‹ L'Ancienne Administration de la Principauté de MontbéliardChapitre 36 sur 46 · FA TER · texte numérisé non relu

FA TER

porter la bannière de la ville, sur laquelle étaient brodées les armes de la commune, (de gueules à la croix d'argent, chargée d'une étoile d'azur en abîme ». La charge de bandelier semble avoir été héréditaire ; cet officier n'avait pas de traitement, mais il était exempt de toutes les charges imposées par le Magistrat.

Cette organisation subsista jusqu'en 1785; le 10 août 1785, il avait été question de réorganiser la garde bourgeoise ; le prince craignait alors une invasion de la part de la France et voulait que, le cas échéant, la milice fût en état de résister à une attaque; pour lui donner une instruction rapide, il désirait en confier le commandement aux bourgeois qui avaient déjà servi dans les armées. Elle devait être composée de six divisions formant un bataillon.

Chaque division comprenait :

1 ancien maître-bourgeois en chef ou ancien notable.

5 ou 6 notables.

4 sergents.

4 caporaux.

1 tambour.

6 cavaliers « qui feraient le service de grenadiers ou de chasseurs à pieds (sic) quand il n’y aurait point de service à cheval. »

3 Canonniers.

Le sixième des bourgeois, habitants et étrangers en état de porter les armes.

L'état-major du bataillon devait se composer des officiers suivants :

1 commandant de bataillon {le bandelier).

1 major de cavalerie.

1 major.

1 aide-major.

1 trompette.

Le commandant du bataillon était à la disposition du Magistrat ; il en transmettait les ordres aux officiers.

Ce plan fut jugé défectueux parce qu'il astreignait des vieillards au service et entraînait des dépenses trop fortes pour la ville. Il se forma alors deux compagnies de volontaires, l’une de grenadiers, l’autre de chasseurs ; les officiers étaient choisis par le Magistrat parmi les Notables; l'instruction de chaque compagnie était confiée à un sergent français.

(1) V. Notaux. Archives de Montbéliard,

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Un peu plus tard le Magistrat, jugeant que la milice n'était plus d’une utilité suffisante pour en justifier le maintien, demanda au prince l'autorisation de la supprimer; celui-ci voulut bien y consentir, mais à la condition que les bourgeois fourniraient la grand'garde; la ville fournit alors huit hommes par jour, et les soldats que le duc avait à sa solde occupèrent les portes de Saint-Pierre et de la Rouchotte, dont la garde avait de tout temps été réservée aux bourgeois; mais puisque le Magistrat lui-même avait demandé la suppression de la milice, le prince avait le droit, et même le devoir, de faire placer des postes aux endroits convenables.

La milice était assez exercée, et même pendant longtemps le tir fut obligatoire. Les bourgeois tiraient à la cible le dimanche devant le grand-pont; il existait, au commencement du XVIIe siècle, un règlement des sociétés de tir intitulé : « Ordre et règlement observé au trait de mousquet de la ville de Montbéliard » (*). Les tireurs devaient se rendre «au trait au plus tard à l'heure fixée, si ce n’est que pour cause légitime, ils n’en ayent obtenu exemptions et à peine de payer pour chascun défaillant deux blancs au profit de ladite compagnie. » Les conditions dans lesquelles le tir devait s'effectuer étaient minutieusement réglées.

Il était défendu de « poser les armes que les règles ne soyent été lues ou sans permission expresse du capitaine ».

«De mettre la main aux armes d'autruy sans la permission de celuy à qui elles sont, de charger les mousquets que proche de la loge où il doit amorcer, le tout à peine d’une amende de deux blancs.

« Celui qui tirera sans épée, faisant en cela despect aux armes, perdra son coup.

«Il ne sera permis à personne de troubler celui qui tirera à peine de deux gros au profit de la compagnie.

« Que nul n’aye à blâmer, injurier, ou quereller personne à peine d'être chastié par les officiers selon l'exigence du cas au regard de l'offense à ladite compagnie.

