LA MAITRISE ET LES GRANDES ÉCOLES ÉPISGOPALES
(xe ET XIe SIÈCLES)
Pendant le xcetle xie siècle, l'école épiscopale de Chartres se développa merveilleusement au point de vue littéraire, et devint, sous la puissante impulsion de Fulbert, une véritable Académie. Les arts libéraux et les sciences théolog*iques y furent cultivés avec un éclat incomparable ; une foule de jeunes clercs vinrent des pays les plus éloignés se joindre aux lévites char trains pour les apprendre d'un maître si fameux.
Néanmoins, dans sa plus haute splendeur, elle conserva son caractère primitif de Maîtrise : elle devint môme, si l'on peut parler ainsi et en prenant ce terme dans un sens largue, une Maîtrise supérieure.
En effet ces jeunes étudiants, ceux du dehors comme ceux du pays, donnèrent comme autrefois un très grand soin à la bonne exécution des offices liturg-iques. Et, s'ils s'appliquèrent principalement aux lettres profanes et sacrées, ils cultivèrent encore avec une vive ardeur le chant et les cérémonies.
Tous les grands maîtres d'alors passaient pour des artistes. Les uns chantaient excellemment; les autres composaient de délicieuses mélodies; plusieurs même
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jouaient des instruments. « Herbert, dit la Chronique de Fontenelle ', de famille juive, et converti dans son enfance, brillait entre tous à Chartres par sa connaissance des lettres, son talent musical et la beauté de sa voix. » Pour avoir acquis une telle réputation, cet Herbert avait sans doute chanté dans sa jeunesse au chœur de l'église de Chartres. Il fut plus tard moine de Saint- Père et abbé de Lagny.
Sa gloire fut éclipsée par celle de Fulbert 2. Ce grand évêque, qui fut appelé la lumière des Gaules, le docteur des temps modernes, et mérita dans toutes les sciences une renommée sans ég'ale, frappa surtout ses contemporains par sa connaissance du chant. On parla sans doute de l'art avec lequel il avait rebâti son église incendiée, maïs on sigMiala plus encore les nombreuses mélodies qu'il y fit exécuter, et par lesquelles il la rehaussa grandement, comme s'exprime Guillaume de Malmesbury, musicis modulationibus crebro extulit. Elles étaient composées, dit le même auteur, sur des airs célestes : cantus cœlestia vota sonantes. De fait nous en possédons plusieurs qui sont très belles : ce sont d'abord ses trois Répons pour la Nativité de la Sainte Vierge : Stirps Jesse, Ad nutum, Solem Justifiai. Lebeuf en fut si enthousiasmé qu'il les inséra dans ÏAntipJionaire de Paris, et les Bénédictins de Solesmes les ont aussi récemment repris. De plus, nous avons retrouvé nag*uère la notation primitive de l'Office de Saint Gilles,
' Launoy, De scholis celebrioribus, t. IV, part. lre, p. 44.
2 Voir nos Ecoles de Chartres au Moyen Age, 1. II. Voir aussi ses œuvres musicales à la fin de ses Lettres. Migne, Pat. lat., t. 141. Voir enfin notre Manuscrit chartrain du Xb siècle, 198-229.
dont il est l'auteur, et dont le texte seul nous était connu1. 11 fît encore plusieurs autres morceaux, tels qu'un Kyrie farci , des hymnes et des proses pour la Trinité et la Dédicace, qui se voient dans les anciens Missels.
Ses disciples rivalisèrent avec lui. Le chantre Arnoul composa l'office de Saint Evroul, sur la demande des moines de cette abbaye , et deux d'entre ceux-ci , Hubert et Raoul, furent envoyés pour en apprendre de sa bouche les intonations. Rainaud d'Angers fut chargé de refaire les anciens Répons de Saint Florent, parce qu'il avait été , dit la Chronique de ce monastère, l'élève du grand Fulbert. Sig*on de Saumur, Olbert, abbé de Gembloux, Ang*elran, abbé de Saint Riquier, rédigèrent aussi différents offices de saints. Raoul Mala Corona , moine de Saint Evroul , puis de Marmoutiers, Adelman , écolàtre de Lièg^e, puis évêque de Brescia, tous disciples aussi de Fulbert, portèrent également très haut la renommée musicale de l'école de Chartres *.
