LEUR NOURRITURE — LEURS REVENUS — LEUR AVENIR
Nous avons vu les enfants à l'église : il est temps de les suivre dans leur maison, de noter comment ils étaient habillés, nourris, eux et leurs maîtres, et quels étaient les différents revenus des uns et des autres. Ce chapitre est consacré au budget de la Maîtrise.
Leur demeure est signalée, pour la première fois, en 1304 : elle était alors sur la rue qui conduisait de la Cathédrale ou de l'Aumône à la porte Percheronne. Elle n'était séparée de cette porte que par une place et une maison appartenant à J. Flaming. En face, de l'autre côté de la rue, vis-à-vis de la place, demeurait le chanoine Robert de Maison-Maugis '. Ce riche dignitaire, voulant s'agrandir, acheta du Chapitre, en 1316, la maison habitée par le maître des enfants, Robert d'Etampes, et la place voisine elle-même. En les lui vendant, on stipula que les logis qu'il élèverait à ses frais reviendraient au Chapitre après sa mort. Il bâtit de suite un bel édifice sur la
1 R. G., 1007/1, f. 37. Il s'agit de la rue de la Cathédrale.
place en question, et sollicita, en 1317, l'autorisation d'y ériger une chapelle *.
Il n'avait démoli que la maison du maître et avait respecté celle des enfants. Celle-ci devenait si misérable qu'on résolut d'en reconstruire une nouvelle. Le chanoine Guillaume Thierry fut chargé de l'édifier comme il l'entendrait (1327) 2. Il était sur le point de l'entreprendre, quand un autre projet surgit. Avec les matériaux d'une maison contiguë, dite des Espiciers, récemment démolie, on avait eu la pensée de faire une bonne clôture du cloître, et l'on ordonna à Guillaume Thierry de payer les maçons, occupés à cette besogne, avec l'argent destiné primitivement à la maison des enfants de chœur ;î.
Il fallait pourtant bien les loger. On les installa d'abord dans une maison jusqu'alors habitée par le chanoine P. de Villaines. Gelui-ci fut invité à la quitter et dispensé d'en payer le loyer, à condition qu'il la laisserait en bon état 4. Elle était située en avant de l'Aumône, à côté d'une autre grande place et du Chambrier, vraisemblablement en face de l'Ane qui vielle 5. Là, les enfants étaient un peu plus rapprochés de la Cathédrale, mais leur installation n'était guère confortable. Les réparations de P. de Villaines avaient été insuffisantes : on en fit de nouvelles en 1336°.
5 Tableau de la ville de Chartres, par Bellier de la Ghavignerie, p. 8. - R. C, 1007/2, f. 108.
En 1355, on la quitta et l'on prit la maison de Pierre de Chappes, sise au cloître. Cette maison dut être aussi aménagée. L'officier de Loens, en 1359, donna 10 livres à Raoul de Mantes, maître des enfants, pour cet effet l. En 1415, d'après les Comptes de l'Œuvre, on y fît degrands travaux. On pava la cour et le jardin à l'endroit de l'égoût, on les sema de gravois. On dressa un auvent; on couvrit le cellier d'une trappe. Ces différentes améliorations étaient l'œuvre de Guérin Louvet, maçon, et de ses servants, Jehan Doug'e, Jehan Briquède, Guillot Richeurt, qui touchaient 25 sols 6 deniers: de Robin Fiau, d'Happonvilliers, qui fournit « huit toises de carreaux » : de Jehan Lefebvre et Guillot, aussi d'Happonvilliers, qui amenèrent l'un et l'autre le merrien: de Philippot Mauvoisin, entrepreneur de serrurerie : de Richard de la Saussaye, « huchier, qui, pour bois, peine et façon, toucha 20 sols ».
Cette maison, ainsi réparée, devait se trouver du côté nord de la cathédrale. En 1446 2, on note que du côté des enfants d'aube on étalait des quenouilles; on ajoute, en 1450, que « l'Ostel de l'Œuvre » joignait le leur.
