POST-SCRIPTUM
11 nous resterait à continuer cette histoire de la femme, tant en Orient quen Occident. Peut-être le ferons-nous quelque jour, mais actuellement le temps nous manque.
Et cependant il serait fort intéressant de constater les transformations que lejtt5 gentianif et spécialement celui d'Egypte, a fait subir au vieux droit civil romain , devant aboutir un jour à ce droit écrit , parallèle au droit cçutumier, et contre lequel les auteurs du code civil eurent tant à lutter.
La lutte fut âpre, surtout pour la libre administration des paraphernaux par la femme mariée, sans intervention du mari, libre administration si analogue à ce qui existait en Egypte avant le ^péaloLyyLct de Philopator.
Bien curieuse aussi serait l'étude , relativement au mariage , des usages de ces Germains et de ces Bar-
bares de tout genre qui envahirent Tempire romain , emportant avec eux leur droit coutumier, devenu, en partie , le nôtre. Disons-le d'ailleurs , ce droit coutumier avait des analogies frappantes avec les plus vieux des droits orientaux. La raison en est bien simple. Aucun de ces législateurs , modifiant tout à leur fantaisie, n était encore intervenu, et les institutions primitives restaient ce qu'elles étaient.
En ce qui touche la femme, jouant un rôle bien supérieur à celui qu'elle avait dans les codes dits classiques de l'antiquité, comme en ce qui touche les enfants , devant avoir parts égales dans les biens de leurs parents, ce droit coutumier, devenu le nôtre, se rapprochait singulièrement de l'état des premières périodes des civilisations primitives de la Chaldée , de l'Egypte (restée à ce point de vue le plus conservateur des pays antiques) , etc.
II ne faudrait pas oublier non plus l'influence très réelle et très profonde du christianisme — sans pourtant l'exagérer ^ comme le font quelques-uns.
^ Lors de la conversion au christianisme on réagit même contre la situation très indépendante de la femme en Egypte , en s*inspirant d*ailleurs des traditions de TAncien Testament. Nous citerons cette charmante page des Gnomes :
- «Une femme est aimée de Dieu et des hommes à cause de sa sagesse et de la honne administration de sa maison ; car la beauté vaine , il y a une vengeance qui la poursuit.
« Orne-toi pour ton mari par les œuvres de tes mains et par la sagesse de ta bouche : les saintes appellent leur mari mon seigneur,
« N^aime pas à te parer, 6 femme , mais souviens-toi de toutes les
soutenant qae le christianisme a seul donné à la femme son véritable rôle , inconnu à toutes les nations antiques.
belles qui sont dans le sépulcre. Celles mêmes qui gisent sur le lit de la maladie , la beauté cesse en elles.
• Orne ton âme par Tamour de Dieu et donne ton cœur à la parole de Dieu. Écoute-le.
« Un homme sage ne s attachera pas à une femme insensée.
• Mon fils , éloigne-toi d*une femme qui aime la parure ; car ce sont signaux d'adultère que les étidages d*anneaux et de clochettes.
• Tu reconnaîtras une femme qui hait le péché à la pureté de son visage; quant à celle qui met du noir à ses yeux, elle montre par là sa ftitilité.
« Le soin du corps n'a pas besoin de ces choses. C'est vanité que de les porter. A quoi sert le noir des yeux? On gâte une belle image avec la fumée des lampes. »
Déjà , à la fin du i*' ou au commencement du ii** siècle de notre ère, un chrétien caché, Phibfhor, dans son admirable traité de morale, montrait pour la femme égyptienne, si libre d'allures et si autoritaire, une défiance parfois méritée, en lui opposant son idéal de la femme chrétienne :
« Quand une femme te plaît, c'est un maitre qui s'est révélé en elle.
« Une femme qui n'aime pas un autre par une liaison amoureuse (mot à mot : par une cousinerie masculine de femme) est une personne sage.
« Elles ne sont pas nombreuses les femmes indifférentes à l'amour coupable (mot à mot : molles dans ce chemin en leur âme).
«Que pour elles soit un bon ordre venant de Dieu!
« Il y a telle femme qui remplit sa maison d'approvisionnements sans payer.
«Il y a telle autre qui rend Dieu maitre de son intérieur (de tout ce qui la regarde).
« Il y a telle autre que je ferai connaître pour le déshpnneur, en qualité de femme moUe et sensuelle.
« Je la crains celle-là , à cause de la crainte que j'ai de la ruine. »
L auteur d'un autre livre de morale , copié sous les Ptolémées par le reclus du Serapeum , Apollonius , disait simplement : « Ne moleste pas ta femme. Elle entre en lutte. Qu'elle emporte son bien. »
Non ! le christianisme na pas créé, mais il a restauré la situation de la femme d'après les vieilles traditions primitives oubliées presque partout.
Il nen est pas moins vrai que, sans lui, ce que nous appelons la civilisation moderne n'existerait pas ou aurait revêtu un caractère beaucoup plus égoïste.
C'est Jésus qui , par l'amour, a éclairé l'âme humaine.
A un autre point de vue, bien intéressante aussi serait l'étude du monde arabe et surtout des modifications qu'y a apportées l'Islamisme , que M. Huart appelle , avec raison , une hérésie chrétienne. Du côté doctrinal , en effet , ce n'est guère autre chose qu'une espèce de nestorianisme remplaçant le Christ par Mahomet, Paraclet annoncé par lui, prétendait-il. Mais hérésie, l'Islamisme le fut aussi et surtout par la manière dont il considéra l'état de la femme ; et peut-être peut-on mieux expliquer ainsi , par xme réaction nécessaire contre l'ennemi religieux héréditaire des Croisés , le piédestal sur lequel les chevaliers francs élevèrent la femme , cette reine d'amour — si libre parfois.