I. — LE COSTUME LITURGIQUE DES ENFANTS DE CHŒUR
L'histoire de leur costume liturgique est curieuse. C'était le Chapitre qui le leur fournissait à leur entrée. Dès le xive et le xve siècle, en effet, on le voit faisant des
marchés avec les drapiers, les pelletiers, les tailleurs d'habits, les toiliers pour l'achat, la fourrure, la façon de ces vêtements l.
Le premier habit de l'enfant de chœur était la soutane, appelée autrefois, surtout au xve siècle, roba, jaqueta, tunica. Il était commun aux maîtres et aux élèves. « Que le maître et les huit enfants portent des habits semblables », décrétait le Chapitre en 1313 2. Mais ceux-ci n'aimaient pas cette assimilation. Au xvc siècle, ils obtinrent de pouvoir opter entre la tunique elle-même et son prix estimé dix livres. En 1508, sous Montillet, dont on n'était pas content, on refusa de leur allouer l'un et l'autre : mais on leur rendit cette faveur dès 1513. Il est probable cependant qu'on choisit pour eux une soutane différente de celle des enfants, au moins par la qualité et l'élégance.
Longtemps, la couleur de cet habit varia. Au xve siècle, il fut successivement brun, vert, noir, gris. Le drap qu'on acheta pour le faire était brun en 1427 3, vert-brun en 1428, noir en 1430, gris-noir en 1439, vert en 1466. A cette même époque il se divisait en deux parties. A plusieurs reprises, on signale séparément les robes et les manches, comme deux pièces distinctes. Une autre fois, on indique qu'il comportait des chaperons (1453). Nouvelle variation au xvie siècle. Il passait alors fréquemment du vert au rouge et du rouge au vert. Vert comme
1 R. G., 1009, an. 1485, f. 178, etc. — G. 168, 170, 176, 177, 207, etc.
s G. 168, f. 24, 26, etc..
jadis en 1512 l, rouge en 1513, de nouveau vert en 1514 et 1515, il devint définitivement rouge à partir de 1516.
Ensuite la soutane fut fourrée. Chaque fois que l'on achetait du drap, on achetait en même temps des fourrures, généralement d'agnelet hlanc. On le voit dans les Comptes du xve siècle. Il arriva, en 1500, que ces fourrures furent insuffisantes, et l'on préleva sur les rentes de la cure de Saint Saturnin , récemment unie au Chapitre, de quoi faire des habits de dessous, subtunicas 2. L'usage des fourrures dura jusqu'en 1732, où, les enfants ayant déclaré qu'elles les incommodaient, on y substitua de petites vestes.
On leur donnait ordinairement deux habits par an, l'un à Pâques et l'autre sans doute à la Toussaint ou à Noël (1485); mais dans les temps de disette, comme en 1372, on leur en allouait trois pour deux ans !.
Chaque année, l'on faisait un achat de drap et de peaux, et l'on chargeait de ce soin l'un des Commis à l'Œuvre ou même un autre chanoine 4. Eh 1325, on commandait à cet acheteur de se fournir à Paris : une autre fois, on lui donna 60 livres pour remplir cette commission pendant trois ans. De 1597 à 1657, les fourrures furent prises chez les Montlhéry, à Chartres, et les Comptes de l'Œuvre nous apprennent qu'elles coûtèrent chaque année la
1 Bibl. mun., 1016, Br., 0. f. 79.
2 Id., f. 79.
somme fixe de 40 livres. Le drap fut acheté 50 livres en 1555 ', 160 livres sur la fin du xvf siècle, de 250 à 300 livres au milieu du xvnc siècle. En 1789. il fut fourni par Petey de la Charmoye et fut payé 551 livres 12 sols 6 deniers. 11 est probable que sur les grandes pièces de drap qu'on achetait à si grand prix, on prenait de quoi faire les camails. La façon coûtait aussi et augmentait pareillement avec le temps. Noël Huet, tailleur, (de 1597 à 1601), demandait de 30 à 40 livres par an, Toussaint Mazurier, en 1626 et 1627, allait jusqu'à 60 livres. En 1732, l'on se plaignit que le tailleur d'alors enflât ses mémoires, et, de fait, Tillier, le dernier que nous connaissions, faisait payer ses services annuels 177 livres 35 sols.
