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les quatre enfants qu'il avait eus de sa femme Marguerite de Châlons, étaient morts avant lui; il ne laissaitque quatre petiteslilles, toutes jeunes encore ; l’aînée, Henriette, âgée de douze. ans seulement était déjà fiancée au comte Eberhard de Wurtem: berg. Elle reçut pour sa part le tiers de la succession : Montbéliard, Granges, Clerval, Passavant, Etobon, Porrentruy et Saulnot; les autres petites filles Jeanne, Marguerite et Agnès se partagèrent le reste des terres.
Le comté de Montbéliard passait donc dans la maison de Wurtemberg; il ne devait plus en sortir jusqu'au moment de sa réunion à la France en 1793. Henriette mourut en 1444, regrettée de tous. Sa grandeur d'âme, sa générosité l'avaient fait surnommer la bonne comtesse. Ses deux fils, Louis I et Ulrich V régnèrent d'abord ensemble sur le pays; mais en 1446, ils procédèrent au partage de leurs états. Louis | reçut pour sa part le comté de Montbéliard et quelques dépendances dans le Wurtemberg ; il devint le chef d'une nouvelle branche, celle de Wurtemberg Montbéliard ; il mourut en 1450 laissant deux fils, Louis Il et Eberhard le Barbu. Le premier étant mort en 1457; Eberhard resta seul maître du comté ; il l'administra avec beaucoup de sagessse. L'empereur Maximilien lappréciait beaucoup el recourait souvent à ses conseils. «J'ai souvent profité des conseils d'Eberhard, disait-il, nul dans tout l'empire ne peut lui être comparé en vertu, en sagesse, en prudence. » Malheureusement pour faire une situation à son neveu Henri de Wurtemberg, Eberhard lui avait cédé le gouvernement du comté ; or, au bout de peu de lemps, ce prince se montrant tout à fait indigne et incapable, et frappé d'ailleurs d'aliénation mentale, Eberhard le Barbu dut reprendre en mains l'administration du Comté. Il mourut en 1496 sans laisser d'enfants ; sa bonté et sa douceur lui avaient acquis l'estime et l'affection de son peuple ; il aimait à dire qu'il n'y avait pas un seul de ses sujets sur les genoux duquel il ne put s'endormir et passer une nuit d'été sans la moindre inquiétude.
Son neveu Eberhard VI lui succéda dans lous ses états; c'était un prince débauché et cruel, les Etats réclamèrent ; Maximilien leur donna raison et le déposa en 1498.
Le duc Ulrich, fils du prince Henri lui succéda ; pour être plus libre dans ses affaires du Wurtemberg, il céda le comté de Montbéliard à son frère le comte Georges ; mais une brouille
survint entre eux, et Ulrich à qui son frère Georges avait réclamé des sommes qui d'ailleurs lui étaient dues, lui retira le comté et le confia à son fils le duc Christophe (1542. Ulrich mourut en 1550 et son fils Christophe monta sur le trône du Wurtemberg ; tout d'abord il voulut continuer à administrer lui-même le comté par l'intermédiaire d'un gouverneur et du Conseil de Régence qu'y avait institués le due Ulrich, mais il ne put suflire à la lourde tâche qu'il s'était imposée : en 1583 il confia le gouvernement de Montbéliard à son oncle le comte Georges; celui-ci mourut en 1555 laissant un fils encore au berceau, Frédéric, qui fut mis sous l'autorité des princes tuteurs ; en 1580 il fut déclaré majeur ; ce prince très instruit était passionné pour l’agriculture ; il fit tous ses efforts pour développer la prospérité du pays qu'il administrait.
Le duc Christophe de Wurtemberg étant mort en 1593 sans enfants, le comte Frédéric lui succéda sur le trône de Wurtemberg ; il vint s'établir à Sttugard, et devint le chef de la maison actuellement régnante. Il mourut le 29 janvier 160$, laissant 15 enfants — il avait gouverné pendant cinquante ans le comté de Montbéliard et pendant quinze ans le duché de Wurtemberg ; son fils Jean-Frédéric lui succéda ; ce prince eut le bonheur de conserver en sa possession les quatre seigneuries d'Héricourt, Châtelot, Blamont et Clémont dont la souveraineté lui était contestée par la France. Le Parlement de Grenoble devant qui l'affaire fut portée reconnut la souveraineté du comte de Montbéliard et déclara l'indépendance des quatre seigneuries. En 1617 Jean-Frédéric conclut le traité des cinq frères ; aux termes de cette convention il cédait le comté de Montbéliard à son frère Louis Frédéric, mais stipulait formellement qu'à défaut d'héritiers mâles, le comté devait retourner au Wurtemberg.
