‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 53 sur 81 · V. Revue philosophique, t. XII, p. 344 (Ribot · texte numérisé non relu

V. Revue philosophique, t. XII, p. 344 (Ribot

la métaphysique. Il suffit en efiet d'examiner attentivement les doctrines de l'idéalisme et du sensualisme, pour se convaincre que le déisme de l'un et le panthéisme de l'autre ne sont qu'un athéisme plus ou moins timide et inconséquent (30).

Mais si la négation du surnaturel est le commencement de toute métaphysique, elle l'est à fortiori de toute philosophie scientifique, car la philosophie scientifique rejette également et au môme titre les deux premières formes de la conception du monde. Je crois donc que beaucoup de ce qui a été dit, notamment par l'école positiviste, sur la position prise dans cette question par les matérialistes, repose sur un simple malentendu qui résulte, en grande partie, de la confusion de la doctrine avec la fausse méiJiode, au moyen de laquelle le matérialisme a transformé une vérité indiscutable d'une science particulière en une hypothèse philosophique invérifiable. Il est grandement temps de dissiper ce malentendu et de rendre à l'athéisme le caractère qui lui appartient.

18. « L'incognoscible » des sensualistes est un simple aspect, très général et très vague, du théisme et du panthéisme. II. Spencer a donc mille fois raison de dire « que l'incognoscible de la philosophie devra tût ou tard se confondre avec l'incognoscible de la religion la plus parfaite et la plus rationnelle », car on apercevra un jour qu^entre la philosophie qui met à sa base un pareil concept, et la religion dépourvue de tout dogme, il ne saurait y avoir aucune différence essentielle. Malheureusement, Spencer remplace très arbitrairement l'incognoscible de la métaphysique par l'inconnaissable de la science. Un pareil terme est absurde et contradictoire, la science étant synonyme de connaissance et ramenant constamment aux conditions ordinaires les problèmes que la métaphysique proclamait hautement être définitivement inaccessibles au savoir

positif. Ne voyons-nous pas la série des questions ontologiques sur le temps, l'espace, la force, la matière cesser d'être des hypothèses philosophiques et devenir des faits étudiés expérimentalement par la psychologie?

Il est donc incontestable qu'entre l'athéisme, le théisme, le panthéisme et la théorie de l'incognoscible il existe une très proche parenté; il est non moins certain que chacune de ces doctrines a deux côtés distincts, lun positif appartenant au passé, l'autre négatif, quoique facilement vérifiable, qui relie les trois formes de la métaphysique à la philosophie des sciences. L'origine et le vrai caractère de ce dualisme qui est très remarquable et qui constitue la cause principale du malentendu que je signalais tout à l'heure, s'expliquent aisément. De môme qu'il existe des doubles sophismes qu'il est très difficile de résoudre*, il y a des hypothèses qui paraissent scientifiques et qui, en réalité, sont en partie métaphysiques, car la proposition qu'elles sous-entondent est tout à fait indépendante de celle qu'elles affirment. Les hypothèses doubles abondent dans l'ancienne philosophie. C'est à elles qu'est due en grande partie l'ambiguïté des doctrines métaphysiques les plus importantes, et c'est l'une d'elles qui est la cause du caractère particulier que l'athéisme revôt dans chacune des trois formes de la métaphysique.

19. Si Ton décompose, par exemple, l'hypothèse qui est au fond de la théorie sensualiste de la connaissance en ses éléments constituants, on trouve deux parts qui n'ont rien de commun entre elles ni au point de vue de la méthode, ni au point de vue de la doctrine; elles ne paraissent avoir été confondues que pour cacher l'arbitraire de l'une sous les dehors de la nécessité empirique de l'autre. La théorie sensualiste de la connaissance relie, en efi'et, cons-

1. Funck-Brentano, Les sophistes grecs et les sophistes contemporains, Paris, 1879.

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tamment la supposition gratuite d'une cliose en soi en dehors de l'expérience, à cette proposition également applicable à toute hypothèse et à tout groupe de faits concrets, qu'on ne peut connaître ce qui est inconnu.

L'athéisx-ne métaphysique présente exactement le même mélange d'empirisme et de conceptions imaginaires» il est composé, lui aussi, de deux affirmations. L'une consiste à dire que le surnaturel, n'ayant pas été observé, n'existe ni pour la science, ni pour la conscience; l'autre, qui ne découle nullement de la première, prétend qu'il n'y a dans le domaine de l'incognoscible aucune place pour une divinité quelconque. Historiquement, c'est sous cette dernière forme que l'athéisme s'est toujours manifesté, car s'il n'avait pas admis l'existence de l'incognoscible, s'il n'en avait pas fait la pierre angulaire de la philosophie, il se serait contenté du fait empirique qu'on constate partout sans peine et qui est la négation scientifique du surnaturel.

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