« Celui qui jurera ou blasphémera en traict ou non, sera tenu de mettre en la boite des pauvres deux blancs, sans toucher

(1) Archives de Belfort. Série BB, N° 17, cité par Godard. Société d'Emulation. 1896, p. 309.

à la punition de blasphèmes qui pourront se proférer contre le saint nom de Dieu suivant les ordonnances de S. A. $S. pour ce statuées. »

.… (CEn cas que le capitaine fasse assembler lad. compagnie pour ce qui la concerne, tous seront obligés d'y comparoir, à peine de deux pots de vin, au proffit de ladite compagnie, s'ils n'ont heu despense du cappitaine ou du lieutenant du traict ou qu'ils n’ayent encore légitime. »

Le capitaine faisait assembler la compagnie à l’hôtel-de-ville le jour de la Saint-Sébastien pour procéder à la nomination des officiers. Si ceux qui étaient élus ne voulaient pas accepter leurs charges, ils étaient condamnés à payer un quartal de vin au profit de la compagnie. Les tireurs devaient « porter l'honneur aux armes et obéir à leurs officiers; les délinquants étaient déférés au Magistrat « pour être chastiés selon le cas ».

Quant aux capitaines et officiers, ils faisaient respecter l’ordre et le règlement «afin que le but et l'intention de l’establissement du traict soit suivy, qui est de rendre tout et un chacun des bourgeois capables du maniement des armes ». Ces compagnies de tir semblent avoir disparu au commencement du X VIITe siècle; dans le projet de 1785 on en demandait le rétablissement.

C'est à peu près à cette date que parut un règlement très curieux Concernant l'instruction militaire à donner à la milice bourgeoise (1).

Les bourgeois devaient se rendre sur la place de l'hôtel-deville; ceux d’entre eux qui étaient possesseurs d'armes à feu se plaçaient à droite de la division, selon le rang de taille ( parce que cela donne plus de mise à une troupe, les vieillards se plaçaient à la gauche et ne restaient qu'en cas d'attaque. »

« Lorsqu'une division devra se rendre au rendez-vous général, le chef commandera à droite ou à gauche, placera les sergents sur les ailes et les officiers à deux pas derrière les rangs, à une distance égale entre eux et l'étendue de la division. La division qui arrivera la première au rendez-vous, formera l'aile droite du bataillon.

On ne devra marcher que par le flanc aussi longtemps qu'on

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n'aura pas adopté des principes pour la marche de frontet qu'on ne sera pas suffisamment exercé.

Chaque homme portera, sur la poitrine, à gauche, un grand numéro de papier blanc au moyen de quoi chacun trouvera soimême la place qu'il doit occuper dans la division.

Le chef préparera à l'avance les numéros et les fera attacher à chaque homme avec des épingles, à mesure qu'on les arrangera en ordre; cet ordre, une fois établi, ne sera plus changé ; chaque homme conservera son numéro et le remplacera luimême, s'il vient à le perdre ou à le déchirer, ille mettra sur la poitrine avant de se rendre à la division.

On fera savoir à chaque homme qu'en cas d'attaque de nuit, il doit porter en écharpe une serviette, de droite à gauche, ou un drap blanc, afin que si l'on avait des paysans à repousser, on ne soit pas trompé par la bizarrure de l'habillement ». Il était impossible qu'avec de telles instructions, la milice bourgeoise ne devint pas rapidement une armée d'élite !

Nous avons vu que, dans tous les villages, il était fait un recensement des hommes en état de porter des armes; en cas d'alerte, ils devaient se rendre, sous la conduite de leur maire, au point indiqué; les habitants de la campagne étaient astreints au tir comme ceux de la ville; ce tir avait lieu pour les villages du comté dans quatorze communes qui servaient de centres à autant de compagnies.

C'étaient Abbévillers, Aïbre, Allanjoie, Audincourt, Bart, Bavans, Bethoncourt, Magny, Mandeure, Raynans, Sainte-Marie, Sochaux, Valentigney, Voujaucourt (!).

L'uniforme de la milice, au XVIII siècle, était bleu avec parements et revers blancs. Les officiers portaient une pique et une écharpe jaune et noire, aux couleurs nationales du Wurtemberg. La cavalerie bourgeoise portait un costume rouge avec revers et parements en velours noir.