Par-dessus la soutane, les enfants mettaient autrefois, selon les occasions, une aube ou un surplis. Dans les Comptes de l'OEu vre de 1 41 6 2, la couturière fut payée pour avoir fait huit aubes et huit surplis. Le Directoire du xiv° siècle marque expressément que les enfants étaient en aubes quand ils servaient à l'autel et portaient les chandeliers, la croix ou l'encensoir, insinuant qu'en dehors de ces fonctions ils restaient en surplis. On les appelle néanmoins enfants d'aube pendant tout le xive et le xve siècle, comme si l'aube était leur habit caractéristique.
D'ailleurs, elle remplaça totalement le surplis et l'expulsa en 1572. Cette année-là, le chantre Nicolas Thiersault ! s'offrit à payer quarante aubes et quarante amicts
1 G. 1503, chez Havardin, marchand drapier.
' Comptes, pp. 32, 45.
3 G. 282, 4 fév., f. 84, 23 fév., f. 84 v.
aux dix enfants de chœur, c'est-à-dire quatre de chaque sorte à chaque enfant, et le Chapitre, en acceptant cette proposition, s'engagea de les faire entretenir par la servante de la Maîtrise, et de les renouveler quand il en serait besoin. L'aube était retenue par une ceinture en fil d'Epernon l. Au début, elle était faite en toile appelée blanchet, et on la doublait. En 1415, on acheta 64 aunes de cette étoffe pour 9 livres 6 sols2. Au xvne siècle, on employait de la toile blanche ou de la toile de Louviers, que l'on prenait à Chartres ou à Nogent-le-Rotrou. On en prit pour 111 livres 2 sols chez Caille en 1657 (62 aunes), pour 199 livres (à 32 sols l'aune ou 125 aunes) en 1659, pour 56 livres 16 sols (102 aunes) en 1674, pour 54 livres 5 sols (40 aunes) en 1676, et enfin pour 643 livres en 1789.
Amicts, aubes, ceintures, étaient taillés ou raccommodés par une couturière aux gages du Chapitre. Au xve siècle, en 1415, elle prenait 20 sols pour huit aubes et 25 sols pour huit surplis 3. Au début du xvne siècle, elle travaillait pour 10 sols par jour. Mais ensuite elle prit, pour faire les aubes et les amicts, 15 sols, puis 10 sols, puis 8 sols, et enfin 6 sols ; et pour les raccommoder elle demanda 40 sols à la douzaine. Pour faire douze ceintures, en 1659, elle se fit payer 3 livres 51 sols, et en 1670, 4 livres 10 sols.
Le blanchissage de ces mêmes habits fut confié, jusqu'en 1701, au maître de musique qui le faisait faire: mais sa blanchisseuse usait les aubes. On le lui retira pour
« G. 421, 1659, 17 août. — G. 422, 1670, 18 mai.
3 Comptes, p. 38.
3 En 1594, on fit faire vingt aubes à 7 sols 6 deniers. G. 418, f. 287.
le donner à la Sœur de Sous-Terre Sabrevois, moyennant 60 livres. Mais celle-ci demanda, dès 1702, une somme plus forte, et le Chapitre mécontent de cette exigence, de sa négligence, et de sa brouille avec une certaine demoiselle Radepont, tourna les yeux d'un autre côté, et prit la domestique des Sœurs.
Celle-ci, en 1709, dut aussi solliciter une augmentation de 15 livres : elle réitéra une pareille demande en 1720, sous prétexte que le savon et autres choses nécessaires étaient renchéris considérablement. En 1722, les Carmélites, voulant sans doute profiter de ces difficultés, offrirent leurs services, mais ils ne furent pas acceptés ; et c'est seulement en 1726, après environ trente ans de travail, que la domestique des Sœurs de Sous-Terre, Catherine, trop âg'ée, se déclara incapable de blanchir. On la mit à l'Hôtel-Dieu et on traita avec une autre personne sur la base de 80 livres; mais on s'aperçut bientôt (1727), qu'on ne pouvait trouver de blanchisseuse à moins de 100 livres. En 1743, on eut affaire à Renée Dauviller : nous ne savons si elle était chez les Sœurs de Sous-Terre. En tout cas, en 1789, c'était les Sœurs de Sous-Terre elles-mêmes qui avaient repris cette besogne, et leur mémoire atteignait 265 livres 19 sols *.
