Chapitre sixième
Avant d’élire le Doyen, il fallait commencer par élire les électeurs eux-mèmes.
Chaque docteur présent écrivait son nom sur un bulletin ; deux urnes ou plus souvent deux bonnets devaient recevoir ces bulletins. On ne pouvait voter pour les absents. Tous les docteurs du premier rang ou les anciens déposaient leur bulletin dans l’une des deux urnes tenue par leur doyen d’àge ; tous les docteurs du second rang ou les jeunes déposaient le leur dans l’autre urne, tenue également par leur do^en d’àge. Tous les bulletins étant bien remués dans chaque urne, le doyen sortant de fonctions étendait la main pour montrer qu’elle était vide et tirait trois noms de l’urne des anciens et deux seulement de celle des jeunes: ces cinq docteurs étaient proclamés électeurs devant toute l’assemblée, et ils ne pouvaient s’élire eux-mèmes. Par une exception unique, Bertin Dieuxivoye, en 1682,
L'Ancien , le Doyen et le Censeur. 99
fat nommé doyen par acclamation, bien qu’étant électeur (4). La brigue, la cabale, le favoritisme ne pouvaient rien dans ces élections. « Jurabitis , leur disait l’ex- Doyen, quàd sine fraude eligetis in Decanum ilium de vere Regentibus quem sciveritis utiliorem esse ad hujusmodi officia exercenda. » Ils prêtaient le serment, se retiraient dans la chapelle pour implorer le secours de Dieu; là, ils choisissaient trois docteurs qu’ils croyaient les plus aptes au décanat, deux anciens et un jeune, et ils écrivaient chaque nom sur un bulletin. Ils rentraient devant l’Assemblée avec leurs trois bulletins, que l’Ancien mettait dans une urne ou un chapeau, et l’ex-Doyen en tirait un bulletin; c’était le nom du nouveau Doyen qui, pendant deux ans, allait être le chef de la Faculté. « J’ay plusieurs fois été électeur, dit Guy Patin, j’ay mesme été élu et mis dans le chapeau trois fois, l’an 1642, 1644 et 1648... et toutes les trois fois, je suis demeuré dans le fond du chapeau. » (5). Le lendemain de cette lettre, datée du 4 novembre 1650, le sort désignait Guy Patin comme Doyen de la Faculté de Paris, charge fort pesante et qui était, disait-il, plutôt onus quàm honos.
Le Doyen, ainsi nommé, recevait alors les insignes du Décanat déposés par son prédécesseur et prêtait entre ses mains le serment suivant en latin :
(4) Commentai) e s, XVI, p. 449. — Hazon, Notice des hommes les plus célèbres de la Faculté de Paris, p. 136.
(5j Guy Patin, lettre XLVJI.