Non contents de chanter et de composer, les artistes chartrains s'accompag'naient des instruments. En tête de sa poésie De philoméla, Fulbert fait appel à la lyre, au monocorde et à l'org'ue s. Adelman récite sa complainte sur ses condisciples défunts, au son des instruments harmonieux : Armonicœ facultatis aspirante gratta. Hildeg'airese connaît au luth de Pythag*ore : fidibus indulgebat pythagoreis. Enfin
* Nous l'avons publié, avec les savantes observations de dom Pothier, et la traduction de ses Neumes d'après un Antiphonaire de Beauvais, du xme siècle, dans notre Manuscrit chartrain du XIe siècle, p. 198-229.
a Ecoles de Chartres, p. 127-129.
:i P. h., t. 141, col. 348. On rapporte que le premier orgue connu en France (ut envoyé à Pépin le Bref par l'empereur de Gonstantinople.
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Sigon, le chantre fameux, cantor annominatissimus , n'avait pas son pareil pour l'orgue : singnlaris organali regnabat in musica.
Quelques-uns entendent ce dernier texte de la musique organisée, organali, c'est-à-dire du contrepoint et de l'harmonie. Si l'on peut douter que Sig-on ait cultivé ce genre nouveau, il est certain qu'un autre disciple de Fulbert, Francon de Cologne, en exposa la théorie dans deux traités de la plus haute importance pour l'histoire de la musique au moyen-àge. Dans son De cantu mensurabili et dans son De diaphonie/, , il montra , pour la première fois , comment on pouvait chanter en plusieurs parties, et comment les notes de chaque partie, au lieu d'être plaquées l'une sur l'autre à des intervalles toujours égaux, pouvaient s'accompagner à des intervalles variés, avec des valeurs et* des mesures différentes. Cet élève de l'école de Chartres jetait là, dans ces deux ouvrages, les bases, non seulement du déchant, mais de toute la musique moderne. C'est de son temps d'ailleurs qu'un artiste inconnu écrivit dans un manuscrit de la Bibliothèque de Chartres deux lignes de contrepoint, les plus anciennes peut-être que l'on connaisse -.
1 Bibl. de Gh. man. 130. f. 50. Ce manuscrit (Xe siècle) vient de Saint- Père , et contient les traités Musica enchiriadis, Scholica enchiriadis, jadis attribués à Hucbald, et quelques autres fragments sur la musique d'Isidore de Séville, de Gassiodore, etc. Il paraît avoir été fait pour les écoles. Au XIe siècle, une main, qui peut être celle d'Herbert, écrivit sur le folio 50 cinq alléluias. Au recto, se lisent les versets Dies sanclificatus, Mullifarie olim, Video cœlos, et au verso , Pascha nostrum et Epulemur. La Paléographie musicale, I v., pi. XXIII, reproduit cette page dans la grandeur de l'original, et (p. 151) fait différentes observations, à propos de ces morceaux, sur le chant à deux parties, le genre de notation , et la valeur temporaire des virga et des punctum.
