Chapitre I
LES LOCAUX DE LA FACULTÉ
Sommaire ; 1. La chapelle Sainte-Catherine, local provisoire. — 8. L'emplacement définitif de l'Université. — 3. La Faculté au Collège des Jésuites.
La fondation d'une Université à Douai fut inspirée par le désir qui anima les conseillers du roi d'Espagne, Philippe II, d'opposer une solide barrière .à la Réforme menaçant les Pays-Bas. La ville de Douai fut choisie comme siège d'une Académie de résistance, parce que, plus que Louvain même, elle avait échappé à l'influence des doctrines nouvelles (i), et que, sans être sous la domination française, elle était située en pays français (2). L'honneur de ce choix revient, semblet-il, à un célèbre professeur de la Faculté de Droit de Louvain, Jean Vendeville, dont le nom reviendra souvent .dans la suite, car il fut attaché, dès les origines, à la Faculté de Droit de Douai. Les négociations préparatoires, les démarches de la Ville, la fondation de l'Université, son organisation et son fonctionnement initial sont exposés, avec autorité et sûreté, dans un livre déjà loué (3). Nous ne rappellerons que quelques dates marquantes. Le président du
(1) Cardon, p. 121.
(2) Cardon, p. l.
(3) La Fondation de l'Université de Douai, par G. Cardon. Paris, 1892.
Conseil privé, Viglius, obtint du pape Paul IV le Bref du le' août i559 sur la Dotation de l'Université future (i). Le 6 janvier i56o (n. st.), le successeur de Paul IV, Pie IV, fit expédier les bulles d'érection (a). Le conseiller-pensionnaire de la ville de Douai, Jérôme de France, instruit des démarches de Viglius, fut invité, alors seulement, à obtenir du Conseil de Ville des engagements conformes (3). Enfin, toutes les difficultés politiques, religieuses et financières étant . aplanies , le Roi délivra ses lettres-patentes , de Madrid , le 19 janvier i56si (n. st.) (4).
f . — Il était nécessaire que l'Université pût s'ouvrir au plus tôt. Le choix des professeurs et l'organisation matérielle des locaux occupèrent une bonne partie du temps du Magistrat pendant l'année i562.
En effet, il n'existait aucun bâtiment suffisant pour donner les leçons. La Ville ne voulait pas entreprendre les constructions académiques sans l'avis des nouveaux professeurs. Mais comme l'ouverture des classes pressait, il fut décidé que les cours se feraient dans des locaux provisoires. En ce qui regarde l'enseignement du Droit, la première idée avait été de loger les cours, soit dans une maison sise derrière la Halle échevinàle et nommée le Grand Hacquehart (5), sinon dans une autre maison telle que Vhôpital Saint-Julien (6) dont on aurait transporté la fondation dans un autre hôpital (7). Ce projet n'eut pas de suite.
(1) Gardon, pp. 134 et suiv.
(2) Cardon, pp. 140-141.
(3) Cardon, pp. 142 et suiv.
(4) Cardon, pp. 165 et suiv.
(5) Brasserie célèbre dans la rue actuelle des Minimes (J. Lépreux, Les Rues de Douai, Douai, 1882, p. 53).
(6) D'où la rue Saint-Julien prit son nom (J. Lépreux, op. cit., p 73.)
(7) Pièces, d. (xvi* s.) : Moyens advisez et pourjectez pour sçavoir quelles places et lieux, etc.. (Arch. dép. Nord, D. 3 bis).
LES LOCAUX DE LA FACULTE
A l'arrivée des premiers professeurs en Droit, au mois de juillet, les représentants de la Ville (( fiirent visiter avecq eulx toutes les places de la ville que Ton estimoit estre propices et commodes à faire lecture et, après Visitation faict. Ton trouva la maison de Mérignie (i), près S*-Nicollay, fort propre pour les droictz ; mais le seigneur n'y voeullant consentir, Ton fut contrainct de prendre la chappelle de S* (sic) Catherine (2), comme estant ample et lumineuse » (3).
