REGIS
EILIUS
puis plus l)as, d'une maiu du XIII" siècle : Psalteriuni glosalum avec cette addition du XV siècle : in margine.
11 est bien vraist^inhlahle que les mots « llenricus régis (llius » sont une signature autographe, la revendication du propriétaire, libellée sans pbrase au inoinenl où le volume composé à son intention lui fut remis, évidemment avant la mort de Louis VI.
Le texte du psautier (204 feuillets) n'offre rien de particulièrement intéressant; il répond au ty|je courant: les cent cinquante-el-un psaumes et les canti<]ues des Laudes, avec la glose : Primus psalmus bipertilus est de beato uiro et de iiltionibus iniquorum. L'écriture, d une seubî main, est du début du Xlï" siècle, soignée et conforme a deux canons: un normal, j)our le texte sacré, l'autre menu, pour la glose. Le parchemin est fin et bien poli. L'initiale de chaque psaume et cantique est enluminée avec beaucoup de goût, en or, azur, vert et rouge ; mais seule, celle du Beatus vir est développée, un gracieux enroulement de rameaux stylisés.
Le manuscrit 512 (i95 feuillets) renferme les Epîtres de saint Paul glosées. Il est de la même main que le pro cédent, et pom' le reste tout semblable : format, parchemin, disposition, décoration. Les deux volumes sortent du même atelier et forment une paire. Il est donc sérieusement [H'obable que celui-ci a été également fait pour le jeune prince et aj>()orlé par lui à Clairvaux, mais nous n'en avons pas la preuve matérielle; nous ne pouvons le restituer à ïlenii
T. LXXXI \i
\ 78 L'ANr.lEISNE BinnoTiiÈyiE
que par conjecture. Il est vrai que le feuillet initial n'existe plus ; il portait sans cloute le nom du fils du roi comme dans le cas précédent.
Le manuscrit 871 (86 feuillets)' est un Evangile de saint Marc avec glose. Il porte une reliure ancienne en cuir travaillé où l'on distingue divers motifs, entre autres des oiseaux fantastiques. L'écriture est du XIP siècle, et d'une seule main, moins belle que celle des manuscrits 51 1 et 5 12. Fol. 3 il y a un grand 1 enluminé, mais assez mal réussi. Sur le feuillet de garde d'avant on trouve la même inscription que dans le manuscrit 511, tracée par la même main ; mais le mot REGIS a été gratté. Ceci a pu être fait aussitôt après le couronnement de Louis Vil (1137).
Le manuscrit 872 (197 feuillets) est celui-là même auquel j'ai fait allusion en annotant une notice de l'ancien catalogue de Clairvaux relative à saint Jérôme*. C'est en effet une collection complète des lettres. Celle-ci, au point de vue littéraire, ne donne lieu à aucune remarque, le type était depuis longtemps constitué\ Mais l'écriture, différente de celle des manuscrits 511 et 512, est une minuscule d'une remarquable perfection. Il y a aussi de belles initiales ornées, plus simples toutefois que celles des deux manuscrits précités. Enfin le format est identique. A la fm du volume, une main du XVIT siècle a noté : ex dono henrici reyis fUii religiosi claraevallis. Nous n'avons aucune raison de suspecter cette référence. Elle se rapportait probablement au feuillet initial, qui manque aujourd'hui.
(1) Le premier et le dernier feuillets ont été enlevés.
(2) Voir ci-dessus n°^ 85-86 (première série).
(3j Par exemple dans les deux manuscrits du Vatican 355 et 356, IX°-X* siècle, dont l'exemplaire de Troyes ne diffère pas sensiblement.
bÈ ClAlRVAt'X 179
Le manuscrit 1083 (141 feuillcls) donne l'Evangile de saint Luc avec glose', il est de la même main que les manuscrits 511 et 512; son format est seulement plus petit, et l'illustration réduite. Celle-ci se borne à une grande initiale (fol. 3 v") et à deux lettrines (fol. 1 r' et 4 r'^). La marque d'appartenance à Henri a pu disparaître en même temps que la reliure primitive. Ou bien llarmand, (jui affirme sans explications l'origine princière, a-t-il vu encore l'ancien feuillet de garde? On comprendra dans un moment j)ourquoi je me crois autorisé ta poser celte question.
KnfiUj le manuscrit 1620 (60 leuillels) renferme les Epîtres canoniques toujours avec glose. Il est du même style que le manuscrit 871 et, je croirais, de la même main. 11 y a une dizaine d'ini'iales fort semblables à celles de 871*. La reliure originale a été remplacée on 17.'{4, comme il est indirpié fol. 60 r^ Au verso de ce même feuillet, on lit une note du XW siècle : Henricus niagmis filius Lridovici grossi Régis françie aniw millesimo centesimo quadraijesimo fît monachus apud Claravallen[scs) ordinis Cistercien[sis). ISon multum post fit ep(iscop)(.is Belnacensis). El anno millesi[m)o C" LXVP fil arc/iiepiiscop)us Remen{sis) . El quasi post decem annos obiil et iacetin eccle(s)ia liemen[si). Il y a lieu de croire que, cette fois encore, le nom d'Henri se trouvait inscrit en tête du volume.