« Tout est à remarquer dans cette page curieuse, disent les Bénédictins. Elle est d'abord d'un grand intérêt pour l'histoire de l'harmonie au xie siècle • car
Toutes ces études musicales ne restaient pas dans la théorie, comme il arrivait dans les écoles qui ne s'occupaient
les textes de ces alléluias sont accompagnés d'une double ligne de neumes ; nous nous trouvons donc ici en présence du chant à deux voix. La mélodie liturgique ordinaire se trouve immédiatement au-dessus du texte, et la deuxième voix au-dessus de celle-ci. Cette seconde partie procède toujours note contre note, et le plus souvent par mouvement contraire. » Les Bénédictins transcrivent bien la cantilène de l'un des versets, mais n'osent pas encore donner une traduction de la voix concomitante. « La notation, ajoutent-ils, se rattache 11 l'accentuation traditionnelle déjà altérée par la ponctuation... La diastématie (ou notation par intervalles) fait dans cette page une discrète apparition, soit entre les groupes, soit dans l'intérieur des formules... »
L'Office de Saint Gilles, que nous avons déjà cité, et le Graduel, du x° siècle, provenant de la Cathédrale et conservé à la Bibliothèque de Chartres, sous le n° 47 , donnent lieu à des observations semblables , desquelles il résulte que l'école chartraine était des plus avancées dans la notation musicale. Parlant du Graduel, les Bénédictins s'expriment ainsi: « La notation de ce manuscrit de transition est un mélange d'accents et de points détachés... Pour l'étude de la diastématie ce manuscrit est très précieux : la superposition des groupes entre eux y est observée dans une large mesure. Les intervalles précis ne sont pas encore exactement gardés ; mais du moins à un groupe mélodiquement aigu correspond le plus ordinairement une formule neumatique plus élevée dans l'écriture. Ce qui facilite beaucoup le déchiffrement de cette notation... »
Il semble y avoir aussi dans {'Office de Saint Gilles, composé par Fulbert, une tentative de superposition et une notation de transition. Les musiciens pourront lire, au point de vue mélodique, les remarques de dom Pothier sur cet office et les différentes comparaisons qu'il institue entre lui et les Répons de la Nativité du même prélat. Il en résulte que Fulbert suit certaines règles, étrangères au style grégorien, et propres à l'école française depuis Alcuin. Il est même probable que, si l'on pouvait retrouver et rapprocher toutes les œuvres musicales composées par les élèves de Fulbert, à Saumur, à Angers, à Gembloux, à Saint-Riquier, etc., on découvrirait que l'école chartraine avait des traditions particulières et fit faire un grand pas , non seulement à la notation, mais encore à la composition musicale, à l'harmonie et à l'exécution du chant liturgique.
Signalons, en terminant cette note , les donations de livres de chant que nous indiquent les Nécrologes du xic siècle. Un Antiphonaire décoré d'argent, un Missel, et un beau Martyrologe furent légués par le prévôt Guillaume (f 8 Juin) -, Raimbaud (f 3 juillet) et Restald (f 28 juillet) laissèrent aussi chacun un Missel. Nous n'avons conservé de ces livres que le Martyrologe de Guillaume où nous avons trouvé l'Office de Saint Gilles. L'Antipkonaire nous aurait peut-être donné de nouveaux exemples pratiques de cette harmonie, dont on reconnaît l'indication vague dans Isidore de Séville, au VIIe siècle, dans Aurélien de Réomé et Scot Erigène, au ixc.
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que du Trivium et du Quadrivium : elles tendaient à la pratique et à la bonne exécution de l'office divin, selon la coutume des Maîtrises. On a déjà pu en juger par la nature des morceaux que composèrent nos chartrains: ils étaient tous faits comme ceux de Fulbert pour rehausser le culte. Hildegaire nous fournit une autre preuve du souci qu'on avait du chant liturgique. Dans une de ses lettres datées de Poitiers, il demande à l'évêque si les heures canoniques sont célébrées par ses condisciples mieux que de coutume : an melius solito célèbrent canonicas horas. D'ailleurs, l'amour des cérémonies marchait de pair avec celui de la musique sacrée. Angilbert, de Saint Riquier, savait tellement toutes les parties de l'office divin, que pendant toute la durée de son voyage à Rome, en compagnie du roi Robert, il n'eut jamais besoin de se servir d'un livre. Hildegaire, à Poitiers, ne cessait de questionner Fulbert sur des matières liturgiques. Combien de psaumes fallait-il réciter en carême? Que devait-on faire au temps de Pâques? Quel était le sens de certaines prières ? En réponse, Fulbert lui donnait des conseils pratiques sur la tenue des ornements et des linges sacrés, que nous lisons encore dans ses lettres.
