenant et les coquillarts le leur au-devant la maison du sieur de Breuillebon, élu maire pour la présente année. Ht eurent quelques différents ensemble, qui furent appaisés par communications que leur fîmes. Autrement ils se fussent battus. »
J'ignore si la basoche de Saint-Maixent se livrait aux divertissements dramatiques, mais le «/ot/raa/ de Le Riche, nous renseigne sur les représentations théâtrales données par une autre société locale qu'il appelle les « Enfants de la ville 0. Comme les basochiens ils plantent le mai, prennent part aux félos municipales, font des revues en armes et enseignes déployées (2).
I^ dimanche 18 mai 1572, François Urlebize donna son festin de maire. « Il avait fait faire en son jardin un grand berceau couvert de treilles et de feuillages, sous lequel se jouèrent dans Taprès-dlnée des tragédies et moralités, accompagnées de tambours, flûtes, cornets et hautbois en
(i)LcRiCHg. Journal, p. 37.
(1) A Aaoecj il eiistaîl éipilemeol unr locicté de» « GnfanU de villr •. Aux |pY04lA p«rdoii< Mptcnnairr^, on le^ trouve sans cr<si* rn riv*ilili* jk\fc les écoliers, el \t% Moioesde U basoche. Cf. Mumkh. Le théâtre en Sa\ oie. PorÎMt 1SS7, ia-Sy 1, p. 5.
grande quantité où se trouvèrent plusieurs personnes de Niort. »
Le samedi !«' mai 1574 « les Enfants de la ville firent montre l'enseigne déployée, tous en bon équipage d'arquebusiers et donnèrent un beau Mai au maire et au lieutenant du roi » .
Le dimanche 28 septembre 1578 furent jouées une tragédie, une comédie et une farce « le tout bien joliement », en la Halle neuve, par les Enfants de la ville : «y estoient les violes et violons de Poitiers, et y assistèrent plusieurs gentilshommes, damoiselles et autres estrangers. »
En 1582, les Enfants de la ville font leur montre et dressent un mai au maire nouvellement élu. Ils en offrent aussi un à Tauteur du Journal.
L'année suivante, ils fêtent encore le mai, avec tambourins, violons et autres instruments de musique : le 13 du même mois, ils jouent « quelques tragédies et comédies à l'après-dînée en la Halle de l'abbaye ».
En 1585, la plantation du mai s'agrémente encore de « tambourins, fifres, et autres instruments de musique ».
Je ne crois pas que ces Enfants de la ville doivent être confondus avec les Enfants sans souci, qui étaient de véritables comédiens professionnels. La présence à Poitiers de ces Enfants :
Si bien chantans, si bien parlans, Si plaisans en faiz et en diz (1),
est attestée par les registres capitulaires de Sainte-Radegonde.
Le 21 juillet 1536 le chapitre eut à se prononcer sur la
(i) Villon. Grant testament, XXIX.
requête d'un ténor qui demandait à être reçu à Sainte- Radegonde. Il plaisait fort aux chanoines, maison fil observer qu'il était « unus de infantibus nichil morantibus, vulgo Us enfans sans soucyz » . Le chapitre eut des doutes sur la fidélité du sire à tenir ses engagements. Il refusa de le recevoir comme chantre de peur de lui voir lever le pied avec les hw^Ltices. {Pièce justificative XI.)
Au temps de Guillaume Bouchet, il y avait encore à Poitiers des Enfants sans soucy. Il est question dans la Quatrième serée d*un festin au Petit More, où Tamphitryon avait convié tous les joueurs d'instruments et les n enfans sans soucy avec leur badin qui luy promirent de bien badiner. » (i)
C'est un livre infiniment précieux que ces Sérées du prévôt des marchands Guillaume Bouchet. L'auteur eût pu dire de son Œuvre,comme Montaigne de ses Essais: « C'est icy un livre de bonne foy.» Quelques bourgeois de Poitiers se sont donné rendez-vous pour souper, rire el causer : un des convives, plus lettré, s'est fait le chroniqueur de ces petites agapes de la médisance : il s'est trouvé que son livre est resté le plus sincère, le plus amusant tableau de la vie intime au zvi« siècle. Laissons de côté les emprunts incessants faits à l'antiquité par Guillaume Bouchet, étalage d'érudition bien excusable à une époque où le monde entier ne vivait que des chefs-d'œuvre grecs et latins : il nous reste les anecdotes, les faits divers, les nouvelles à la main dune bonne ville de province sous les derniers Valois: « Tout ce qui se présentoit à nous avant le souper ou durant îceluy, ou après et en la serée, servoit de suject à ceux qui
(i) BoucttBT. I^s Serre», I. I. p. M'>0.
