‹ L'Ancienne Administration de la Principauté de MontbéliardChapitre 2 sur 46 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Aux confins de la Suisse, entre l'Alsace et la Bourgogne, s'étendait, au moment de la Révolution, un petit état, qui était resté à peu près indépendant depuis les temps les plus reculés du moyen-âge; c'était le pays de Montbéliard qui avait subsisté comme un vestige de l’ancienne féodalité; cette survivance qui étonne d'abord, peut aisément s'expliquer et la raison en est facile à découvrir ; l'Etat de Montbéliard relevait de l'empire d'Allemagne où les empereurs n'avaient pas réussi à venir à bout du morcellement féodal, contre lequel les rois de France avaient victorieusement lutté.

A l’origine, dit Duvernoy ('}, l'Etat de Montbéliard, aussi grand qu'un département s’étendait depuis au-delà d’Altkirch, de Porrentruy et de Saint-Hippolyte, jusque dans le voisinage de Lure et au-delà de l'Isle-sur-le-Doubs. Il occupait à peu près tout entière la haute vallée qui s'ouvre entre les Vosges et le Lomont et que partage en deux versants la ligne de faite du Valdieu, jetant d’un côté les eaux dans le Rhin par VII et la Larga, de l’autre, dans l'Allan, le Doubs et l'Ognon, par la Magdeleine, le Saint-Nicolas, la Savoureuse et le Rahin. »

Le pays de Montbéliard était d’abord un simple comté ; ce ne fut qu'en 1597 que l'empereur Rodolphe II l'érigea en prineipauté. A l'apogée de sa puissance, le comté comprenait, outre la ville de Montbéliard et sa banlieue, les seigneuries d'Héricourt, Blamont, Clémont et Châtelot en Franche-Comté, la baronnie de Granges, et les seigneuries de Clerval et de Passavant en Bourgogne, celles de Riquewihr et d'Horbourg en Alsace; son étendue a beaucoup varié dans le cours des temps.

(1) Duvernoy. Mémoires de la Société d'Emululion, de Montbéliard. 1891, p- 12;

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Le premier comte de Montbéliard, dont nous puissions parler avec certitude, est Louis de Mousson, héritier des ducs d'Alsace ; il avait épousé Sophie de Bar qui lui avait apporté en dot les comtés de Bar, de Ferrette, de Porrentruy, de Montbéliard, les seigneuries de Delle et de Belfort, les baronnies de Granges et de Montjoie; à sa mort, ses terres furent partagées entre ses deux fils Thierry et Frédéric; celui-ci reçut pour sa part le comté de Ferrette, quant à Thierry, il devint comte de Montbéliard (1070). Son fils Thierry II lui succéda (110%). C'était un prince très pieux ; il fonda à Montbéliard le collégiale de Saint- Mainbœuf et créa l'abbaye de Belchamp. 11 mourut en 1162; sa, femme, dont le nom est resté inconnu, lui avait donné, outre un fils Thierry qui mourut jeune, deux filles dont l'ainée, Agnès, épousa Richard de Montfaucon. Leur fils Amédée devint comte de Montbéliard (1162); il fut un des favoris de l'empereur Barberousse et exerça sur la politique de celui-ci, une in fluence prépondérante. À sa mort, en 1195, il laissa deux fils, Richard {IT qui obtint le comté de Montbéliard, et Gauthier qui devint seigneur de Montfaucon, et mourut en 1237; l'aîné de ses trois fils, Thierry III, lui succéda dans le comté de Montbélard: son humeur batailleuse et son courage chevaleresque l'avaient fait surnommer le grand baron ; il prétendait ne relever d'aucun suzerain et s'intitulait fièrement « Thierry, comte de Montbéliard, par la grâce de Dieu »; il vécut à cette époque extrêmement troublée, qui est restée connue dans l'histoire sous le nom d’interrègne ; à la mort de l'empereur Frédérie Il (1250), l'Allemagne fut livrée à l'anarchie et au brigandage, elle était en outre ruinée par les guerres que les petits seigneurs se livraient entre eux ; cet état déplorable qui persista même quelque temps après l'avènement de Rodolphe de Habsbourg au Trône impérial, se répercuta en Alsace et dans les contrées voisines. Mais Rodolphe était fermement décidé à rétablir l'ordre dans son empire; son énergie peu commune, sa volonté persévérante lui permirent de réussir dans cette tâche difficile où bien d’autres auraient échoué. Thierry sentit alors toute sa faiblesse ; il comprit qu'il lui était nécessaire d'avoir un protecteur puissant s'il voulait subsister ; il avait à choisir entre le comte de Bourgogne et l’empereur d'Allemagne : sa fierté décida de son choix ; il se reconnut vassal de Rodolphe de Habs bourg et de l'Empire; mais seulement à l'égard du comté de

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Montbéliard proprement dit; il restait «souverain seigneur » pour les autres seigneuries ; il désigna comme devant lui succéder, son arrière-petite-fille Guillaumette de Neuchâtel, fiancée à Renaud de Bourgogne, fils de Hugues de Châlons ; le comté de Montbéliard entrait donc ainsi dans la maison de Châlons. Renaud était un homme intelligent et énergique , mais batailleur ; il était en lutte perpétuelle avec ses voisins, souvent battu mais jamais découragé. Ce fut lui qui, en 1283, érigea la ville de Montbéliard en commune ; mais il ne le fit pas par pure générosité, il vendit aux bourgeois leurs franchises pour une somme de mille livres estevenantes (!); ces franchises, il faut le reconnaître, étaient très larges pour le temps; elles formèrent la base de toute l'administration municipale de la ville ; les bourgeois étaient affranchis de toute servitude réelle ou personnelle ; la ville devait être gouvernée par un conseil de neuf maîtresbourgeois, élus par leurs concitoyens au suffrage universel ; ce même conseil était chargé de rendre la justice; il s’adjoignait alors trois notables dans les cas graves.

Renaud mourut en 1321 ne laissant qu'un fils, Othenin: ce prince était faible d'esprit; il régna cependant jusqu’en 1332 sous la tutelle de Hugues de Bourgogne, son oncle ; à la mort de Hugues, les terres de Renaud furent définitivement partagées entre ses filles; Othenin était absolument incapable d’administrer seul le pays.

Le comté de Montbéliard proprement dit revint à Agnès, fille aînée de Renaud, qui avait épousé Henri de Montfaucon ; les autres terres revinrent à la seconde fille Jeanne; quant à la troisième Alix, elle n'’obtint que des rentes en partage. Henri de Montfaucon était un homme belliqueux et chevaleresque qui passa sa vie sur les champs de bataille; il lutta contre les Anglais et assista au siège de Saint-Jean-d’Acre. Il mourut en 1367, laissant un fils Etienne; ses possessions comprenaient alors le comté de Montbéliard et les seigneuries d’Etobon, Granges, Marnay, Passavant et Clerval. Etienne, très batailleur au début et toujours en lutte avec ses voisins, finit par se ranger et se consacra tout entier à la bonne administration du comté ;

(1) Livres estevenantes, ou de Besançon. Elle valait alors environ 15 francs de notre monnaie; elle représentait 1% sols, 9 deniers tournois et se divisait en 20 sols estevenants, le sol en 12 pites et la pite en quatre niquets.

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