C'était donc tout à la fois une Académie et une Maîtrise supérieure que cette école fameuse de Fulbert. Cette double physionomie résulte non seulement desesprogTammes, où la musique et les rites avaient une si grande place, à côté des lettres et de la théologie, mais aussi du personnel qui la composait. Il comprenait des élèves âgés déjà, et d'autres à peine sortis de l'enfance. Les uns avaient peut-être plus
de. liberté, surtout depuis que les chanoines avaient cessé la vie commune (v. 970) : les autres étaient plus étroitement groupés. Tous à des degrés divers, correspondant à leur avancement dans la hiérarchie, lecteurs, sous-diacres, diacres, vivaient auprès de l'évêque, et faisaient avec lui leur principale occupation de l'office divin.
Il se passait alors à Chartres le même fait qu'en Italie, dans le diocèse d'où Fulbert était originaire1. Là, comme
1 P. L., t. 141, col. 192. Fulbert n'aurait-il pas fait partie dans son enfance d'une Maîtrise de Rome ? En rapprochant deux passages où il parle de son lieu d'origine et de sa première éducation, on pourrait le conjecturer avec une forte vraisemblance. Il raconte en effet dans sa lettre à Einard (col. 192), qu'il était de Rome ou des environs. En se référant à certain codex liturgique, qu'il avait apporté jadis de sa patrie, quem ex natali patria devexeram, il ajoute qu'il l'avait pris dans la Bibliothèque de Rome, dum ego codicem... a Romano scrinio prolatum perlegam. D'après ce texte et le récit qui l'accompagne, Fulbert avait ses entrées dans une Bibliothèque ecclésiastique de cette ville, il était le clerc familier d'un évèque ! Était-il lecteur, chantre, notaire? on ne le sait : en tout cas, il s'occupait des cérémonies , car le codex roulait sur ces matières.
D'autre part, dans sa seconde poésie De seipso (col. 347) , Fulbert, remontant plus haut dans son enfance, rapporte qu'il fut élevé avec les enfants pauvres par le Christ, c'est-à-dire par l'Église :
Te de pauperibus natum suscepit alendum Christus et immeritum sic enutrivit et auxit, Ut collata tibi miretur munera mundus.
Nam puero faciles providit adesse magistros.
« Tu étais né de parents pauvres, se dit-il à lui-même, et le Christ s'est chargé de te nourrir... : à ton enfance il a ménagé avec prévoyance d'aimables maîtres. » D'après ces paroles, il semblerait bien que Fulbert fut admis dès ses jeunes années dans l'établissement où l'Église romaine réunissait des orphelins, et qu'on appelait Orphanotrophium . Or c'était là qu'elle recrutait aussi les principaux membres de la Schola Catilorum.
Là, Fulbert serait devenu successivement, selon l'usage, chantre, lecteur, acolythe, etc. et enfin prêtre. C'est de là qu'il serait parti pour achever son instruction à Reims, sous Gerbert, après l'un des passages de ce docteur fameux dans la Ville éternelle.
Dans cette hypothèse, la Maîtrise de Chartres au xic siècle se rattacherait directement, par la personne de Fulbert, à la Maîtrise romaine ; le chant liturgique de notre Église se relierait aussi assez étroitement au chant en usage à Rome à la fin du Xe siècle.
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ce prélat le racontait lui-même, les clercs se tenaient auprès de leur pontife et l'assistaient à la façon de l'ancien presbyterium. Fulbert, devenu évêque à son tour, imita cette conduite , et se plut à garder près de lui des clercs de différents âges, avec lesquels il cultivait les lettres et pratiquait les chants et les rites. Il les recevait à sa table et leur faisait lire le Martyrologe, comme l'atteste l'un d'eux, Bernard d'Angers, dans ses Miracles de Sainte FoijK II semble même avoir plus familièrement traité un certain groupe de ces jeunes gens dont plusieurs ont été célèbres. Les membres de cette réunion privilégiée étaient Adelman, Bérenger, Sigon, Hildegaire, Guillaume, Ascelin, Arnoul, tous, remarquons le bien, tous des jeunes, tous des artistes, tous des chantres et des musiciens. Fiers de cette distinction, ceux-ci conservèrent de leur maître et de ses entretiens un profond souvenir. Dans sa lettre à Bérenger, Adelman lui rappelait ce beau temps de leur jeunesse et lui donnait, en mémoire de Fulbert, leur père commun, le doux nom de « frère de lait », collaetaneum meum f rat rem te vocavi. Il lui retraçait en même temps les charmes de ces entretiens du soir, le long de l'église, où le grand évêque les exhortait avec larmes à suivre la voie droite des Pères. Sigon, de son côté, se complut, dans le Martyrologe où il avait inscrit Fulbert parmi les saints, à le représenter en qualité de Docteur, au milieu de ses élèves chéris. Plût à Dieu que sa miniature nous fût parvenue ! nous aurions en elle la peinture même de la Maîtrise de Fulbert 2.