estoient en la compagnie. » Un jour, on parle des avocats de Poitiers, dont un des plus savants ne sait lire ni écrire ; le lendemain, des marchands de la poissonnerie ou des berceaux de Croutelle ; une autre fois des danses, des mascarades ou des comédiens italiens que Ton avait entendus dans la journée.
Après un conte un peu salé, toute l'assemblée s'étant mise à rire « un d'icelle affirme qu'il y avoit prins plus de « plaisir qu'aux comédies de messer Pantalon avec son a zani de Jan Cornetto qu'il avoit veu jouer l'après dlnée » . Un autre ajoute : « Nous voyons les comédiens italiens « masquer leur Pantalon et leur zani de Jehan Corneto, à « fin de plus hardiment jouer et se moquer (1). » El Guillaume Bouchet,en souvenir de ces joyeux comiques, n'appelle plus les plaisants de la compagnie que Francs-àtrippe, Zanins ou Pantalons.
Ces passages sont suffisamment explicites. Nous sommes en présence de la comédie italienne et de ses principaux interprètes : Pantalon, le Zani (le valet), Jean Cornetto (le docteur?), Franca Trippa (le bouffon bossu). Ils étaient à Poitiers, et venaient de donner une représentation dans la journée.
Essayons de préciser.
Par un heureux hasard, un contemporain. Agrippa d'Aubigné, nous a transmis une anecdote qui se rapporte précisément à nos comédiens. Son baron de Fœneste parle de sa jeunesse : « Ouyda, j'ai estai de la première au coulege de Guienne et de la philosouphie à Poictiers.,. Il me soubien un your au ju de paume de Sant Yacques, à des
(i) BoucH£T. Les Sérées, t. [, pp« 189 et 200.
L'ANCIEN THRATBE EN POITOI' U\)
comédiens qui joiioient, ye me mis à interpréter Tllalien à un varbe raze qui s^appeloit Scaliger; ye Fis rien rire messurs de la Santé Marthe qui estoentlà (I) v.
Voilà la scène reconstituée* C'est au jeu de paume de rhôtellerie de Saint-Jacques, rue du Minage (2), que nos comédiens donnaient leurs représentations. D'illustres auditeurs s'y trouvaient réunis : Sainte -Marthe et ses fils, Sca* liger« et sans doute aussi d'Aubigné. Autour d'eux se pressait tout ce que Poitiers comptait de savants et de lettrés, avides d'assister à un spectacle nouveau et d'entendre parler cette langue harmonieuse, si bien faite pour le théâtre. Une singulière risée dut s'élever d'un tel cénacle, quand l'écolier dont d'Aubigné a immortalisé la bévue entreprit de traduire les lazzis de nus comédiens au savant qui parlait treize langues et dont ritalien était la langue maternelle (3).
Ce n'est pas tout. On peut se demander quelle était cette troupe de comédiens italiens, et à quelle date il faut reporter son séjour à Poitiers. Nous allons encore tenter de répondre à cette double question.
Les événements qui figurent avec date dans le premier livre des Serées où nous avons relevé la pn'*sence à Poitiers de Pantalon et de ses compagnons, sont tous datés de 1578 et de 1579.0r,le dimanche H mai 1578, à Saint-Maixent,
(i) AcBia;<(C (d*). Avfotures du hnroode Kirne^tt*, livre If, cliap. I.