Louis-Frédéric gouverna avec sagesse le pays de Montbéliard ; il mourut en 1631 regretté de son peuple.
Son fils Léopold Frédéric lui succéda et régna de 1631 à 1662, pendant l’époque si troublée de la guerre de Trente ans ; à plusieurs reprises le pays fut ravagé par les armées ennemies ; en 1635 le duc de Lorraine vint mettre le siège devant la ville de Montbéliard et brûla les villages environnants ; mais il se retira à l'approche d'une armée de secours commandée par le maréchal de la Force. En 163$ il vint de nouveau attaquer la ville mais ne put s'en emparer malgré trois assauts furieux; ces
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guerres avaient épuisé le pays ; quand Léopold Frédéric mourut il laissait ses caisses vides et des dettes énormes (1662).
Son frère Georges II lui, succéda et fit tous ses efforts pour rétablir la prospérité dans le comté, il favorisa surtout l'agriculture et tenta de remettre de l'ordre dans les finances ; il voulait aussi développer l'instruction et fonda une Université à Montbéliard en 1670. Malheureusement Louis XIV avait remarqué l'importance stratégique de la ville; placée dans la trouée qui s'ouvre entre les Vosges et le Jura, elle était le point de passage obligé de toutes les invasions allemandes. Les Chambres de Réunion fonctionnaient alors et Louis XIV en profita pour faire déclarer par le Parlement de Dôle que Montbéliard devait être réuni à la France.
Le maréchal de Luxembourg s'empara de la ville par surprise (1676) et Louis XIV prévoyant qu'un jour il lui faudrait rendre sa conquête fit démolir les fortifications de Montbéliard au mépris des conventions et malgré l'avis contraire de Vauban.
La paix de Ryswick {1698, obligea la France à rendre la principauté de Montbéliard au Wurtemberg ; le Comte Georges put rentrer dans le comté qu'il avait quitté; il mourut l’année suivante (1699). |
Il ne laissait qu'un fils Léopold Eberhard ; ce fut de l'avis unanime des historiens, le plus mauvais des princes qui aient régné sur le pays; le surnom de «mauvais prince » est resté attaché à son nom. Cruel et débauché, il vivait avec des concu bines qu'il entretenait dans son château même ; étalant dans sa cour un luxe inouï, laissant le gouvernement aux mains de favoris incapables, accablant le pays d'impôts, et recourant pour se procurer de l'argent aux moyens les moins avouables et les moins honnêtes. C'est ainsi qu'il confisqua à son profit la recette ecclésiastique et qu'en 1710 il ordonna à tous les habitants de Montbéliard de lui présenter les titres de propriété de leurs immeubles ; beaucoup d'entre eux ne pouvant produire ces pièces virent leurs biens confisqués.
Il avait épousé une demoiselle Hedwiger de basse extraction, mais que l’empereur avait consenti à faire comtesse de Sponeck ; aucun enfant ne naquit de cette union mais Léopold Eberhard eut beaucoup d'enfants illégitimes. Il était haï de ses sujets qu'il opprimait avec tant de dureté; pour rétablir son autorité ébranlée, il eut recours à un véritable coup d'Etat. Au mois
d'août 1706, il défendit aux Trois-Corps de ville de s’assembler sans sa permission. La Bourgeoisie lui adressa d'abord une requête le suppliant de respecter les franchises et de ne pas violer les engagements pris ; la supplique ayant été rejetée, les Trois-Corps de ville voulurent faire signifier au Conseil de Régence un acte d'appel devant la Chambre impériale de Wetzlar et firent venir à cet effet un notaire de Bâle. Léopold Eberhard le fit arrêter mais les Bourgeois le délivrèrent à main armée. Cependant la Chambre de Wetzlar avait reçu l'appel et l'avait renvoyé devant le Conseil Aulique, où le duc règnant de Wurtemberg prit nettement la défense de la Bourgeoisie.