(1) V. Tuefñferd. Société d'Emulation. Année 1864, p. 31.

SECTION II

Fortifications.

Montbéliard, point stratégique important, fut de tous temps fortifié; très simples au début, les fortifications se bornaient au château féodal et à l'enceinte de la ville. Au commencement du X Ve siècle, elles tombaient en ruines, alors que les circonstances les rendaient plus que jamais nécessaires. Pour y remédier, la comtesse Henriette accorda aux bourgeois, la jouissance du droit d'angal (), à charge par eux d’en employer exelusivement le produit à l'entretien des fortifications (?}.

Au XVIe siècle, les fortifications se composaient d’une forte muraille flanquée de tours, entourée de larges fossés. Le château féodal formait le nœud de la défense; bâti à pic sur un rocher très escarpé et défiant l'escalade, entouré d’eau de tous côtés, commandant tous les chemins d'accès, il constituait une forteresse à peu près imprenable. (On concevra, sans peine,

(4) L’angal était un impôt sur le vin qui se consommait dans la ville de Montbéliard. De l’allemand « ùm geld ».

(2) « Nous, Henryate, contesse de Virtemberg et de Montbéliard, faisons scavoir à tous... Nous louons, agréons, ratifions, confirmons et approuvons, et par ces présentes louons, agréons, ratifions, confirmons et approuvons, parmy ce que toutes et quantes fois que nosdits bourgeois et habitants dudit Montbéliard vouldront avoir et ouir compte desdits langals ce que doit faire chacun an une fois, réservons tenir et appeller et convoquer avec eux ung commis de par nous, pour ouir, veoir et adviser que lesdites rentes et émoluements desdits langals soient tournés el convertis, en la réparation et fortification de nostre dite ville, comme dit est, et cette confirmation faite par la manière que dessus... En tesmoignage de vérité, nous avons fait mettre nostre scel pendant en ces présentes, que furent faites, données en nostre chastel dudit Montbéliard, le vingtième jour de novembre, l’an de nostre Seigneur courant par mil quatre cent vingt el quatre, signé por Madame la comtesse Th. Pitoul, sans aucun seel pour avoir été arraché mal à propos par la guerre de Monthéliard. »

écrit le colonel Beurnier (1), que cet ensemble d'ouvrages dont les vestiges peuvent encore se reconnaître sur tous les points, ait pu opposer une forte résistance, dans les temps où l'usage de l'artillerie n'avait pas encore fourni les puissants moyens de destruction employés de nos jours à l'attaque des places fortes, et où des armées presque toutes composées de cavalerie, avaient perdu la tradition des procédés ingénieux que les Romains employaient dans les opérations de ce genre. »

En 1506, le Fort Le Chat qui défendait la ville à l’est et qui était construit sur le prolongement du rocher du château, en fut isolé par une large coupure pratiquée dans la roche.

Enfin, la citadelle ou château de la Crotte, élevée sur la colline escarpée qui domine au nord Montbéliard, fut considérablement modifiée. Au lieu du simple donjon qui se dressait seul en 4483, on construisit une véritable forteresse bastionnée ; elle fut seulement terminée en 1594 et armée de quinze pièces de canons; elle commandait toutes les routes aboutissant à Montbéliard. Enfin, en 1610, Montbéliard s'étant considérablement agrandi, on entoura la (neuve ville » d'une autre ligne de fortifications.

Ainsi fortifié, Montbéliard constituait une ville presque inexpugnable. En 1635, le duc de Lorraine, qui l'avait investi avec 15,000 hommes, dut se retirer après un siège d’un mois, à l'aproche de l’armée du duc de La Force, sans avoir pu s'en emparer.

En 1675, la ville fut prise par surprise par le maréchal de Luxembourg ; le duc de Lorraine, après s'être emparé de Phillipsbourg, voulait entrer en Franche-Comté par la Haute-Alsace et occuper Montbéliard. Luxembourg, averti à temps de ce mouvement, résolut de l'empêcher en prenant possession de la ville qui constituait la clef du passage.