Sur l'aube et la ceinture on jetait, à certaines occasions, un habit curieux, qu'on appelait camail ou cahuet. C'était un vêtement à longue queue en pointe. Il avait été permis, en 1378 2, à tous les clercs pour l'hiver; mais les
a G. 340, Est. f. 50 v.
enfants ne le reçurent qu'en 1568 et seulement pour les inhumations. En 1653, on proposa de le leur faire porter ordinairement pendant la saison des froids ; toutefois ce changement ne fut adopté définitivement qu'en 16601. A partir de ce temps, ils le gardèrent non seulement tout l'hiver, mais encore tant et chaque fois que la température le rendait nécessaire. En 1713, ils le conservèrent après Pâques (19 avril); en 1719, ils purent le prendre aux processions extérieures et aux Matines, en dehors de la rude saison. Le camail dura jusqu'à la Révolution. Chaque année, on le faisait fouler et dégTaisser, comme on disait, et cette opération, de 1674 à 1681, coûtait régulièrement 20 sols par camail.
Tout ce costume se complétait par une coiffure; celle-ci, en 1373, portait le nom de petit chaperon, capelli, et on ne la donnait qu'aux enfants, sans doute parce que les clercs de chœur et les chanoines avaient pour se couvrir l'aumusse et le cahuet. Au xive et au xv" siècle, on la faisait du même drap que la soutane ou tunique, et on la fourrait comme elle : cela se passait ainsi en 1427 et en 1466. Mais en 1483, apparaissent les birreta, sorte de petits bonnets carrés qui n'étaient sans doute qu'une transformation légère du petit chaperon. Les enfants, de 1585 à 1695, n'en avaient qu'un neuf chaque année, acheté pour Noël, et qui coûtait une livre, comme on le voit, par les Comptes de l'Œuvre 2. A partir de 1613 \ on leur en paya deux par
1 G. 340, Est. f. 31.
2 G. 418, f. 213. Le bonnetier s'appelait Gibault en 1591.
3 R. G., 1613, 28 nov.; 1614, 13 mars; 1615, 26 août.
an, à Noël et à Pâques. Us coûtaient de plus en plus cher : c'était pour les dix, 12 livres en 1614, 12 livres 10 sols en
1615. Jehan Dumoutier vendit dix bonnets en 1626, pour 14 livres *, et vingt en 1627, pour 24 livres. De 1655 àl662, Jean Huet, pour vingt bonnets, reçut successivement 34 livres, 37 livres 10 sols, 35 livres et même 42 livres. De 1668 à 1671, Blottin et Pottier les donnèrent généralement pour 2 livres chaque, et pour 38 livres les vingt. Cependant de 1677 à 1682, ils revinrent au prix antérieur de 35 livres 2.
En 1660, lorsque les enfants prirent le camail en hiver, on conçut le projet de leur supprimer un de leurs deux bonnets carrés, sous prétexte qu'en se couvrant avec le capuchon de leur camail, ils n'en avaient plus besoin pour cette saison. Mais on s'aperçut bientôt que ce serait trop peu d'un seul bonnet à mettre pendant tout l'été à l'église, et presque toujours à la maison, et l'on continua de leur en donner deux par an ; ils avaient commencé de s'en procurer un second à l'aide de leurs petits profits personnels.
Cependant, en hiver, même avec le camail, les enfants avaient froid à la tête durant les longs offices capitulaires. En 1731 3, on leur permit de porter la calotte de laine rouge, d'abord de la Toussaint jusqu'à Pâques; plus tard, par exemple en 1753, ils purent la garder jusqu'à l'Ascension. Ils ne devaient point employer cette coiffure en remplissant des cérémonies, en chantant les litanies, dans
2 G. 420, 421, 422, 423, etc.
:t R. C, 1731, 8 fév., 22 fév., 27 mars.
les processions. Pourtant, quand le temps était dur, on la leur tolérait dans ces deux derniers cas. En 1767 ', les malades étaient aussi autorisés à la mettre tant qu'elle leur était nécessaire. Pendant l'été et chez eux, ils se servaient du bonnet carré, et il leur était interdit de prendre une calotte quelconque, même de couleur noire.