La lutte n'allait pas tarder à prendre un caractère aigu ; désespérant de comprimer la révolte avec ses propres forces, Léopold Eberhard songea à faire appel à la France et envoya en ambassade à la cour de Louis XIV deux membres de son conseil ; ceux-ci eurent surtout de l'influence sur madame de Maintenon ; à l'insu du roi, celle-ci fil envoyer au duc Léopold six régiments de cavalerie française; l'hôtel de ville fut cerné, le maître Bourgeois en chef et son conforteur (‘) Berdot furent arrêtés (2 mai). Le Conseil de Régence déclarait la ville déchue de ses franchises et la condamnait à payer une amende de cinq cents écus d’or.
Le 6, il condamnait Jacques Berdot à la peine de mort et les autres au banissement et à de fortes amendes. Epouvantés par cet acte d’audacieuse violence, les Trois-Corps rédigèrent une lâche supplique à l'adresse du prince ; ils imploraient sa grâce pour «le criminel Jacques Berdot ». Ils se reconnaissaient en même temps indignes de leurs franchises et promettaient de rembourser tous les frais qu'ils avaient occasionnés au duc « par leur noire ingratitude » ; ils renonçaient enfin à l'appel intenté devant la Chambre impériale.
Mais Léopold Eberhard, de lui-même, recula devant la terrible responsabilité qu'il allait assumer ; il craignait que l'excès de désespoir ne poussät la bourgeoisie à une suprême révolte ; la peine de mort, à laquelle avait été condamné Berdot, fut commuée au dernier moment en celle de la détention perpétuelle ; un mois après sa propre maison lui fut donnée comme prison; on en usa de même à l'égard des autres condamnés.
(1) Le conforteur était le second maitre Bourgeois.
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Le 3 août Léopold Eberhard établit à Montbéliard une nouvelle magistrature, il choisit six personnes sur une liste de douze qui lui était présentée par la bourgeoisie; il leur en adjoignit trois autres de son choix ; mais l'agitation continuait, les colères, les haines s'amassaient contre le prince; celui-ci sentit le danger qu'il y aurait pour lui à lutter plus longtemps contre la bourgeoisie ; le 30 décembre 1708 il signait avec les représentants de celle-ci un traité amiable qui faisait revivre les anciennes coutumes et rétablissait les Trois-Corps de ville dans tous leurs pouvoirs. Léopold Eberhard mourut en 1725 et sa mort fut une véritable délivrance pour son peuple.
Eberhard-Louis, duc régnant de Wurtemberg lui succéda ; mais le Comte de Sponeck, enfant illégitime de Léopold Eberhard, s'était réfugié dans le château. Les partisans du duc s'en emparèrent de vive force et le comte de Sponeck s'enfuit avec sa famille. Il implora l'appui de Louis XV et intenta un procès au duc de Wurtemberg devant le Parlement pour obtenir la possession des terres et seigneuries de Franche-Comté; le Roi évoqua l'affaire en son conseil et ordonna la mise en séquestre des quatre terres pour disposer de leurs revenus en faveur des enfants naturels de Léopold Eberhard ; ce séquestre ne fut levé qu'en 1748 à la suite d’une convention particulière entre le roi de France et le duc de Wurtemberg.
Eberhard Louis mourut en 1733, sans laisser d'héritier direct, son frère Charles-Alexandre lui succéda. La même année, la guerre ayant éclaté entre la France et l'Empire, les troupes françaises occupèrent Montbéliard et le Conseil de Régence fut remplacé par un tribunal de Baïillage; cependant les corps élus subsistaient et gardaient leurs pouvoirs administratifs et judiciaires. Le traité de Vienne (1736) obligea la France à rendre Montbéliard au Wurtemberg. Charles-Alexandre mourut le 13 mars 1737 au château de Louisbourg ; ses fils Charles-Eugène, Louis-Eugène et Frédéric-Eugène régnèrent successivement sur le duché de Wurtemberg et la principauté de Montbéliard. En 1786 Louis-Eugène nomma son frère Frédéric-Eugène statthouder à vie de la principauté ; Frédéric la gouverna en cette qualité jusqu'en 1793, date de la réunion de Montbéliard à la France.
Il reste maintenant à nous demander quelles étaient les terres qui relevaient de la principauté ; son étendue à beaucoup varié
dans le cours des temps ; au XVIII siècle elle comprenait les Seigneuries d'Héricourt, Blamont, Clémont et Châtelot en Franche-Comté, celles de Granges, Clerval et Passavant en Bourgogne ainsi que celles d'Etobon et de Franquemont, enfin la seigneurie de Riquewihr et le comté d'Horbourg en Alsace ; toutes ces terres n'ont pas toujours fait partie de la principauté de Montbéliard.
