Id.. ibid., p. 171, note
XIV INTRODUCTION
point de vue de la forme et de l'ornementation, les défauts communs aux œuvres d'art de eette période, que nous avons omis de les examiner longuement, nous l'avouons sans détour. — Ainsi prend lin l'énumération des objets d'art de l'abbaye castillane. Les derniers, en date d'exécution, nous conduisent au xix" siècle et, avec lui, s'ouvre bientôt, pour le monastère, une ère de difficultés, de menaces, de dangers extrêmes. Ces dangers existèrent pour le trésor artistique de Silos, il est a peine besoin de l'indiquer. Les armées napoléoniennes étaient entrées en Espagne et, en janvier "1810, plus de deux mille soldats français avaient pénétré jusqu'il Silos. Le il de ce mois, ils en repartaient, emmenant à Burgos le P. Moreno, auquel avait été confiée la garde de l'abbaye. Interrogé par le gouverneur, Solignac,qui voulait savoir où étaient déposés les objets d'or et d'argent du monastère, ce religieux, si habile en même temps que ferme, si perspicace et si ardent patriote, sut déjouer la cupidité de son interlocuteur. Il revint quelques jours après vers sa chère abbaye.
Une première fois, le danger put doue être écarté, niais ce fut pour un laps de temps de bien courte durée. En 1812, les Cortès ordonnaient, en effet, aux églises, de livrer à la Nation toute l'argenterie qui n'était pas indispensable au service divin, et le 1*. Moreno, pour conserver à son abbaye ce précieux dépôt, dut la racheter au prix de 18.843 réaux.
L'année fatale de 1835 arriva. Elle vit l'abolition de tous les ordres religieux en Espagne. Un commissaire du gouvernement, D. Juan Ventura Urien, vint à Silos, pour notifier, au nom de l'État, la suppression de l'abbaye, pour dresser en même temps un inventaire de tous les Liens meubles qu'elle possédait. Ce chrétien sincère, très justement affligé de remplir pareille mission, lit savoir à l'abbé D. Rodrigo Echevarria qu'il pouvait
indiquer dans les inventaires ce que hou lui semblerait, et que, | 1 lui,
il n'avait rien à rechercher, rien il examiner. Puis, en se retirant, il le chargea de conserver, au nom et pour le compte de l'Etat, le monastère et tout ce qu'il contenait. L'église île l'abbaye étant d'ailleurs en même temps église paroissiale, tous les objets destinés au culte furent respectés.
D. Rodrigo Echevarria resta il Silos jusqu'en 1857. Nommé alors
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évêque de Ségovie, il s'éloigna du monastère, emportant avec lui la meilleure partie de l'argenterie qu'il désirait ainsi sauver, afin qu'elle revint, après lui, aux derniers survivants de l'abbaye. Elle revint en effel à l'un de ses derniers profès, connue nous le verrous bientôt.
Le prélat n'eut garde d'oublier, en partant, et la conservation du monastère et le gouvernement spirituel de la paroisse. Il confia cette double
charge à un religieux d'un dévouement absolu, Fr. Sisebuto Bla rui,
depuis quelques années, avait assisté, à Silos, le vénérable prélat.
« Un soir, en 1864, si nous ne nous trompons, Fr. Sisebuto vit arriver chez lui un visiteur inattendu. C'était un dessinateur et peintre de grand talent, voué spécialement à la reproduction des monuments archéologiques : D. Francisco Aznade. Un éditeur de Madrid, I). Francisco Dorregaray, qui avait entrepris une magnifique collection sous le titre de Monumehtos arquitectônicos de Espaha, l'envoyait pour mesurer et dessiner ceux de Silos. Le moine-curé le reçut à merveille, lui facilita l'étude et le relevé du cloître roman, lui permit de dessiner le calice de saint Dominique, deux châsses en émail et un coffret arabe d'ivoire, que renfermait le reliquaire de l'église. Rompant même avec ses habitudes de réserve absolue, il poussa la confiance jusqu'à retirer de l'autel en bois de saint Dominique, dans lequel elles étaient cachées depuis plus d'un siècle, les deux magnifiques pièces de cuivre émaillé, placées comme frontal et comme retable devant le tombeau du saint, lors de sa canonisation'.
« Tous ces monuments parurent quelques années après en quatre planches superbement gravées et chromolithographiées qui sont une des beautés de celte splendide publication malheureusement inachevée. Un lexte devait les expliquer; jamais il n'a paru. Ces planches attirèrent, hélas1 l'attention sur les trésors de Silos; et lors de la révolution qui suivit la chute d'Isabelle II, un commissaire du gouvernement vint, en vertu d'un ordre de D. Manuel Zorilla, président de la République espagnole, réclamer
1. Le frontal et le retable n'existaient pas lors de la canonisation de sai.it Dominique (Voy. Notice VI.) 1 '
XVI INTRODUCTION
toutes ces merveilles. La population île Silos se souleva; Fr. Sisebttto résista
de son mieux; le commissaire dul se retirer i première fois; mais il
revint ensuite avec louie une escouade de gendarmes, et il fallut céder. Le (ï mai 1870, une des châsses émaillées, le précieux coffret, un autre reliquaire arabe d'ivoire et le frontal partirent pour JSnrg-os, où ils sont aujourd'hui les pièces principales du Musée provincial1. »
Nous avons vu précédera ni (pie L). Rodrigo Echevarria, en gagnaul
Ségovie, avait emporté une partie de l'argenterie du monastère, et ce, pour la sauver, pour la l'aire revenir intégralement aux anciens moines de l'abbaye. A cet elTet, le prudent évêque désigna for Ilemenl le P. Sébastien
Fernandez, profès de Silos, comme un de ses exécuteurs testamentaires. Le prélat mourut en 1875. Le I'. Sébastien, alors curé d'une paroisse de Madrid, se rendit à Ségovie, en rapporta les objets d'argent et des ornements d'église, et remit le tout aux bénédictines de San-Placido, à Madrid. « Pauvres à peu près comme toutes les religieuses espagnoles des ordres anciens, les bénédictines avaient eu à l'aire face à des réparations conteuses et imprévues. Les voyant dans l'angoisse, le P. Sébastien, écoulant plus que de raison peut-être la bonté de sou cœur, leur permit de vendre à leur profit l'argenterie de Silos, tin amateur bien connu par ses fréquents achats chez les religieuses, le marquis de Cuba, se présenta cl acheta au poids trois calices, trois aiguières, deux grands bassins aux armes de Silos, plusieurs reliquaires, un coffret d'argent couvert de pierres précieuses; un encensoir et une navette furent vendus à un marchand d'antiquités... Des chasubles, une chape, une belle pièce brodée, une douzaine de reliquaires et deux ou trois autres objets d'argent, une crosse en métal doré, des croix pectorales et des anneaux de peu de valeur restaient encore*. »
Le R. P. doin Guépin, bénédictin de Solesmes, qui, après les expulsions de France (1880), eut l'honneur de restaurer l'insigne abbaye castillane, voulut à bon droit rentrer en possession de ces humbles épaves. Il les obi lut
1. D, Martial Besse, Histoire d'un dépôt littéraire. L'abbaye de Silos [Revue bénédictine, 18117, p. 219).