L'inauguration solennelle de l'Université eut lieu le 5 octobre 1662. Le 9 octobre, de 8 à 9 heures du matin, Jean Vende ville, et l'après-midi, de 2 à 3, Jean Ramus, donnèrent, dans cette chapelle, leurs leçons d'ouverture. Le lendemain, aux mêmes heures, Boetius Epo et Adrien Puessen y ouvrirent, eux aussi, leur enseignement (4).
2. — L'emplacement définitif choisi pour la construction des (( escoles publicques » était situé, sur la paroisse Sainl- Jacques, au coin de la rue des Malvaux et de la rue des Corbeaux (auj. des Ecoles). Les bâtiments se trouvèrent aménagés rapidement (5). La date du transfert ne peut être établie d'une façon précise. L'Université devait demeurer là plus de deux siècles.
Dans les locaux nouveaux, une salle était réservée aux
(1) Dite aussi l'Hôtel de Bachy et auparavant de Harchies. C'est THôtel de Saint-Venant du xiii* siècle, situé rue des Foulons, rang ouest, au coin de la rue des Basses (auj. rue Foucques} (5oap. Flandre Wall. y N"' S", t. I, 4881, p. 108, n. 4).
(2) Chapelle romane, auj. détruite, rue des Dominicains (.1. Lépreux, op. cit., p. 29).
(3) Discours de la poursuite et érection de V Université de Douay {Bibl. Douai, ms. 1304) pp. ci-cii. — Cf. Cardon, p. 195.
(4) Discours de la poursuite, etc , p. cxv. — Cf. Cardon, pp. 208-209.
(5) Cardon, pp. 291 et suiv.
lO ANCIENNE FACULTÉ DE DROIT DÉ DOUAI
Facultés (i) de Droit. La Déclaration de 1749 s^^r le Règlement de rUniversité la trouva insuffisante. L'art. 198 édicté que cette salle servirait dorénavant aux seules leçons du Droit Canon, du Code et du Droit français (2). Les Echevins devaient procurer une autre salle pour les leçons du Digeste et des Institutes. Il ne nous paraît point que pet article ait été exécuté. ^
Nous ne savons rien de l'état intérieur de la salle de Droit. Une seule chose ressort des documents, c'est que dans cette salle il y avait deux chaires : la chaire « d'en haut )) où ne pouvaient s'asseoir que les docteurs, et la chaire (( d'en bas » réservée aux professeurs, simples licenciés. Les Facultés de Droit, fidèles gardiennes de leurs privilèges, honorifiques ou autres, eurent, plus d'une fois, l'occasion de protester contre la prétention émise par des licenciés de monter dans la chaire d'en haut. Ainsi, en 1760, fut créée la chaire du Droit français, — celle qui correspond à nos chaires actuelles de Droit civil. Le Pan y fut nommé sans concours, fait qui constituait déjà une entorse au principe de recrutement alors en usage. De plus, il n'était pas docteur et, nonobstant, voulut s'asseoir dans la chaire supérieure ; ses collègues s'y opposèrent, mais les « Proviseurs du Dot », à qui était réservée la nomination des maîtres, le lui permirent « jusqu'à ce que le Roi en ait disposé » (3). L'intervention royale se manifesta dans la Déclaration de 1762 réformant celle de 1749 ^^ son article 196. « Le Professeur du
(1) Nous emploierons indifféremment les expressions: la Faculté de Droit ou les Facultés de Droit. Cette dernière désigne la F'aculté de Droit Canon et la Faculté de Droit Civil (c.-à-d. Romain), qui formaient les deux Facultés de Droit de l'Université de Douai (Cf. infrà, ch. II). Elle est la seule technique. La première, qui sonne mieux aux oreilles de nos contemporains, sera souvent adoptée par nous.
(2) Cette dernière chaire fut créée seulement en 1750.
(3) Notes de Plouvain (BibL Douai, ms. 1018), p. 32.
