II. — LA PLACE DES ENFANTS AU CHŒUR
Plusieurs ordonnances nous font connaître la disposition du chœur depuis le xme siècle jusqu'à nos jours. En 1305 *, on statua que les chanoines, prêtres et diacres, seraient dans les stalles supérieures, que les chanoinessous-diacres occuperaient les stalles inférieures. Quant aux chanoines non in sacris, ils se tiendraient sur les basses formes ou sellettes, sièges qui étaient encore au-dessous de ces dernières stalles. C'est à côté de ceux-ci et sur les mêmes bancs que se plaçaient, dans un ordre, allant du jubé aux portes latérales, les marguilliers-clercs , les enfants de chœur et les chapelains ou prêtres habitués. Cet arrangement resta le même jusqu'à la fin à peu de choses près. On mettait encore, en 1654, Charton, prévôt d'Anvers, qui n'était pas in sacris, in subselliis puerorum chori.
Les enfants étaient donc entre les marguilliers-clercs et
1 G. 364, et R. G., 4007/1, f. 180 v.
les chapelains : ceux-ci en haut du chœur, près des portes latérales, ceux-là plus bas, du côté du jubé. En l'absence des chapelains, les laïques, qui entraient dans le chœur, se trouvaient près des enfants et même s'asseyaient sur leurs bancs. Craignant qu'ils ne leur communiquassent la peste, le Chapitre résolut, le 9 août 1563 ', de leur interdire tout contact avec eux. Pour cela, il supprima les bancs et les remplaça par une sellette spéciale à chaque enfant. Il y en eut d'abord cinq de chaque côté, puisqu'ils étaient dix. Mais au xvne siècle, quand MM. Edeline et Bertheaud voulurent élever leur nombre à douze, l'on en ajouta deux. Et ces douze sellettes furent longtemps conservées, bien que ce nombre désiré ne fût pas maintenu; on les voit encore sur le plan de Félibien, de 1678, à la Bibliothèque de la ville.
Primitivement, il n'y avait que deux lutrins, un de chaque côté : ce qui obligeait les enfants, quand ils devaient chanter sur le livre, à se . mêler avec les chantres. Cette confusion, qui engendrait certains désordres, amena le Chapitre, en 1534 2, à joindre aux anciens pupitres deux nouveaux qui furent posés comme les autres, de chaque côté, devant les enfants. Cet arrangement ne remédia pas complètement au mal, et, en 1562, le Chapitre essaya une autre disposition 3. Le maître-autel avait été reculé, plus de trente ans auparavant, de deux arcades, et le chœur avait été allongé d'autant. On avait aussi fait écrire de très grands livres d'office. On crut pouvoir, dans
* Bibl. mun., 1016, Br., 0. f. 38.
2 Bibl. mun., 1016, Br., 0. f. 80.
^ G. 297, chap. de la Purif. f. 69 et G. 282, p. 79.
ces conditions, reporter les pupitres qui étaient jadis de côté, au milieu du chœur, et l'on fixa ainsi les places : Sur les sièges inférieurs, en face des pupitres, se tenaient les choristes ou marguilliers ; sur les sellettes plus hautes, du même rang*, les jeunes chanoines non dans les ordres. Pour empêcher toute conversation, on avait laissé un certain espace vide entre chacun de ces jeunes chanoines et chacun des enfants de chœur, qui étaient en avant. Les chapelains et les habitués occupaient les stalles supérieures du bas chœur qui restaient vides, et les stalles inférieures du même ordre, en réservant toutefois les plus honorables aux chanoines sous-diacres. Les chanoines prêtres et diacres, sachant la musique et possédant une belle voix, avaient la permission d'occuper les stalles hautes faisant face aux pupitres pour prendre plus commodément part aux chants et à la psalmodie.
En 1678, d'après le plan de Félibien, on avait laissé seulement l'aigle au milieu du chœur, et l'on avait mis deux lutrins de chaque côté, tout en bas, près du jubé. En face, sur le dernier banc , se tenaient les marguilliers chantres, et un peu au-dessus, les enfants sur des sellettes ; plus haut, les chapelains non in sacris. Sur les stalles du premier et du second rang*, les chanoines, prêtres, diacres et sousdiacres.
Cette disposition fut encore modifiée en 1781 . On fît faire, à Paris, quatre antiphoniers nouveaux et quatre pupitres. On en mit deux de chaque côté : les musiciens se tinrent en face et ne furent plus obligés de se déplacer pour chanter les antiennes et les répons. On supprima l'ancien gros pupitre.
En somme, les enfants se trouvèrent tantôt entre les
chantres et les habitués, tantôt devant eux, mais toujours en face des pupitres.
Tant qu'ils étaient à leurs places, les enfants pouvaient s'asseoir aux moments fixés : il est à remarquer qu'ils eurent toujours, à Chartres, contrairement à d'autres églises, des petites sellettes. A Matines, ils s'asseyaient et se couvraient après l'hymne, après avoir fait une révérence au Saint-Sacrement, sans autre signal.