Chapitre huitième
tant leurs voisines ou parentes. Plus tard, comme leur art était manuel, elles entrèrent dans la confrérie de Saint-Côme, eurent des statuts et règlements, édictés vers 1560, statuts qui furent signés le 26 avril 1587 par soixante sages-femmes, à la tête desquelles est Marguerite Thomas, dite Du Puy (30), la plus ancienne de Paris.
De toutes celles qui exerçaient la profession de sages-femmes, les unes n’avaient aucune instruction pratique ; les autres faisaient un certain temps d’apprentissage chez des matrones jurées ; d’autres, recevaient leur instruction à l’Hôtel-Dieu, où depuis Jacqueline Fleury, en 1594, jusqu’à Madame Dugès, en 1775, on compte vingtet-une sages-femmes en chef. Toutes malheureusement ne pouvaient suivre cet enseignement clinique. Beaucoup ne savaient ni lire ni écrire. Elles devaient, en vertu de leurs statuts, demander leur instruction aux chirurgiens jurés et assister à leurs consultations : elles devaient en outre subir leurs examens devant une commission composée d’un médecin, de deux chirurgiens jurés et de deux matrones jurées. Mais les chirurgiens ne mettaient aucune complaisance à leur égard, négligeant de leur faire des leçons, de sorte qu’elles demandèrent, en 1635, à être instruites parla Faculté de médecine (31). Un édit royal du mois de septembre 1664 les renvoya aux chirurgiens, laissant a.\i Doyen de la Faculté de médecine la prérogative
(30; Statuts et reiglemens ordonnez pour toutes les matronnes ou saigesfemmes de la ville , faulxbourgs, prevosté et vicomté de Paris. S. 1. n. d., broch. in-12, de 9 pages,
(31) Commment aires, XII, p. 399.
Médecins, Chirurgiens, Barbiers, Apothicaires , etc.
de présider à leurs examens. A partir de 1678, ces examens sont mentionnés dans les Commentaires (32), sous la rubrique : Obstetrices apud barbitonsores chirurgicos examinatœ et ad magisterium admissœ, decano prœsente et annuente.
En fait, elles touchaient à la Faculté de médecine. Quant à la pratique des accouchements, elle leur était presque abandonnée, lu moins pour les accouchements ordinaires. On avait dit et écrit qu’il était indécent aux hommes d’accoucher les femmes (33) ; aussi, quand pour des raisons particulières un médecin était appelé près d’une ..femme en couches, c’était la sage-femme qui pratiquait le toucher, en rendait compte à ce dernier qui faisait exécuter par un chirurgien les opérations que réclamait la position de la lemme en travail.
Ces sages-femmes n’avaient pas de blason, comme les médecins, comme les chirurgiens, ni comme les apothicaires; mais celles qui étaient jurées avaient seules le droit de mettre à leur porte une enseigne spéciale, assez analogue à celles des sages-femmes d’aujourd’hui. Il a fallu un événement important pour que les hommes prissent leur place dans l’assistance des femmes en couches. Louise Bourgeois, dame Boursier, en fut la cause involontaire.
La physionomie la plus curieuse de cette petite corporation est
(32) Commentaires , XVI, p. 157.
(33) Ph. Hecquet. L'indécence aux hommes d'accoucher les femmes et l'obligation aux mères de nourrir leurs enfants, in- 8.