Chapitre quatrième
Le même jour, vers dix heures, le chancelier de l’Université convoquait des personnages éminents dans la grande salle de l’Archevêché. De leur côté, les licenciandes se rendaient dans leurs écoles de la rue de la Bùcherie. Vêtus de leurs robes, accompagnés des bacheliers, précédés des deux bedeaux, ils partaient processionnellement, traversaient le pont aux doubles (13), aujourd’hui pont de l’Hôtel-Dieu, et se rendaient à l’Archevêché, derrière l’église Notre- Dame. Là, en présence du doyen de la Faculté, des docteurs régents, et des notabilités convoquées pour la circonstance, on donnait lecture de la liste des aspirants à la licence, en les appelant par leurs nom, prénoms, surnoms, suivant le rang de classement. L’appel terminé, ils se mettaient tous à genoux, la tète nue, et le chancelier ou le vice-chancelier prononçait ces paroles sacramentelles :
« Ego , cancellarius, auctoritate apostolicâ , quâ fruor in hâc parte , do vobis licentiam legendi, interpretandi et faciendi medicinam hic et ubique terrarum. In nomine Patris , et Filii, etc.»
Le chancelier proposait alors, pour la forme seulement, une question de médecine au premier licencié, et après la réponse de ce dernier, le chancelier, les docteurs régents et les licenciés, se dirigeaient vers Notre-Dame, pour rendre grâces à Dieu de se voir heureusement arrivés à la fin de leurs travaux. Là, les nouveaux élus juraient devant l’autel de Saint-Denis et de ses compagnons martyrs de défen-
(13) Ainsi nommée pnrcequ’il fallait payer un double denier pour le traverser. Le licenciande payait ce jour-là une livre 4 sous pour lui et sa-suite.
La Licence en médecine et le Paranymphe,
dre la religion catholique, apostolique et romaine jusqu’à l’effusion du sang, se religionem catholicam , apostolicam et romanam , usque ad effusionem sanguinis esse tuituros. L’usage de ce serment à l’autel de Saint-Denis ne remonte qu’à l’année 1662.
De là, on retournait processionnellement aux écoles de a rue de la Bùcherie, et les nouveaux licenciés pouvaient alors se livrer à l’exercice de la médecine.
Il était d’usage que le premier licencié offrit dans les Ecoles un dîner aux examinateurs, au doyen, aux docteurs régents, au chancelier de l’Université, qui venait accompagné d’un certain nombre de chanoines. En 1634, à cause d’une contestation, il fut invité seul et refusa l’invitation. Alors le doyen fit signifier au traiteur par huissier royal « de ne point apporter à Monsieur le Chancelier le plateau chargé de mets qui lui était destiné. » Ne ferculum dapibus instructum domino cancellario destination cipponeret (14).
En 1642, on abrogea le dîner solennel offert par le premier licencié. 11 donnait ce qu’il voulait pour la chapelle ou pour les écoles ou pour toute autre chose utile à la Faculté. Cette somme varia • plus tard elle fut fixée à cent livres.
Quelques jours après, le nouveau licencié recevait ses lettres de licence , ainsi conçues :
;11) P. cle M., Lettre sur les Paranymphes , p. 13.