Nous avons vu qu'en 1331, à la mort de Renaud de Bourgogne les terres de ce comté furent partagées, Héricourt et Belfort passèrent à Jeanne de Montbéliard; lors du décès de celle-ci les seigneuries d'Héricourt et du Châtelot passèrent dans la maison de Bade, puis par suite de mariage dans celle de Linange. Enfin elles appartinrent aux archiducs d'Autriche Albert et Léopold à la suite d'échanges que ceux-ci avaient contractés avec la maison de Linange ; ceux-ci les revendirent à leur tour aux ducs de Neuchâtel. En 1526 le duc Ulrich racheta les quatre seigneuries à Jean de Montaigu et Ferdinand de Neuchâtel, héritiers légitimes de la maison de Neuchâtel mais il ne rentra réellement en possession que des terres de Blamont. Les autres avaient été accaparées et retenues par Guillaume de Furstemberg et Félix de Wardemberg, gendres de Claude de Neuchâtel; ceux-01 ne se sentant pas de force à garder leurs conquêtes les vendirent à Ferdinand d'Autriche, frère de Charles-Quint, qui à son tour les céda à son trésorier général Gabriel de Salamanque, comte d'Ortembourg. Ce ne fut qu'en 1561, sous le règne du duc Frédéric, que les quatre seigneuries furent définitivement réunies à la principauté de Montbéliard.
Leur situation était des plus délicates ; en 1614 le Parlement de Grenoble avait bien déclaré qu'elles étaient indépendantes et ne relevaient en rien de la France, mais Louis XIV fit de nouveau porter l'affaire devant le Parlement de Dôle, qui rendit un arrêt le 16 octobre 1680, déclarant nul et non avenu l'arrêt du Parlement de Grenoble, et décidant que la principauté de Montbéliard tout entière relevait de la France et que le prince devait foi et hommage au roi très chrétien.
Le comte Georges protesta en quittant la ville, et les troupes françaises vinrent en prendre possession; mais la situation changea après la paix de Ryswick, Louis XIV dut restituer le comté proprement dit; il maintintnéanmoins lesgarnisons qu'il avait mises dans les quatre seigneuries et ordonna la mise en
séquestre de leurs revenus ; le séquestre ne devint officiel qu'en 1723 comme nous l'avons vu, sous le fallacieux prétexte de sauvegarder les intérêts des enfants naturels du prince Léopold Eberhard. Il ne fut levé qu'en 1748 à la suite d’une convention particulière signée entre le roi de France et le duc de Wurtemberg : aux termes de cet accord, les Seigneuries dépendantes du Comté de Montbéliard furent restituées avec tous les droits qui y étaient attachés à la maison de Wurtemberg ; le duc de son côté reconnaissait la suzeraineté du roi de France.
Quant aux Seigneuries de Granges, Clerval et Passavant, elles avaient été annexées au comté de Montbéliard par les comtes de Montfaucon ; elles restaient dans la mouvance du comté de Bourgogne, et comme telles soumises aux lois et aux coutumes de celui-ci.
Les Seigneuries d'Horbourg et de Riquewihr avaient été achetées en 1524 par Ulrich de Wurtemberg à leurs possesseurs d'alors les frères Walter et Burkard.
Enfin la baronnie de Franquemont avait été acquise en 1595 par le comte Frédéric aux barons de Gilley pour une somme de #2.000 écus d'or; elle dépendait partie de la Bourgogne et partie de l'évêché de Bâle.
Cette situation complexe des seigneuries était de nature à soulever de fréquents conflits de juridiction, chaque portion de territoire étant soumise à un régime et à des institutions différents. L'examen de ce régime serait très long et nécessiterait une étude particulière et minutieuse, aussi je ne fais que l'indiquer.
Dans l'étude que je me propose de faire des institutions administratives et judiciaires de la principauté je suivrai l’ordre suivant :
1° Administration politique ;
2° Organisation municipale ;
3° La Justice ;
4° La Police ;
0 Les Finances.
V. John Viénot. Histoire du pays de Montbéliard. Audincourt, 1904.
De Resener. Abrégé de l'Histoire du pays de Montbéliard. Montbéliard,
Duvernoy. Sociélé d'Enrulation de Montbéliard, 1891.
Colonel Beurnier, Sociélé d'Emulalion de Montbéliard, 1893.