(a) Aujourd'hui rue du Moulin-à-vrol. Faute d'un exnniep aUrntir du pavui^ de d'Aubiin^ê, M. Euc^ne l>rH|>4)ix ( fbr.Mre fr4ni;«ii% ^oti« Louis XIV. Farts, 187.^, in-ia, p. .Vi, u»le) a plar»* rcUe r«*prr^iita(iou • à PariA, h la porte Saiot-JacqurM, <laiiH un jrii àr paurne à IVnirrr du fuMé de r^lstrapade où jouatrut aunsi (I(*h farmir^ frnn<;.ii^ «.
\^) Il est question dans les S<^rtVH.(|iirl<|iirH p.ii:r^ plim luin t\r ta pn-nrure à Poitier*! de Scaliger. A unrreniart|iir it'iin ron\ivr a il fut coik lud ipir M« de rEscalle (délia Scala, en latin Smlii^cr) qui rM^it l^rn p.ir <lr< .•. m scroil consulté, comme celui qui n'ii^iiuro rirn •. l. II. p. tu
au festin du maire nouvellement élu, les convives eurent le plaisir d'entendre la tragédie de Marc Antoine et Cléopàtre^ aveo la farce de Panthaléon. La première 'partie du spectacle est très probablement du fait des Enfants de la ville; mais la farce de Pan talon, alors dans toute sa nouveauté, ne peut être attribuée qu'à des comédiens italiens de passage.
Or,en 1578,1e roi de Navarre, qui avait à sa cour de Nérac rinfatigable négociatrice Catherine de Médicis, entretenait une troupe de comédiens italiens dirigée par Massimiano Milanino. Si, comme le croit M. Armand Baschet (1), ces comédiens s'étaient détachés de la troupe établie à Paris sous le nom de Gelosi^ leur passage à Poitiers et à Saint- Maixent, étapes delà route de Gascogne, s'explique de luimême.
Dans tous les cas, quel que soit leur lieu d'origine, nous sommes bien en présence de comédiens professionnels. Il ne peut plus être question désormais de confréries ni de sociétés locales. Les gens du crû, bons bourgeois de la pà'roisse et du quartier, connus de leur curé qui leur pardonne volontiers quelques écarts de langage, ont cédé la place aux comédiens de métier^ à ces vagabonds dont Jean Bouchet prévoyait la venue quand il parlait de ceux
Qui n*ont roestîer aultre que farcerie. . .
Et bien souvent meurent es hospitaux Apres avoir gaudy par monts et vaux, Par le deffault d'ung petit de pécune (2).
(i) Bàscuet. Les comédiens italiens à la cour de France. Paris ^ 1882, in^, pp. 85-87. — Si Ton avance d'une année la date de la représentation, il faudrait la reporter aux mois de juillet, août et septembre iSyy, pendant le séjour d'Henri III et de la cour à Poitiers.
(2) Bouchet. Ëpitre familière XXIII. A Pierre Gervaise^ fo 23.
L'ilNCIEN THÉÂTRE EN POITOU 61
Comme les anciens ménestrels, ils vont d*abord de château en château, isolés ou par petits groupes, attendant de la générosité des seigneurs le peu de « pécune » qui les empêchera de mourir de faim . Ressources précaires, gages problématiques I Tantôt la bourse des nobles auditeurs 8*ouvre largement, comme pour ces « joueurs de farces » qui vinrent agrémenter les noces de Charles de la Trémoille et de Louise de Coétivy au mois de février 1501, et reçurent six écus couronne (i); tantôt, c^est une maigre aumône qui tombe dans leur pauvre escarcelle, comme pour « ce passant » qui joua « un mystère » au chflteau de Thouars, le 19 août 1512, devant la duchesse de la Trémoille, et sa bru, Gabrielle de Bourbon, et ne reçut que dix sols pour tout salaire (2).
Mais bientôt ces passants, ces joueurs de farces unissent leurs destinées vagabondes. L'association vient à leur aide, et, dès le milieu du xvi* siècle, nous trouvons des comédiens voyageant en troupe^ à l'exemple de ces confrères de la Passion que nous avons vus passer à Saint-Maixent au mois de juillet 1 5 i5 (3) .
