Inventaire Q 36 : Troyes 294 bis (en outre Fretellus
La bibliotlièque de Clairvaux renfermait aussi une riche collection d'auteurs du Xl^ et du Xll" siècle. L'examen de ce nouveau groupe de manuscrits reste en dehors du cadre de la présente élude. H suflit d'avoir montré que la bi bliothèque fondée par saint Bernard comprenait la plupart des ouvrages des Pères et des écrivains de la renaissance carolingienne et que plus de cent cinquante manuscrits de cette espèce sont encore conservés de nos jours à Troyes*.
(1) Pour Smaragde, voir ci-dessus n" 7': le Diadema, et le deuxième manuscrit additionnel à la série de saint Augustin, qui contient le Commentaire sur la Régie. — Pour Rémi, sur les douze Prophètes, ci-dessus n° 66.
(2) Il n'est pas inutile de noter que les abbayes de Cîleaux et de Pontigny ont possédé, comme celle de Claiivaux, une importante bibliothèque. Nous avons encore un inventaire des livres de Cîteaux, établi sur l'ordre de Tabbé Jean de Cirey et achevé en li82; il comprend douze cents volumes (voir le texte dans le Catalogue général des Manuscrits : Départements, série 8°, t. V, 1887, p. 339-i52). Trois cent douze manuscrits de Citeaux sont conservés à Dijon. De Pontigny nous avons un catalogue de la fin du XII* siècle (Montpellier, Ecole de Médecine, n° 12, voir le texte dans le Catalogue général, série 4°, t. I, 1849, p. 697-717). On a gardé à Auxerre quarante-six manuscrits de Pontigny. Un simple coup d'œil jeté sur l'une et l'autre collection permet de constater qu'elles ont entre elles des relations assez étroites, et pareillement qu'elles en ont ensemble avec le fonds de Clairvaux. Une étude comparative des trois groupes serait entreprise avec fruit. Il faudrait aussi tenir compte des manuscrits de Fontenay (38 conservés à l'Arsenal, 28 à la Bibliothèque Nationale) et de l'ancien catalogue de La Charité (6 manuscrits seulement à Gray). De La Ferté, on n'a sauvé qu'une vingtaine de volumes (à Chalon-sur-Saône), et de Morimond, à peu près rien (une quinzaine de manuscrits modernes à Chaumont) Je dois me borner à ces indications rapides. Je m'abstiens de même de rechercher de quels exemplaires procèdent les manuscriis de Clairvaux.
DE CLAIRVALX \ 75
I. Note sur les livres donnés à Glairvaux par Henri de France
J'ai fait menlion, plus haut, de manuscrits présentés à l'abbaye de Clarrvaux par Flenri de France, fils de Louis VI le Gros (j 1 137; et frère de Louis Vil le Jeune (•]* \ J80), qui reçut Tbabit des mains de saint Bernard en 1145* et fut bientôt après évêque de BeauNafs, puis arcbevèque de Reims (y 1 175)'.
Libri est le premier, à ma coimaissance, qui ait parlé des livres d'Henri de France*. Martène, apparemment, ne les vit pas lors de sa visite à Glairvaux en 1708*. Le trop fameux Inspecteur des bibliotbèques publiques de France indique quatre volumes remarqués par lui à Troyes, au cours d'une de ses fructueuses tournées : les manuscrits 6, 511, 872 et 1083. Les trois derniers manuscrits sont en effet retenus par Harmand et je les rappellerai tout à l'Iieure. Pour le premier, manuscrit n° 6 de Troyes, je ne sais ce qui a pu l'aire penser à Libri qu'il provenait de la collection du prince Henri. C'est un recueil de vies de saints, du X F siècle, mais postérieur à la canonisation de saint Bernard : la vita sancti Beniardi, qui se présente en tête, est précédée des bulles d'Alexandre lll publiées en 1174*. 11 n'offre d'ailleurs aucun si<^ne qui permette d'ap[)uyer l'attribution.
Harmand, dans son catalogue, signale tour à tour six manuscrits comme des dons faits à Glairvaux par Henri de France ; à savoir, les manuscrits de Troyes cotés
(1) Cf. E. Vacandai-d, Vie de saint Bernard, II. p. 393-395.
(2) Gallia Chrisliana, IX, 1751, c. 88-101, et cf., ibid., c. 7-23-731.
(3) Journal des Sauanis, année 1811, p. 187 sq.
(4) Voyage lilléraire de deux religieux bénédictins, I, 1, i7l7, p. 98 ss.
(5) Catalogue général, p. 10 sq.
i1() l'ancienne HIHLIOTIIÈnuk
lespeclivement 511, 512, 871, 872, 1083, 1620; c'està-dire trois des volumes indi(|ués par Libri et trois antres. Coinine Harrnand ne donne dans aucun cas les raisons de son dire et se contente d'affirmer invariablement que les livres en question ont appartenu à Henri', j'ai cru bon d'examiner de nouveau chacun des six manuscrits pour faire valoir une bonne fois leurs litres.
Je lais tout d'aboi'd remarquer que l'Inventaire de 1 472. lequel pour la Bible de saint Bernard fait écho d'une manière formelle à la tradition, ne nous sert de rien dans la circonstance présente. J'y ai retrouvé sans peine les cotes et les notices des six manuscrits en cause. Le manuscrit 511 est catalogué sous la cote B 32 (fol. 10 v"-12 r"); 512 est le C 59 de l'Inventaire (fol. 19 v^) ; 871 est C 23 (fol. 17 r'^); 872 : F 70 (fol. 46 r"); 1083: C30 (fol. 17 v^); 1620: C 85 (fol. 21 v°). Il est inutile de transcrire les notices; elles sont exactes et précises comme de coutume, banales néanmoins, sauf pour le inanuscrit 511 dont la beauté attira l'attention du rédacteur : « Item ung très beau petit volume bien escript et enlumine dor et dazur contenant le psaultier glose. Dont les l(ett)res du commencement de cb(asc)un pseaulme sont d'or moulu. » Mais pas plus pour ce volume que pour les autres le bibliothécaire de la fin du XV^ siècle n'a rappelé son origine princière.
Quoi qu'il en soit de cette omission, le « très beau petit » manuscrit 511 a bien appartenu à Henri de France. On lit sur le feuillet de garde d'avant la marque de Clairvaux, notée au XII^ siècle : liber sce marie de clara ualie, et au-dessous, d'une autre main, avec les grands caractères des chartes de celte époque :
(1) Ibid. p. 1130.
i)E CLAIR VA rx 177