‹ L'ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres de V e siècle à la RévolutionChapitre 49 sur 101 · IV. — UN PETIT SAINT PARMI LES MA1TRISIENS · texte numérisé non relu

IV. — UN PETIT SAINT PARMI LES MA1TRISIENS

Il y eut aussi d'excellents enfants. Tous communiaient aux grandes fêtes pendant la grand'messe (1578, 1704), et pour le faire auparavant ils devaient demander la permission. Jean Roger, de Ghâteaudun, mourut en odeur de sainteté le 23 août 1653. Sa tête fut bientôt exhumée du cimetière Saint-Jérôme, et gardée comme une relique. On la fixa sur un piédestal armé d'un crochet permettant de le suspendre à une muraille. Trois plaques encore conservées (il y en avait autrefois quatre), portent des inscriptions. Ce sont des paroles pieuses mises en sa bouche à l'adresse de ses petits condisciples: « Iay été comme vous, vous seres comme moy. — le suis sorty de poudre, et je retourne en poudre. — Aujourdhuy à moy et demain à toy. »

Cette tête fut portée pendant la Révolution à Angers par un prêtre de Chartres : elle tomba en la possession d'un père capucin. Celui-ci la transmit à M. le chanoine Albin, du Mans, et c'est grâce à la bienveillance de ce vénérable chanoine qu'elle est revenue à la Maîtrise de Chartres (1879), où elle est précieusement conservée dans une châsse vitrée.

Si les enfants d'aube prenaient quelquefois des licences contraires à la discipline, ce n'est pas qu'on leur proscrivit toutes réjouissances. Au contraire, ils pouvaient légitimement se récréer tout le long* de l'année. Le règlement et la coutume leur assuraient même des plaisirs assez curieux. Pour se livrer à leurs ébats, ils avaient une petite cour dans l'intérieur de leur maison. Un de leurs amusements favoris était le jeu de boules et de quilles : on leur en payait un presque tous les deux ans. En 1660, il coûtait 30 sols, en 1662, 25 sols, en 1672, 18 sols; en 1657, une boule seule fut achetée 6 sols '■.

Ils aimaient aussi le jeu de paume. Les heuriers matiniers venaient quelquefois faire la partie avec eux; mais on le leur interdit en 1577, par crainte de familiarités excessives. Ce jeu fut restauré en 1658 2 : on y remit des carreaux : peut-être se trouvait-il au pied des remparts, au bas de la rue Muret, dans l'espace appelé jusqu'à nos jours le jeu de paume.

Trois jardins leur avaient été légués en 1557 par le chancelier, Jean Nantier 3. Ils étaient sis au clos de la Chancellerie, de l'autre côté de la place des Epars, et Nantier les leur avait donnés pour « s'aller soulager et esbattre après le service de l'église, en temps commode, sans y faire scandale par la Maîtrise. » Réparés une première

4 G. 420, 4 novembre.

2 G. 421, 12 mai.

fois en 1650, les murs furent repris intégralement par le maçon Lelong*, qui les fît en baug'e et avec des cailloux, tirés du cimetière Saint-Jérôme. Le maître de psallette y fît mettre, en 1750, des chaises de paille : un jardinier, payé par le Chapitre, fut charg*é de les entretenir.

Chaque semaine, le jeudi, les enfants avaient un cong*é, où ils sortaient de la ville, sous la conduite de leurs maîtres (1660). Mais ils n'en avaient qu'un ; s'il survenait une grande fête, elle en tenait lieu. Les maîtres de grammaire ne pouvaient en accorder de leur autorité privée l. Pour avoir commis cet abus de pouvoir, l'un d'eux fut blâmé en 1701. Mais le Chapitre, qui se réservait ce droit, en octroyait de temps en temps. Il en avait d'abord donné un pour le 1er janvier: il l'abolit en 1700 et en 1707. Quelque temps après, il permit aux enfants d'aller souhaiter la bonne année aux chanoines. Mais, comme plusieurs en profitaient pour s'écarter et perdre du temps, il revint encore sur cette faveur, et, en 17422, il ne permit plus qu'à deux des enfants d'aller au nom des autres faire cette civilité à Messieurs du Chapitre. Encore les fît-il accompagner par Hardouin, valet de l'Œuvre.

Il paraît avoir accordé quelques cong*és clans la saison des vendang-es, sans cloute aux enfants qui voulaient aider leurs parents à faire la cueillette. Quoi qu'il en soit, en 1655, il refusa cette permission. C'est à grand'peine que, cette même année, il autorisa un enfant à se rendre aux noces de sa sœur. Il dut ne partir qu'après la messe, et rentrer pour l'Obit du soir.

* G., 340, Br., K. 1702, 4 mars, f. 49. 2 R. G., lor janv.

De temps à autre cependant, il consentait à les faire conduire aux pièces théâtrales qui se donnaient en divers lieux. En 1507, on joua dans l'église le mystère de la Résurrection, et en 1509 (12 sept.), on représenta dans le cloître l'Homme humain. A l'évêché, il y eut aussi différentes comédies. Les notaires ecclésiastiques en montaient une chaque année à la fête de Saint Nicolas. Les enfants chantèrent, sur la demande de l'archidiacre de Vendôme, à l'une de ces fêtes donnée au mois de septembre 1713 l. On leur permit, en 1730, de se rendre à une tragédie jouée dans le même lieu, après les Vêpres capitulaires. Le séminaire de Saint-Cheron organisait aussi des représentations à l'occasion de la distribution des prix. Le 3 juillet 1681, le Chapitre voulut bien que les enfants s'y rendissent, à condition de n'y point parader. Le collège imitait le séminaire, et de plus jouait des opéras. Les enfants y allaient aussi. Le 26 avril 1688, on le leur accorda d'autant mieux que Bourcy, leur maître, avait fait la musique de la tragédie exécutée ce jour-là. Ils y retournèrent souvent, par exemple en 1742 et en 1761. Cette année-là (13 août), ils y jouèrent des instruments ; cela leur fut permis parce qu'il n'y avait pas de dames à cette représentation.

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