Dans la même ville, le samedi 7 mai 1580 à Taprèsdlnée^ arrivèrent tt des joueurs de tragédies et instruments de musique, cinq à six, entre lesquels étaient deux jeunes femmes venant de Parthenay, et s*en allèrent le 24 dudit mois vers Champdeniers ». Le mercredi 19 juillet 1581
<i) La TniicottxB. Les La Trémoille pendjot cioq sitclcs. SanUs^
1893, io-4*» t. n» P- S3.
(2) Cxirmil du « Pappier de la mise ex Ira ordinaire de la maîaon de Ma* daine commeoçaot le premier jour d'aou»! mil ciucq cens el duuxe : « 1^ jeudi «ix« jour d'aouat (donné) àuoiç pflH«rnt« lequel a joué un mioirre tir- ▼ant madame la princesse par commaodcmeni de Madame, et pour ce... X •ula... » — Loc, cit., t. Il, p. »>4«
(3) La Rioia. Journal, p. O.'i.
n des écoliers, joueurs de tragédies, comédies et farces commencèrent par celle de Vénus et Adonis. Le jeudi 20, celle dePolidore.Le vendredi, celle de Epolisme et Carite. Le samedi celle de RoUand-le-Funeux qui fut continuée le dimanche. Ils s'en allèrent deux à trois jours après (1) ».
En 1594, à Fontenay, au mariagede René de Machecoul et de Loyse de Tallensac, on joua des pièces de théâtre en plein air, sur la place publique (2j. Je ne sais rien de plus sur cette représentation que Fillon se contente de mentionner sans indiquer de source, et dont les acteurs étaient peut-être des amateurs. Mais dans les dernières années du règne d'Henri IV nous allons nous trouver en présence de véritables troupes de comédiens nomades, et entrer avec eux dans la période du théâtre moderne.
Dès 1600, au moment de la foire de juillet, une troupe était installée à Poitiers, au jeu de paume de Saint- Jacques. Les représentations furent troublées parles clercs des conseillers au présidial. Comédiens et basochiens en vinrent aux mains, et, comme de juste, les battus payèrent l'amende. Les clercs obtinrent un décret de prise de corps contre leurs adversaires,lescomédiensfurent emprisonnés. Le maire, qui honorait la troupe de sa protection, voulut les faire élargir sous la garde d'un sergent, mais le lieutenant criminel vit dans cet acte de clémence un abus de pouvoir. Il obtint du présidial une ordonnance condamnant le maire à remettre les prisonniers sous les verroux {Pièce justificative XII}.
L'année suivante, la même foire ramena encore des comédiens.Comme leurs compagnons de voyage,Jes bateleurs
(i) Le Kicrb. Jouroal, pp. 3z5, 3^4.
(a) FiLLON. Recherches sur Fonlenay, l.I, p. 234,
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elles montreurs d'oiirs,ces modeslos acteurs parcouraiont les rues de Poitiers en battant le tambour pour appeler le publicà leur théâtre. Ils ne croyaient pas malfaire en se livrant à ce traditionnel moyen de réclame. Mais les tambours de ville se déclarèrent frustrés de leur droit. Ils portèrent plainte au conseil de la commune, et le corps de ville défendit aux comédiens de battre la caisse sans la permission des tambours privilégiés {Pièce justificative XIII).
Le jeu de paume de Saint-Jacques, qui semble à cette époque avoir les préférences à peu près exclusives des comédiens, vit arriver une nouvelle troupe au mois de juillet 1604. Celte fois encore, les représentations furent troublées par des querelles, mais les conséquences en furent plus graves, car le sang coula. Le dernier samedi de juillet, pendant la représentation, un étudiant nommé de La Koclie- Leblanc et plusieurs de ses camarades voulurent prendre certaines privautés avec la femme du directeur. Tne dispute s'en suivit, les étudiants tirèrent Tépée, La Hoche-Le* blanc en particulier s'en servit contre les comédiens. Le coupable était parent du maire; mais cette circonstance ne le mit pas à Tabri des poursuites. Sur la plainte des comédiens, il fut arrêté chez le procureur Desmoulins, où il était logé. Toutes les armes trouvées dans la maison furent saisies, attendu <i les ordonnances publicqucs de ceste ville qui ne permettent à ceulx qui ont des escolliers en leurs maisons aulcunes armes ofensibles » iPirce justificative XI Y).
