JACQUES BENIGNE WINSLOW
Docteur-Régent
et
ancien professeur
de la Faculté de médecine de Paris ,
Interprète du Roy en lancue teutonique dans sa Bibliothèque,
Des Académies roïales des sciences de Paris et de Berlin. Professeur
En anatomie et en chirurgie au Jardin roïal , etc.,
Fera pour l' inauguration du nouvel amphithéâtre des Ecoles de médecine un cours public d'anatomie en langue françoise et exécutera luimême la dissection et la démonstration des parties du corps humain sur un cadavre masculin , comme il a fait cy-devant dans l'ancien amphithéâtre.
Il commencera le jeudi 18e février 1745, à 3 heures après-midi précises, Dans l'amphithéâtre des
Ecoles de médecine
Rue de la Bùcherie, vis-à-vis le petit pont de l' Hôtel-Dieu. Défense d'entrer avec cannes et épées (10).
(10) Commentaires, XX, p. 918.
26 Chapitre deuxième.
Pourquoi cette défense d’entrer avec cannes et épées ? Le doyen Guillaume de Lépine nous l’apprend dans les Commentaires : il craignait le tumulte et, dans cette prévision, il avait par précaution fait séparer les bancs des chirurgiens de ceux des médecins et des étudiants, et le Lieutenant-général de la police lui avait envoyé des agents pour maintenir l’ordre au besoin. La séance du reste se passa sans orage.
Alors, comme aujourd’hui, le cours d’anatomie se faisait presque toujours en hiver, sans pouvoir être ajourné (11) et il était annoncé par des affiches latines posées aux portes des Ecoles et dans les carrefours de la ville. Les cadavres étaient assez difficiles à obtenir; c’étaient en général ceux des suppliciés qui servaient à ces leçons. Aussi chaque exécution était un jour de grand émoi, je n’ose dire de grande joie, pour les étudiants en médecine. La distribution des cadavres avait été réglée par des Edits royaux ou par des arrêts du Parlement. A la date du 11 avril 1551, le Parlement prononça un arrêt portant « défense d’enlever les cadavres sans la permission « du doyen de la Faculté de médecine de Paris, de faire anatomie « qu’en présence d’un docteur de la dicte Faculté, aux officiers de « Justice de prendre aucuns droits pour l’enlèvement des dicts cada- « vres et à l’exécuteur de la haute Justice d’exiger plus grande « somme que de trois livres. » Dans le même arrêt il est dit que les corps des suppliciés « seront baillés seulement selon la cédule du doyen de la Faculté de médecine. » La légende nous rapporte
(11) Statuts j art. oi.
Les Étudiants ou Philiatres.
qu’ André Vésale fit quelquefois enlever la nuit des cadavres de suppliciés pendus au gibet de Montfaucon. Cet enlèvement des cadavres se faisait, parait-il, assez fréquemment. Nous voyons qu’en janvier 1615, quelques chirurgiens assistés de laquais, firent enlever un cadavre exécuté par le bourreau Jean Guillaume. La Faculté ré clama, et, à la date du 23 janvier, un nouvel arrêt fut rendu portant défense au lieutenant-criminel, aux maîtres et aux gouverneurs de l’Hôtel-Dieu, à l’exécuteur de la justice et à ses valets de délivrer aucun cadavre aux chirurgiens et aux barbiers-chirurgiens sans l’autorisation du doyen de la Faculté de médecine, et « à faulte d’avoir la dicte permission, a permis et permet au dict doyen faire enlever les corps qi’il trouvera avoir esté prins et emportez... » Les médecins du roi n’étaient pas plus privilégiés que les autres dans l’obtention de ces cadavres, et lorsque la Faculté était prévenue d’un enlèvement de cette nature, il se faisait une véritable chasse au cadavre, non sans exploits d’huissier. Un jour, le 4 mars 1622, un nombre considérable de laquais firent irruption dans l’amphithéâtre de Riolan et lui enlevèrent, au milieu de sa leçon, un cadavre sur lequel il faisait sa démonstration. Un autre jour, le 24 février 1672, le collège Saint-Côme à son tour fut envahi par les archers qui, pour faire exécuter l’arrêt du Parlement, enlevèrent un cadavre qui servait aux démonstrations des chirurgiens et le portèrent aux Ecoles de médecine. On comprend maintenant pourquoi, à l’ouverture du cours de Winslow, il était défendu d’entrer avec cannes et épées.
Le 14 décembre 1630, à propos d’enlèvement de cadavres par le chirurgien-barbier Lelarge, le Parlement rendit un arrêt pour lui faire fermer boutique « et fit défense aux chirurgiens, aux barbiers-