‹ L'Ancienne Administration de la Principauté de MontbéliardChapitre 35 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les institutions militaires.

SECTION T

La milice bourgeoise.

L'institution de la milice bourgeoise est des plus anciennes ; elle remonte à l'origine même des franchises; de tous temps, Montbéliard eut une petite armée pour se défendre contre les attaques toujours possibles. La ville, par sa position même dans la trouée de Belfort, au centre du passage qui s'ouvre entre les Vosges et le Jura, devait être l'objectif de tous ceux qui voulaient envahir la France par l'Est. Le colonel Beurnier dit à ce sujet (!) :

« Sa situation, entre deux chaînes de montagnes autrefois couvertes d’épaisses forêts que la civilisation moderne a fait en partie disparaître en y perçant des communications, les nombreuses rivières qui l’arrosent sur les deux versants de l'Océan et de la Méditerranée, sa situation limitrophe entre deux pays de langue et d'origine complètement différentes, ont dû faire considérer ce pays à toutes les époques comme un point essentiellement militaire. »

Aussi, de bonne heure, Montbéliard avait il été pourvu d'importantes fortifications.

La milice bourgeoise eut souvent l'occasion de combattre;

(1) Beurnier. Sociélé d'Emulalion de Montbéliard. 1893, p. 308.

c'est ainsi qu'en 1638, une troupe de quinze cents Francs-Comtois étant venue couper les blés en herbe aux environs de Montbéliard, les bourgeois, unis à la garnison étrangère entretenue par les princes, s’avancèrent à sa rencontre, et après une lutte acharnée, la forcèrent à se retirer (°).

En 1640, les Francs-Comtois avaient pris et pillé Grandvillars; les bourgeois de Montbéliard sous le commandement de leur chef, le bandelier, les attaquèrent vigoureusement près du village de Mandeure; ils les battirent à plate couture en leur reprenant leurs prisonniers et le butin qu'ils emmenaient.

Mais revenons-en au début ; la charte de 1283 avait spécifié que les bourgeois devaient contribuer à la défense de la ville, le cas échéant ; les bourgeois forains étaient obligés de revenir à Montbéliard quinze jours après la déclaration de guerre et y rester tant que celle-ci durerait ; tous étaient astreints à un service de garde et de patrouille (?).

La charte ne donne pas d’autres détails sur l'organisation de cette milice; mais des documents postérieurs nous fournissent des renseignements plus précis. De très bonne heure, on imposa aux bourgeoïs et aux habitants des «montres d'armes » (*); la cérémonie se faisait de la facon suivante :

Les bourgeois et habitants, convoqués à l'avance, se rendaient devant le grand pont, conduits par le maire et les neuf bourgeois, accompagnés du greffier de la mairie. Celui-ci devait tenir deux rôles des hommes en état de porter les armes ; il en remettait un au président du Conseil de Régence, l’autre aux neuf bourgeois. Le greffier du Conseil faisait l'appel et prenait note des manquants ; le procureur général y assistait.

Le président du Conseil de Régence, après avoir examiné la qualité, la taille et l’âge des hommes présents, leur disait quelles armes chacun devrait porter.

(1) De Résener. Histoire.

(2) « Après se einsi estoit que li borgoys de Montbéliart haoussent guerre, cil qui sunt ou saroient borgois de Monthéliart, demorant'fuer de la vile, doivent faire résidence à Montbéliard deanz la quinzenne , après ceu que la guerre saroit comencé, et demorer tant come la guerre dureroit, à la volunté des diz nuef borgois esleiz, et i doit vaitier et achagaitier lour vile et metre et paier vaites et archavaites, per l’escort des diz nuef borgeois. Et doient fermer les bors de ladite vile, et maintenir les murs, à regard des diz nuef borgeois. » Tuetey. Loc. cit., p. 238.

(3) Archives Nationales. K. 221%,

On n'annonçait pas longtemps à l'avance ces réunions par peur des espions; on craignait que ceux-ci ne pussent découvrir «le nombre des personnes en force des lieux »; les miliciens n'étaient prévenus que peu avant la cérémonie.

Le Conseil ordonnait au maire de signifier aux neuf bourgeois qu'ils eussent à avertir les bourgeois et habitants de se tenir prêts pour le jour qui leur serait signifié; on n'en fixait la date exacte que deux ou trois jours à l'avance; la revue terminée, le prince faisait remettre à tous une certaine somme pour banqueter.

Les montres d'armes des sujets du comté se faisaient aussi devant le grand-pont; les hommes y étaient amenés par le prévôt et par les cinq juges et l’appel se faisait suivant un cérémonial identique; quelquefois ces revues avaient lieu dans le village même ; le prévôt, assisté du greffier, était alors chargé de l'appel.

Organisation. — L'effectif de la milice bourgeoise varia beaucoup avec le temps. En 1486, on comptait 233 individus en état de porter les armes ; en 1491, leur nombre s'élevait à 259, et en 1504, à 272; enfin, à la veille de la Révolution, la milice bourgeoise, considérablement augmentée, comprenait environ 400 hommes. Au début, elle n’était composée que d'infanterie, mais bientôt nous voyons instituer une compagnie de cavalerie. Outre le rôle de défense générale qui leur incombait comme membres de la milice, les cavaliers bourgeois étaient chargés de faire des patrouilles dans le comté, même en temps de paix, pour assurer la sécurité des routes.

Au commencement, la milice bourgeoise semble avoir été divisée en deux compagnies; celle des arquebusiers et celle des arbalétriers ; au XVILe siècle, l'effectif ayant été augmenté dans des proportions considérables, l'armée municipale comprenait quatre compagnies commandées chacune par un capitaine, un lieutenant et un enseigne; ces officiers étaient nommés par le Magistrat parmi les bourgeois de la ville; ils étaient ensuite confirmés par le Conseil de Régence.

A la tête de la milice était le bandelier choisi et nommé par le Conseil de Régence; c'est à lui que revenait l'honneur de

(1) V. Nolaux. Archives de Montbéliard.

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