Une autre aventure tragique arriva Tannée suivante dans celte première salle poitevine de spectacle. .Malheureusement nous n'avons aucun détail sur révénement. Les ^epi^tres du corps de ville du 13 juin IGOa parlent simplement tt d'ung ^des enfTens » qui se tua au jeu île piiume où
jouaient les comédiens. Y eut-il accident ou suicide? La victime était-elle un écolier, un « Enfant de la ville » ou même un Enfant sans souci? Nous Tignorons. Il est possible que cet enfant désigne tout uniment un comédien. Quoi qu'il en soit, cet incident tragique causa une certaine émotion dans la ville, puisque le maire fit partir la: troupe quelques jours plus tard [Pièce justificative XV),
Ces mentions sont curieuses. Elles attestent la fréquence du passage des comédiens en Poitou dès les premières années du xvii^ siècle. On voit que l'été ne se passait pas sans qu'on reçût leur visite. Mais quel public turbulent, quelles querelles dans ce jeu de paume étroit où s'entassaient pêlemêle étudiants, militaires, clercs de boutique, bourgeois et femmes appartenant aux plus basses classes de la société ! Et pourtant ces troupes que nous venons de voir se succéder dans le tripot de Saint-Jacques comptaient certainement d'excellents sujets. Aucune ne le cédait peut-être en valeur aux associés de V Illustre théâtre qui joueront, cinquante ans plus tard, devant un public à peine mieux composé, dans une salle aussi misérable.
Un intérêt tout particulier s'attache d'ailleurs à ces comédiens de passage à Poitiers de 1600 à 1605. C'est certainement une de ces troupes anonymes qui avait à ses gages l'illustre poète Alexandre Hardy, le plus fécond dramaturge du théâtre français.
Sa présence en Poitou, à cette époque, a échappé à tous les biographes, mais elle n'en est pas moins certaine. Alexandre Hardy vint à Fontenay-le-Comte, et s'empressa d'aller faire sa cour au gentilhomme-poète Nicolas Rapin en sa demeure de Terre-Neuve. Il lui laissa même une pièce
de vers autographe, qui fut recueillie dans la suite par Guillaume Golletet.
Ce fameux divertissant de nostre théâtre françois^ le gentil Alexandre Hardy,se rencontrant un jour à Fontenay*le-Comte,ralla visiter en sa maison de Terre-Neuve, où il luy présenta, à sa louange, une longue élégie française que je garde précieusement encore escrite de la main de l'auteur. Elle commence ainsi:
Mon désir et mon heur en ce pèlerinage,
Qui tient depuis dix ans la course de mon âge,
Terme à moy plus fatal que celuy d'IIlion,
Est de connaistre ceux qui, d'entre un million
De peuples épandus sur la terre où nous sommes.
Surpassent en vertu le vulgaire des hommes
Et comme le fin Grec remarquant leurs humeurs,
He former aux patrons de leurs louables meurs.... (1).
Par un hasard inconcevable, ce passage de Golletet a échappé à tous les biographes d'Alexandre Hardy, même à M. Rigal, qui a écrit sur le fécond dramaturge un livre remarquable et définitif, où il s'étonne cependant du silence de Golletet. Personne n'a eu l'idée de chercher des traces de la vie de Hardy dans la biographie de son confrère en Apollon, Nicolas Rapin, et nous n'avons, nous-mêmes, été amenés à cette découverte que par le désir d'éclaircir certains divertissements de l'invention jde Rapin dont il sera question plus loin .
On ne sait absolument rien des années d'apprentissage et de voyage d'Alexandre Hardy. Tous les biographes ont brodé sur ces deux lignes de Fontenelle datées de 1743: « II suivait une troupe errante de comédiens qu'il fournissait
(i) Vie de Rapia par Golletet. (Paris. GabÎDet historique. Paris, 187 1, t. XVII, p. 256.) La notice de Golletet sur Rapin avait été copiée avant Tin. cendie de la Bibliothèque du Louvre en 1871, pour un amateur, par M.Paris lui-même.