Tel est au net, autant que j'ai pu voir, le cas des livres auxquels est attaché le nom d'Henri de France, (ils de
(1) Ni pour ce volume ni pour les deux précédents, Harmanil n'a reconnu les anciennes cotes. J'ai contn'dé dans tous les cas les notices île l'Inventaire et je puis certifier ses références telles qu'elles sont r.ipportées plus haut.
(2) Fol. 1 r", 3 r', 14 r", 27 v% 'M r», 51 v", 53 V, 55 V.
180 l'ancienne BIBLIOTlIÈQrE
Louis VI. Deux seulemeni, portent encore leur marque d'origine. Pour deux autres, nous n'avons que des attestations récentes, du XV*^ et du XVIP siècle respectivement. Les deux derniers ne peuvent plus être restitués à leur premier possesseur qu'en vertu d'une inférence; ils présentent les mêmes caractères graphiques que l'un des manuscrits authentiques et ont par suite la même origine. Au total, j'estime que les six manuscrits énumérés de la bibliothèque de Troyes sont tous ensemble un legs du jeune prince.
N'en a-t-il pas donné d'autres à l'abbaye de Clairvaux ? Et n'y en aurait-il point de nos jours encore dans la bibliothèque de Troyes? On est fondé, me semble-t-il, à poser ces deux points d'interrogation.
En premier lieu, il convient de remarquer que des six manuscrits que nous avons passés en revue, et dont nous avons vérifié les titres, il y en a cinq au moins qui forment un groupe serré : Psautier glosé, Marc glosé, Luc glosé, Paul glosé, Epîtres canoniques glosées. Bien plus, le Psautier, Luc et Paul ont été copiés par le même scribe ; pareillement Marc et les Epîtres canoniques ont la même facture. Tous ces volumes apparemment sortent de la même officine, et plus probablement d'un atelier parisien. Je suis .assez tenté de conclure que le jeune prince était en possession, avant d'arriver à Clairvaux, d'un recueil complet des livres du Nouveau Testament glosé. Dans cette hypothèse il nous manquerait les volumes de saint Mathieu, de saint Jean et de l'Apocalypse.
Des recherches attentives et bien dirigées permettraientelles de retrouver ces volumes ou d'autres analogues, par exemple des manuscrits liturgiques, dans le dépôt de Troyes? Je ne sais. Pour mon compte, j'ai eu l'occasion de manier à Troyes plusieurs centaines de manuscrits provenant de Clairvaux, sans relever d'autres indices que ceux
DE CLAI UVAUX 181
produits dans les pages qui précèdent. Cependant, j'ai retrouvé dans une liasse non cotée que M. le Conservateur a bien voulu me communiquer un feuillet détaché (20 X 1 4,5), feuillet de garde évidennnent, (jui est un reliquat des déprédations cataloguées dans le dossier de \Wffaire H(irmand\ Au recto, dans le coin de droite, on lit comme sur les manusc?-its 511 et 871, mais celle fois en gothique moyenne du XII'' siècle :
IIENRICUS REGIS FILIUS
A côté de filius, une autre main du WV" siècle — celleci d'un des armarii de Clairvaux au temps de saint Bernard — a ajouté le mot dédit. Au bas, une main du XVP siècle a ajouté toute une notice dont voici le début : Liber stae Mariae claravallis qiiem dédit f rater henricus (avanculus) monacus eiusdem domus... Ce feuillet devait être appliqué sur le cuir de la reliure, dont on voit encore la trace au verso. Or il ne correspond, j'en ai fait l'épreuve, à aucun des manuscrits signalés comme ayant a|)partenu au prince et privés aujourd'hui de leur feuillet initial. J'incline à croire que le petit volume duquel Ilarmand l'a déla-
(1) Affaire Ilarmand ex-bibliothécaire de la ville de Troyes. —Expertisées. Réquisitoire. Plaidoiier. Condamnation, d'après les documents originaux. A Troyes, chez Alexis Socard, libraire-édileur, 187:3, 8'\ IV-:?()2 pp. — Le feuillet au nom d'Henri de France est signalé p. 9i>. Il n'est pas inutile de rappeler que les détournements du conservateur inlidele consistent presque exclusivement en livres et plaquettes. Les catalogues produits au procès et réimprimés par Socard, dans l'intéressant ettrés rare volume dont je viens de donner tout au long le titre, n'inili(|Ui'nt (jue quelques feuillet manuscrits (cf. p. 97-101).
182 l'ancienne bihliothkql'e
elle était un livre de prières, lequel devrait encore se trouver à Troyes. Une édition scientifique de l'inventaire de 1472 serait, je le répèle, le seul moyen de fixer ce point en même temps que beaucoup d'autres.