III. — L'INDISCIPLINE DE QUELQUES ÉLÈVES
Les temps d'ailleurs étaient mauvais ; les enfants s'émancipaient. Au xive siècle, Jean Breton, neveu de Robert d'Etampes, se fit émeutier dans le cloître; mais c'est le seul cas scandaleux qui nous soit connu pour les temps antiques. Au xvne et au xvme siècles, par contre, ces cas furent nombreux. Les uns tenaient une conduite indélicate, les autres étaient indociles et se faisaient renvoyer après avoir subi un châtiment exemplaire : d'aucuns allaient jusqu'à s'évader.
En 1612, on dut licencier Marin Poussard, convaincu de plusieurs larcins. En 1 652, on trouva qu'un enfant avait une
maîtresse; il lui écrivait des lettres, dont plusieurs furent interceptées, et il sortait la nuit en perruque. Le malheureux fut fouetté publiquement, enfermé pendant huit jours à Painchaud, puis congédié. En 1653 (5 fév.), on se plaignit encore que, malgré ce terrible exemple, les enfants étaient peu modestes. Ce n'était pas faute de précautions. En 1698, le Chapitre défendit de mener les enfants aux concerts où il y avait des femmes ; en 1789, il interdit, non seulement aux enfants, mais aux maîtres, tous les concerts publics. Ceux-ci n'étaient pas autorisés à recevoir des personnes du sexe, fût-ce de leur famille, à manger et à coucher : ils ne devaient même pas les accueillir dans le jardin (1498). Il exigeait que les servantes fussent parfaitement honnêtes, et il renvoya celle de Gilles Mureau. Il poussa même plus loin la prudence. Gomme Jean Jouet était très jeune lors de sa nomination à la Maîtrise, il lui imposa l'obligation de prendre un valet au lieu dune servante.
Les cas d'insubordination étaient encore plus fréquents que les autres.
On signale, en 1659, un enfant insolent. Il fut enfermé pendant quatre jours à Loens, condamné au pain et à l'eau, puis renvoyé ' . En 1694, il y eut une cabale des enfants contre le maître à l'instigation des parents. En 1717 2, les nommés Lucas, Robert et Gaillaux furent dénoncés comme n'ayant pas pour le maître le respect qu'ils devaient. Pour faire un exemple, le Chapitre décida
1 G. 340. Br., H. f. 29.
2 R. G., 3 juillet.
que Gaillaux, sans doute le plus coupable, serait renvoyé le jour même, après avoir été corrigé, sans aucune récompense, même sans son basson (on le lui accorda ensuite par charité), et que Lucas et Robert seraient châtiés le lendemain. En 1724, on exécuta de même Rotrou, second enfant de chœur, parce qu'il ne faisait point son devoir, quelque soin que l'on se donnâtpourlui.Enl751, Toullon, dénoncé par Duluc, comme portant les autres à l'indocilité , fut immédiatement expulsé. Trois ans après , Haillot et Belhomme, l'un premier, l'autre second enfant de chœur, excitèrent aussi des plaintes. Haillot vit sa récompense diminuée. Belhomme, « ayant été indocile et ayant refusé de se soumettre à la correction du maître », fut renvoyé par le Chapitre et n'eut que 100 livres de récompense pour tout. Même sévérité en 1755 à l'égard de Brault : cet enfant « sans progrès, indocile, incorrigible », est congédié. Lefèvre est aussi remercié comme inepte au bout de dix-huit mois. En 1767 l, Douglas, « grand enfant de chœur, mutin, orgueilleux, répondant mal, demande son congé, sous prétexte de mauvais traitements du maître. » On découvre que son père, maître écrivain, l'avait excité. On les renvoie tous les deux, et lui sans la récompense due à ses onze années de service.
En 1772 2, on dénonce Bréant, « enfant d'aube incommode », puis, les années suivantes, Gillet, Maupoint et Jumeau. En 1775 3, le maître, ne pouvant en venir à bout.