»i^ L'ANCIEN THÉÂTRE EN POITOU
vit* pièces (1).» De preuves, aucunes. Le témoignage conlempv^rain de CoUetet est le seul, jusqu'à ce jour,quîvienneà Tuppui de cette conjecture.
l^^uant à l'élégie de Hardy que CoUetet, qui possédait TorigiiKil, a négligé de reproduire intégralement, il est inutile d'en faire ressortir le double intérêt. C'est d'abord une dos plus anciennes pièces de vers qui soient sorties de lu plume du célèbre dramaturge : c'est ensuite un document auto-biographique que je vais tâcberde rendre plus précis.
Nicolas Rapin, gentilhomme et poète, s'était fixé sur ses vieux jours à Fontenay-le-Comte, sa ville natale. Il y posstHlaitla maison de Terre-Neuve, d'abord simple métairie, brûlée en 1587 par l'armée du roi de Navarre, puis reconstruite de 1595 à 1599 par l'architecte fontenaisien Morisson. Kn 1600, au plus tôt, Nicolas Rapin put venir habiter sa nouvelle demeure. Quelques rares absences écartées, il n'en sortit qu'en 1608 pour entreprendre un voyage que la mort interrompit à Poitiers le 15 février.
Le passage d'Alexandre Hardy à Terre-Neuve ne' peut donc remonter plus haut que 1600, ni reculer au delà de 1607. Nous allons essayer d'en préciser davantage la date.
On sait que dans la dédicace de Théagène et Carklée^ écrite en 1623, Hardy fait remonter ses débuts à trente ans en deçà, c'est-à-dire à 1593 (2). Si nous acceptons cette date, très admissible en soi, les premiers vers de l'élégie de Hardy détermineraient l'année de sa venue à Fontenay- Ic-Comte. Ce pèlerinage « qui tient depuis dix ans la course de son âge » ayant commencé en 1593, la pièce n'a pu être écrite qu'en 1603.
(i) FowTENBLLB. OEuvrcs. Paris, 1825, tome IV^ p. 198. (2) HiGAL. Alexandre Hardy et le théâtre français au xvi* siècle, Paris, 1889, in-8, p. 3.
Celte date concorde d'ailleurs avec les savantes recherches de M. Rigal. Alexandre Hardy était aux gages des comédiens installés à l'Hôtel de Bourgogne depuis le 1*' mai 1599, sous ta direction de Valleran Lecomte^ puis de Robert Guérin, dit Gros-Guillaume. En décembre 1603, la troupe italienne de Francesco Andreini inaugure sur ce théAtre privilégié des représentations qui devaient durer jusqu'au mois d'avril suivant (1). Quel parti restait-il à prendre pour Valleran, Guérin et leurs compagnons? Regagner la province sous peine de mourir de faim. Naturellement ils emmenèrentaveceux leurJpoèteattitré,et voilà pourquoi nous trouvons Alexandre Hardy à Fontenay-le-Comte pendant l'hiver 1603-1604.
Quels étaient les comédiens qui composaient la troupe? Jusqu'à présent les noms seuls de Valleran et de Guérin, dit Gros-Guillaume, sont connus. Mais les renseignements que nous venons de donner, si brefs soient-ils, peuvent servir de point de départ à ceux qui voudraient se livrer, à l'occasion de Hardy,aux minutieuses recherches provoquées jadis par les pérégrinations de Molière. Si les documents d'origine fontenaisienne font défaut, — le silence de Benjamin Fillon tendrait à le prouver, — une recherche attentive dans les registres paroissiaux de la région serait sans doute plus fructueuse^et révélerait de nouvelles traces du passage de Hardy et de ses compagnons.
Quant à l'élégie si malencontreusement écourtée par Colletet, l'incendie de la biblioth(*que du Louvre pendant les troubles de la Commune, en 1871, ne laisse aucun espoir de la connaître jamais en son entier. Le hasard seul pour-
(I) Uasciut, Lth Ct>riie(li<*n*i itiiiriiH. p. t.)3.
flS L'ANCIEN TBÉATRE EN POITOU
rait la faire découvrir dans un des nombreux recueils de l'époque.