A la Fête-Dieu, pendant l'octave, et tous les dimanches suivants jusqu'à la Saint- Jean-Baptiste, les enfants portaient sur la tête un ornement spécial : c'était ce qu'on appelait un chapeau de fleurs. Ils n'étaient pas d'ailleurs les seuls : MM. les chanoines qui faisaient des cérémonies avaient aussi de ces couronnes, et on en attachait au moins deux au dais du Saint-Sacrement. On les voit apparaître en 1594 2, où ils servirent le jour de la Trinité, le jour de la Fête-Dieu, le dimanche des octaves, le jour des octaves, le dimanche suivant et le jour de la Saint-Jean. Ces chapeaux étaient fournis, chaque année, par la bouquetière 3, et coûtaient pour les enfants 6 livres 10 sols de 1655 à 1677, et 7 livres de cette année jusqu'à la fin. Ils furent supprimés dans le cérémonial de 1784 (16 fév.).
Aux grands jours de fêtes, ils revêtaient aussi, du moins depuis le xvie siècle, une sorte de dalmatique de soie roug^e, appelée tunique 4. Nicolas Thiersault, qui avait fait supprimer les surplis en les remplaçant par de belles aubes,
1 R. G., 1767, 10 novembre.
fit aussi les frais de cet habit. Le 31 octobre 1578, il fît dire au Chapitre « qu'il ferait faire dix tuniques de damas rouge ou de pourpre, decem tunicas serions panni damasceni purpurei seu rubei colons, pour vêtir et orner les enfants de chœur aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte, du Saint-Sacrement, de Saint Jean-Baptiste, de l'Assomption, de la Toussaint, de Noël », et le Chapitre accepta son offre. On les endossait aussi aux fêtes extraordinaires, par exemple aux grandes processions de la Sainte Châsse (1681)1, aux canonisations et aux jubilés qui eurent lieu pendant le xvme siècle (1759). Mais elles furent supprimées comme tant d'autres choses par le cérémonial de 1784.
Les enfants étaient rasés à toutes les grandes fêtes, telles que la Toussaint , la Dédicace , Noël , la Purification , l'Annonciation, Pâques, la Pentecôte \ Mais on les en dispensait lorsqu'ils étaient enrhumés, qu'il faisait un froid très dur (1694, 1696, 1697, 1775), ou qu'ils étaient sur le point de sortir 2. Dans ce dernier cas, ils demandaient, quelque temps d'avance, au Chapitre, la permission de laisser pousser leurs cheveux. Ceux qui devaient être licenciés à Pâques sollicitaient cette dispense à la Toussaint ou dès Noël : ce qui prouve qu'ils avaient la tête rasée presque tout entière. La Maîtrise avait à ses gages, pour cette opération, un homme appelé, dans les Comptes, tantôt chirurgien, tantôt barbier , et quelquefois chirurgien-barbier.
• En 1681, Anquetin dit qu'à la procession de 1681, on voyait en avaht les treize enfants de chœur et le maître de musique, tous vêtus de chappes. Mémoires de la Soc. Arch. (VE.-el-L., III, 294. — L'auteur a dû se tromper sur le nombre de ces enfants.
3 R. C, 1079, 1710, 1711, à ces fêtes.
C'était Jozeau, de 1597 à 1598 et Noël Salmon, de 1599 à 1601. Leurs gages étaient de 12 livres par an. Pourtant, ils étaient payés à part pour des travaux imprévus. C'était encore en 1626 et 1627, Pierre Baudouin, et en 1658, Jean de Brie, dont les gages augmentés étaient de 24 livres annuelles.
Les enfants prenaient leurs habits de chœur, semble-t-il, dans des armoires situées dans le transept septentrional, près de la porte par où ils entraient; puis ils se rendaient à leur place.