LES LOCAUX DE LA FACULTÉ It
Droit françois, dit-elle, enseignera dans la chaire d'en haut (sans tirer à conséquence, quoiqu'il ne soit que Licentié). . . . ». La mesure de faveur ne fut réellement qu'individuelle. Déprès, le second professeur du Droit français, s'assit, tant qu'il ne fut pas docteur, dans la chaire d'en bas (i).
3. — L'Université était à l'étroit dans ses bâtiments primitifs. Un local plus vaste, le Collège des Jésuites, devint libre lors de l'expulsion de 1766 (aujourd'hui le Musée et la Bibliothèque, rue Fortier). Les services d'enseignement y furent transférés par ordonnance des i«r Mai 1567 et 21 juin 1771(2).
Dans ces bâtiments plus commodes, la Faculté occupa deux salles : la grande et la petite classe, suivant la langue de l'époque. Nous ignorons l'emplacement de la petite classe. La grande classe est, aujourd'hui, affectée, dans le Musée, à la salle Berthoud du Musée d'Ethnographie. Elle est très reconnaissable, car les ornements d'ordre ionique, colonnes, pilastres, panneaux, etc.. (que. les vitrines ne permettent pas de voir entièrement) sont décrits dans le devis de restauration dressé en 1776 (3). La salle fut, en 1.789, pavée en marbres riches de nuances variées (4). Au-dessus de la chaire (5) fut placé, en 1782, un tableau dû à Vien, « peintre et chevalier de rOrdre du Roi, demeurant au Louvre )), que nous savons
(1) Ibid,, p. 34.
(2) Duthillœul, Douai ancien et nouçeau^ Douai, 1860, p. 71 ; J. Lépreux, Rues de Douais Douai, 1882, pp. 29-30, etc., etc. . . Le premier de ces auteurs dit (pp. 43-44) qu'au eommencement du siècle, ou lisait encore audessus de la grande Porte : ACADEMIA. — Les bâtiments abandonnés par l'Université furent cédés à l'Artillerie pour ses écoles de dessin et de mathématiques .
(3) Délib. 23 août 1776 (Reg, des délib., Bibl. Douai, ms. 1305), f. 40. — Le petit Collège des Bacheliers (cf. son Histoire, infrà, ch. IV, § IV) y contribua pour 700 il sur 3.520 fl. que demanda l'entrepreneur Gastille {Ibid^ ff. 41 v- 42^)
(4) Délib. 20 mai 1789 {Ibid., f. 66).
(5) Face à la porte principale du Musée Berthoud, au-dessus de la petite porte.
la ANCIENNE FACULTÉ DE DROIT DE DOUAI
avoir coûté loo louis (i). Ce tableaa est aujourd'hui conservé au Musée de Peinture de Douai (en haut de l'escalier). Il représente Moïse apportant aux Israélites les tables de la loi (2). C'est le même sujet qui figure sur les Sceaux de la Faculté (3).
(1) Soit 2.400 livres tournois ou l.dâO florins, dit le Reg. des détib. {Bibl. Douai, ms. 13051, ff. 46^^-47' (Délib. 28 déc. 1782).
(2) Ainsi décrit sous le n» 382 du Caial. . . du Musée de Douai (1869, in-12) pp. 159-160 : « Toile, 2.85 XI. 76. Au fond d*une vallée dominée par des montagnes d'un aspect sévère, Moïse présente au peuple les Tables de la loi. Derrière lui, Aaron, la main droite dirigée vers Muîse, la gauche élevée vers le ciel, montre ainsi aux enfants d'Israël qu'ils doivent vénérer en Moïse l'envoyé de Dieu. La terreur est encore peinte sur quelques figures ; mais elle est dominée par le respect et la confiance, et toutes les oreilles s'ouvrent aux préceptes du Seigneur.
» Autrefois placé dans la salle de l'Ecole de Droit (maintenant, [c'est-àdire en 1869], salle de TArchéologie). Peint pour cette destination, il était encastré dans la boiserie du fond. »
(3) Cf. infrà, ch. II.
STATUTS ET ADMINISTRATION DE LA FACULTE l3