Peu de temps après le passage d'Alexandre Hardy, Nicolas Rapin recevait ud hôte autrement plus importaDtqu'uD poète crotté aux gagea de comédiens nomades. Masimilien de Béthune, duc de Sully, visita Terre-Neuve lors de sa venue à Fontenay-le- Comte, en juillet 1604. Il y fut reçu magnifiquement. Trois jeunes enfants représentèrent Homère, Virgile et Ronsard, « habillés à la façon des anciens poètes ». lis débitèrent des sonnets où Rapin proclamait le ministre d'Henri IV, le Mécène d'un autre Auguste (1).
i) Rapih. Les oeuvres latiacB et Avoçoises. Parti, 1610, io-j, pp. 70 .43. — FiLLON . Vie de Rapin, en lile det Plaisirs du Gentilbomme chamm.Parit, )853,in-ii.
La poéiiia dramatique de la Renaissance. — La Péruse. — Blondel. — Fau* ▼eau. — Kivaudeau. — Scévote de Sainte-Martbe et Charles Tiraqueau. — Catherine Desroches. -* Nicolas de Montreux. — llerhodeau. <— De La Fons. — François Duvignaulu
Vers le milieu du xvi* siècle, arrivait à Poitiers ud jeune poète de vingt-deux ans, Jean de La Péruse. Il débarquait tout droit de Paris où il avait pris part à une des plus mémorables manifestations littéraires de la nouvelle école, la représentation de Cléopâtre au collège de Boncourt.
En 1552, Jodelle, répondant à Tappel des poètes de la Pléiade^ fit jouer par ses amis la tragédie de Ciéopdtre^ suivie de la coméd ie d'Eugène ou la Rencontre. La représentation eut lieu devant le roi Henri II, à Tbôtel de Reims « avec de grands applaudissements de toute la compagnie, et depuis encore au collège de Boncourt» où toutes les fenêtres étoient tapissées d'une infinité de personnages d*bonneur, et la cour si pleine d'escoliers que les portes du collège regorgeaient... Je le dis, ajoute Pasquier, comme celuy qui y estoit présent avec le grand Tournebus en une mesme cbambre ; et les entreparleurs estoient tous bommes de nom : car mesme Hemi Belleau et Jean de la Péruse jouoient les principaux rollets, tant esloit en réputation Jodelle (1). »
Médée naquit du succès de Cliopdtre.
il) Pasquikii. Recherches de la Frsoc«*, livre Vil, chsp. vi.
Elle est bien oubliée aujourd'hui, cette tragédie de La Péruse, que Ronsard appelait a le second ornement de la Muse tragique », et qui devait, au dire du savant de Nésmond,(( obscurcir le nom d'Euripide » . Bien peu Tont lue dans la rarissime édition des Bouchet de 1556 ou dans la réimpression, bien rare aussi, de Gellibert des Seguins (1). Ceux qui ont eu cette curiosité Tont trouvée ennuyeuse et froide, malgré quelques beaux vers et une ou deux situations vraiment dramatiques. Mais quel progrès immense dans Taction et dans le style, si on la compare aux mystères !
Médée est une imitation de Sénèque le tragique, le seul parmi les anciens que Jodelle et ses successeurs aient étudié et compris. L'action est simple, les personnages peu nombreux, les actes fort courts ; un effort soutenu vers le style noble annonce la tragédie classique, mais elle en diffère par rénorme extension donnée à l'élément lyrique. Les chœurs y jouent un rôle aussi important que dans le théâtre antique^
Acte I*'. — Médée adjure les dieux de punir la perfidie de Jason. Sa nourrice cherche à la calmer, et lui donne le conseil de dissimuler pour mieux se venger. Un messager vient apporter l'ordre de bannissement de la part du roi. Médée reprend ses imprécations ; le chœur déplore l'avidité des Grecs qui les a poussés à la conquête de la toison d'or.
Acte IL — Le gouverneur exprime des craintes sur le sort des enfants confiés à ses soins. Les éclats de fureur de leur mère le mettent en fuite. Le chœur fait pressentir les funestes effets d'un tel ressentiment.