• R. G., 12 juillet, a R. G., 7 mars.
3 R. G., 14 octobre.
les fît mander plusieurs fois par les chanoines Commis. Gomme ce fut inutile, ils furent traduits devant le Chapitre. Mais cela ne les convertit point. Sur de nouvelles plaintes, Jumeau fut renvoyé dans l'année. Le malheureux était sans ressources. Le Chapitre, miséricordieux, lui accorda deux pains par jour, tant qu'il alla au catéchisme de Sainte-Foy, et ensuite 50 livres, pour apprendre le métier de perruquier. Maupoint et Gillet se sauvèrent pendant les Vêpres, et ne rentrèrent que le soir. Condamnés à subir une punition, ils refusèrent d'abord. Nous ne savons comment les chanoines Commis les châtièrent. Maupoint s'évada de nouveau en 1777, pour éviter une correction : mais son père le ramena lui-même et supplia les chanoines de le reprendre, assurant qu'il se soumettrait à tout ce que l'on voudrait. 11 dut être accepté de nouveau ; car il ne sortit que l'année suivante. Quant à Gillet, il obtint, malgré ses incartades, de continuer ses études au collège, et d'être petit heurier matinier.
En 1482, Glon manqua de respect à l'un de ces Messieurs et fut mandé au Chapitre. M. le Président lui donna des avis sérieux auxquels il promit de se conformer. Cette histoire ne l'empêcha pas, deux années plus tard, d'être placé au Collège, puis, en 1787, au Petit Séminaire de Saint-Charles, et en 1788 à Saint-Sulpice. Calais fut moins heureux en 1786. « Il donne depuis longtemps de grands mécontentements, disait le chanoine Commis, ne fait aucun progrès et vient tout récemment de manquer essentiellement au maître de psallette ». Messieurs de l'Œuvre furent « priés de congédier ledit Calais. » Nous avons déjà vu l'évasion de Jumeau, Gillet et
Maupoint. Il y en eut plusieurs autres. En 1559, on paya au maître Ang'enard 24 livres « pour les frais qu'il aurait faits pour avoir été chercher quelques enfants de chœur, qui s'étaient licenciés de ladite maison sans congé. » Deux enfants se sauvèrent encore en 1 671. Lefèvre s'enfuit aussi pendant Matines en 1700 : il rentra mais ne tarda pas à être renvoyé. En 1704, Garde et Fontaines s'en allèrent de la Maîtrise à quatre heures du matin. Un homme fut envoyé à leur poursuite sur le chemin de Paris. Pour les atteindre, il dut prendre un cheval et une voiture, et il ne les ramena que sur les huit heures du soir. Carde était de Paris. Fontaine venait d'être souffleté sur la plate-forme du jubé par Jumentier.
Autre évasion en 1715*. Quatre enfants sortirent la nuit et les Commis à l'Œuvre furent chargés, par le Chapitre, de les faire saisir. De même en 1719, Mâchefer s'en alla sans permission ; mais comme on était déjà mécontent de lui, on lui ferma la porte, et il fut de suite remplacé. Brazon renouvela, en 1788 2, les escapades de Jumeau, Gillet et Maupoint, et il se retira chez ses parents de Chartres. Ces différentes évasions furent cause qu'on résolut d'exig'er comme autrefois des parents l'engagement de laisser leurs enfants à la Maîtrise pendant le temps convenu.
Toutefois, il ne faudrait pas croire que la plupart des maîtres et des enfants fussent indisciplinés. Pendant près de quarante ans qu'il demeura maître de grammaire,
* R. G., 7 août.
2 R. G., 16 octobre.
Milcent tint parfaitement ses élèves. Il fut même accusé, en 1748, de les traiter trop rudement. A son départ, en 1776, il reçut les félicitations du Chapitre et fut même chargé par lui de surveiller les enfants à la messe De Beata. On procéda de même en faveur du maître de musique Delalande, lorsque ses infirmités l'obligèrent à se retirer.