Le comte Georges, qui, au début de la guerre, avait enrôlé des soldats et armé des bourgeois et des paysans, n'avait pu faire face aux dépenses nécessitées par l'entretien de cette armée, et avait dù la licencier en grande partie.

Le 5 novembre, le maréchal de Luxembourg, à la tête d’un fort détachement de cavalerie, s'empara par surprise des avant-

(1) Beurnier. Sociélé d'Emulation, €. 23. p. 340.

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postes du front ouest; cette opération ne lui coûta que quelques cavaliers tués par les canons de la citadelle.

Indigné de cette attaque, le comte Georges voulut se défendre énergiquement ; il fit rassembler les bourgeois en armes à l'hôtel-de-ville et les supplia de combattre ; ceux-ci lui répondirent qu'ils n'étaient pas en force pour résister à une attaque des troupes françaises ; S'ils arrivaient même à battre le corps de cavalerie du maréchal de Luxembourg, il leur était impos-

-sible de lutter avec avantage contre l'armée du Rhin qui, d'un moment à l'autre, pouvait venir renforcer les troupes d’investissement; la résistance serait donc parfaitement inutile et n'aurait pour résultat certain que d'exposer la ville aux horreurs d'une prise d'assaut.

Le comte Georges se relira alors dans son château, mais les

soldats qui en composaient la garnison refusèrent également de se défendre.

Outré de cette làcheté, il se vit obligé d'aller trouver le maréchal de Luxembourg pour entamer les négociations. Celui-ci le reçut très poliment, lui demanda des nouvelles de sa famille, mais se garda bien de lui parler de l'affaire qui l’amenait. [lle reconduisit ainsi, avec ses officiers, jusqu'à la porte du grandpont, donnant secrètement à quelques compagnies de grenadiers l'ordre de le suivre. Arrivé au pont, il fit signe à ses officiers; leurs hommes se précipitèrent sur la garde et la désarmèrent. Les compagnies de grenadiers s'emparèrent immédiatement de tous les postes et prirent possession du château.

C'est ainsi que, fort héroïquement, le maréchal de Luxembourg s'empara de Montbéliard. Le comte Georges dut consentir à une capitulation ; aux termes de ce traité, la France garantissait aux habitants, le maintien de leurs franchises et de leurs libertés, et la conservation de leurs fortifications; il les assurait aussi de la protection de Louis XIV. Pendant ce temps, on négociait la paix de Nimègue en prenant pour base le traité de Westphalie, aux termes duquelle comté de Montbéliard appartenait au Wurtemberg.

Le maréchal de Luxembourg, prévoyant que la France serait forcée d'abandonner Montbéliard, donna l’ordre, au mépris du

(1) V. Beurnier. Loc. citat.

traité de capitulation, d'en détruire les fortifications. Malgré l'avis contraire de Vauban. les murailles et les tours de la ville furent abattues, les forts du Chat et de la Crotte démolis et les fossés comblés ; l’armée francaise emmena avec elle les cinquante canons qui constituaient l'armement de la place.

Le maréchal de Luxembourg avait donc agi avec la déloyauté la plus parfaite, et la prise de Montbéliard, due toute entière à la trahison, est loin d’être pour lui un titre de gloire. :

La démolition des fortifications eut en outre, une influence désastreuse sur la ville qui, souffrit depuis, de nombreuses inondations, les eaux de la Luzine et de la Savoureuse ne trou: vant plus, en cas de crue, des débouchés suffisants et n'étant pas retenues par les murailles.

Montbéliard n'eut plus à subir d'assaut; mais, quand l'ancienne principauté eut été réunie à la France, elle eut à subir de nombreuses invasions; son territoire fut un point fréquent de passage des armées ennemies.

De toutes ces anciennes fortifications, il ne subsiste plus que l'ancien château, d'ailleurs profondément remanié au XVIII siècle. Du vieux manoir féodal, deux tours restent seules, celle du nord ou tour bossue, construite par la comtesse Henriette, en 142%, celle du midi ou tour rouge, bâtie par le comte Frédéric, en 1572.

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