CHAPITRE VII
L’instruction publique.
La ville de Montbéliard a possédé de très bonne heure des écoles; elles existaient déjà au XIII siècle; des actes de 1260 et 1300 en font foi; elles étaient toutes ecclésiastiques et sous la direction du chapitre de Saint-Maimbœæuf (*) ; les maîtres étaient nommés pour une durée de trois ans; en 1300, la veille de l'Epiphanie, le doyen et le chapitre de l'église firent un règlement portant que les écoles ne seraient que pendant une année confiées au même maître; celui-ci devait jurer fidélité au doyen. Il était tenu de résider en ville et de desservir l'église collégiale ; il lui était défendu de recevoir quoi que ce fût de ce que l'on donnait aux écoliers pour assister aux offices des morts.
Avec le temps, les écoles s'agrandirent un peu, mais elles ne se modifièrent guère, même lors de la Réforme. Il y en avait alors deux, l’une latine et l'autre française; elles se tenaient dans le même bâtiment; malgré la Réforme, elles gardèrent leur caractère confessionnel, mais les prêtres catholiques furent remplacés par des ministres protestants ; au fond, les choses restèrent à peu près les mêmes.
En 1550, le duc Christophe publia un règlement scolaire {?); il ordonna de créer des écoles primaires dans toutes les petites localités et d'y adjoindre dans les villes, une école latine. Il instituait en outre un service d’inspecteurs; cette commission comprenait un conseiller de Régence, un maître-bourgeoïis, le surintendant (*) des églises et le ministre allemand; les inspec-
(1& 2) V. Collection Duvernoy.
(3) Surintendant. C'était le premier pasteur, chef du consistoire de Montbéliard.
tions $e faisaient une fois par mois ; les membres de la commission devaient veiller à ce que les parents envoyassent régulièrement leurs enfants à l’école.
Les maîtres étaient nommés par le Conseil de Régence qui avait la haute surveillance sur tout ce qui concernait l’instruction.
L'ordonnance du duc Christophe (:) s'étend assez longuement sur la discipline et sur les moyens de la faire respecter. Elle constate que l’enseignement est «une tâche très difficile » et qu'il doit être donné « par un homme d'une singulière industrie et de grand labeur »; elle recommande ensuite au maître d'agir par la douceur et de ne pas injurier ( désordonnément » les élèves. Elle lui interdit formellement « de battre par la teste, de baiïller des soufflets au visage, de tirer ou tordre les oreilles, d'égratigner ». Mais il lui était permis de se servir de la verge dans les Cas graves.
L'instruction était obligatoire ; si les parents n'envoyaient pas régulièrement leurs enfants à l'école, le maître les avertissait ; si ceux-ci ne tenaient pas compte de ses conseils, il faisait un rapport au Magistrat et à la Commission des écoles. Le duc essayait de montrer aux maîtres l'importance et la grandeur de leur rôle. Ils ne devaient pas se croire (commis sur les enfants comme les bergiers sur les pores et autres bestes, mais qu'ils en ont la charge comme d'un thrésor céleste, lequel ils doyvent garder avec grand soin et en grande diligence » (*).
L'ordonnance créait en outre un service de bourses et de demi-bourses; elles étaient réservées aux futurs pasteurs et s’appelaient des stipends (du latin stipendium). Elles semblent avoir existé dès le milieu du XV[° siècle, mais elles ne furent réellement accordées qu'en 1557. En 1586, le nombre des stipendiaires fut fixé à six; chacun recevait pour gages un bichot de froment avec la somme de dix-huit livres, payables par le receveur du chapitre.
Il y avait aussi des demi-boursiers ou expectants; ils étaient au nombre de quatre et touchaient chacun six quartes de froment avec quatre livres seize sols par an; la plupart des expectants devenaient stipendiaires. Les boursiers s'engageaient à
(1) Collection Duvernoy. Besançon (2) Godard. Histoire du Gymnase. Société d'Emulation de Monthbéliard.1893.