1 Miracula sancle Fidis, Bouillet, 1897, p. 85.
2 Voir notre Manuscrit charlrain du XIe siècle, au frontispice.
Mais le type le plus achevé de ce groupe, celui qui doit être considéré comme le plus accompli des Maîtrisiens d'alors, dévoué à Notre-Dame, à son église, à son évêque, c'est le fameux Hildegaire. Ses lettres sont pleines de sentiments tendres et délicats, et tels que seul un jeune clerc, élevé dans le sanctuaire de Notre-Dame de Chartres, attaché à son culte, pouvait en exprimer. D'ailleurs il se dit lui-même tout à la fois le nourrisson de Fulbert et de l'Eglise de Chartres : et il faut l'en croire : « Je suis votre esclave dès l'enfance , lui disait-il , vernaculus tuus a puero : je suis votre élève, alumnus. Vous me connaissez à fond; aux autres, je n'ai révélé qu'une partie de moi-même, à vous, j'ai dévoilé toute mon âme ». Comme il aimait son école, sa Cathédrale et ses offices! « J'obéis à vos ordres, écrivait-il encore de Poitiers à Fulbert, car je suis le plus petit des vôtres et digne à peine d'être appelé votre serviteur. Mais il m'est bien pénible, je vous l'avoue, à moi si inculte, et qui ai tant besoin de vos leçons de chaque jour, d'être depuis si longtemps privé de votre présence et empêché de rendre mes hommages à la Mère de Dieu ». L'année suivante, ce serviteur de Notre-Dame poussait les mêmes cris : « Non je ne pourrais plus endurer, si vos ordres ne m'y contraignaient, et mon exil et ma trop longue impuissance à rendre mes devoirs à Notre-Dame et à vous. Comme le cerf aspire après les sources des eaux, ainsi je désire m'imprégner autant que possible de vos enseignements, plus précieux pour moi que l'or, l'argent, que la vie même. » Gomme il fut heureux quand il eut obtenu la permission de rester à Chartres et de suivre comme autrefois les divins offices! « Je suis tellement attaché au service
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de Notre-Dame, écrivait-il alors au doyen de Poitiers, que je ne puis plus m'en éloigner sans faute et sans dommage. Je devais rentrer dans la clientèle de Celle qui surpasse les archanges mêmes, et dont je suis le petit nourrisson ». Ces derniers mots indiquent bien le fond de tous ses sentiments : il avait été lui aussi dans son enfance le jeune clerc de Notre-Dame, il avait fait partie de son école, de sa Maîtrise: il y avait grandi près de Fulbert, dont il était compatriote, communiceps, et dont il se disait par un délicieux jeu de mots, pupilla, la pupille et le pupille.
Tous ces traits réunis nous donnent une idée assez exacte de la Maîtrise sous Fulbert. Elle se composait tout à la fois et des plus jeunes clercs, et de ceux qui, plus âgés, mais restant dans les ordres inférieurs au sacerdoce, fréquentaient ensemble les offices de l'Eglise et les leçons de l'Ecole, à la suite du grand évêque. Elle comprenait, en somme, la jeunesse intelligente, aimante, artiste, dont cet illustre prélat s'était entouré ' .
1 Pour plus de détails sur les rapports des élèves de Fulbert entre eux et avec leurs maîtres, se reportera nos Ecoles de Chartres au Moyen Age, p. 94-108.