‹ L'ancienne Faculté de médecine de ParisChapitre 87 sur 128 · Chapitre huitième · texte numérisé non relu

Chapitre huitième

celle de cette femme qui épousa, en 1584, Martin Boursier, barbierchirurgien attaché à l’armée du Roi, élève et locataire d’Ambroise Paré. Les besoins de l’existence l’avaient amenée à étudier les accouchements dans les oeuvres de ce dernier et avec les conseils de son mari : il y avait cinq ans qu’elle assistait les femmes en couches, quand elle se fit recevoir sage-femme jurée, au grand déplaisir des dames Du Puy et Péronne, qui étaient les plus en vogue et qui redoutaient d’autant plus Louise Bourgeois, qu’elle était la femme d’un barbier-chirurgien. Elles voyaient en elle une rivale redoutable et ne se trompaient pas. Après avoir débuté en accouchant la femme du crocheteur son voisin, elle s’éleva jusqu’à la Cour, supplanta la dame Du Puy, et fut choisie par Marie de Médicis, pour ’accoucher des six enfants qu’elle eut en neuf ans (34). Elle occupait ainsi la plus haute position que matrone pût rêver, quand, le 5 juin 1627, Marie de Bourbon Montpensier, sa cliente, femme de Gaston d’Orléans, fut enlevée en quelques heures par une affection puerpérale. L’autopsie fut faite par dix médecins et chirurgiens. Louise Bourgeois se croyant attaquée dans leur rapport voulut se défendre et attaqua à son tour. Cette lutte ne lui fut pas favorable ; elle s’y brisa et mourut pauvre le 10 septembre 1657.

A partir de cette époque, l’éloignement que les femmes avaient

(34) Louis XIII en 1601 ; Elisabeth en 1602 ; Chrétienne en 1606 ; le duc d’Orléans en 1607 ; le duc d’Anjou en 1608 ; Henriette en 1609. Voir aussi Les six couches de Marie de Medicis , reine de France et de Navarre, racontées par Louise Bourgeois, dite Boursier, sa sage-femme, avec notes et éclaircissements, parle DrA. Chéreau, in-18, 1875.

Médecins, Chirurgiens, Barbiers , Apothicaires, etc .

pour les hommes dans la pratique des accouchements alla en diminuant , et l’impulsion scientifique donnée par Ambroise Paré porta ses fruits. Jacques et Charles Guillemeau, Marchand, Saint-Germain, etc., devinrent les accoucheurs en renom.

Les idées de réforme religieuse, qui avaient été acceptées par quelques docteurs régents, avaient amené leur exclusion de la Faculté. De Gorris fut un de ces derniers, et on se rappelle que son fils dut, à la mort de son père, abjurer les idées paternelles. Cela se comprend si l’on réfléchit que l’Université était la fille aînée de l’Eglise, et que cette dernière ne pouvait garder dans son sein des membres qui faisaient scission avec elle. Cette exclusion s’étendit aussi aux matrones, et le 20 février 1680, parut une déclaration du Roi portant défense à celles de la religion réformée de faire les fonctions de sages-femmes.

Non contents d’avoir supplanté les sages-femmes, les chirurgiens ne se montrèrent pas plus bienveillants à leur égard ; ils ne mirent pas plus d’empressement à leur donne:: des leçons, à leur enseigner l’anatomie, à leur faire une place convenable à Saint-Côme, sous le prétexte qu’ils manquaient de cadavres ou bien que les convenances ne permettaient pas qu’elles y assistassent en même temps que les étudiants en chirurgie. C’est ce qui engagea ces dernières à adresser au Lieutenant général de police la supplique dont il a été question précédemment et qui aboutit à la nomination des docteurs régents

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