En 1516, on l'abandonna pendant deux mois à cause de certaines réparations ; on s'en alla de nouveau, en 1518, par peur de la peste, et Michel Bart emmena les enfants à Vaux-Joly 3. Ensuite, on les log*ea dans la rue de la Rôtisserie, puis dans la rue de M. d'Arthuis, chanoine, et enfin on revint en face du portail nord. Piébourg*,
2 G. 1491. Le Marché à la Filasse et la maison de l'Œuvre étaient devant le portail nord.
3 Bibl. raun. 1016, Br., 0. f. 79.
maçon, de Sours, en 1545, rebâtit la maison qu'ils habitaient jadis près de la porte de l'Offîcialité l, et ils y demeurèrent jusqu'à la Révolution. Elle existe encore et se trouve maintenant la propriété de l'hospice de Josaphat.
Les Comptes 2 du xvie et du xvne siècles nous signalent les travaux qui furent faits dans ce logis à diverses reprises, à la citerne (1586), aux aisances, au four, dans la cuisine, au dortoir, au jardin. La plupart se placent de 1585 à 1596 et de 1655 à 1685. Les œuvres de maçonnerie furent exécutées par David, en 1586 et 1590, par Jean Drouard, en 1667, par Claude Marie, en 1669 et 1677, par Mathurin Bernier, en 1681. La toiture fut retouchée, en 1587, par Pierre Le Clerc, qui mit des gouttiers, et par le charpentier Maroles : elle le fut encore en 1661 et 1669. Jehan Hubert reconstruisit les lieux communs en briques et tuiles, en 1682; on y avait placé un couvercle en 1586. On remit cinquante- trois livres de plomb à la citerne, en 1661. On boucha les trous de la muraille du côté du portail et on consolida la porte en 1669. Le clerc de l'Œuvre, qui habitait la maison voisine, fut obligé, en 1649 et 1673, de fermer l'ouverture qu'il s'était pratiquée sur la Maîtrise. La cuisine et les meubles furent de même renouvelés. Le foyer fut réparé en 1669. De 1656 à 1677, Jehan Gaboys fournit à neuf ou raccommoda les réchauds (il y en avait en fer et en cuivre), les poêles et poêlons, les fontaines, le cuvier de lessive (il fut aussi réparé par Bernier, en 1592), les chenets ou cra-
1 G. 504. C'est la porte qui donne sur la rue des Lisses.
2 G. 418, 419, 420, 421, 422, 424. Voir aussi les Reg. Cap. pour le xvme siècle. — De même G. 340 et G. 504.
panels, les marmites de fonte, les chaudrons d'airain. Pendant le même temps, Michel Salmon échangea de la vaisselle neuve contre de la vieille : il donna douze cuillers, en 1658, et deux cuillers en plus pour les deux enfants surnuméraires, en 1674; il fournit aussi des pots à l'eau et des seaux. En 1662, il reprit trois plats, deux brocs, un pot à eau, sept moutardiers, douze cuillers, etc....
Le dortoir fut complété en 1595. On y mit deux lits, l'un, garni de chenil, acheté à une vente pour 7 livres 10 sols; l'autre, garni de traversin, coûtant 9 livres 45 sols; on fit changer les plumes, raccourcir les taies. Il fut reblanchi en 1669. Hélas ! il était plein de punaises. « Pour plomber et nettoyer tous les châlits, paillasses et autres choses dépendant des lits, pour faire mourir et estranger quantité de vermines et punaises » on paya un homme 15 sols !. On versa au sieur Galette, droguiste, « la somme de trente sols pour une certaine huisle et aultre composition à oindre et g^resser lesdits chaslits, afin de faire crever les punaises et aultre vermine ». Les lits des enfants comprenaient d'abord un châlit en bois, maintenu avec des clous. En 1679, on fit faire par un vannier dix claies d'osier aux dixlits, à cause des punaises, ce qui coûta 40 sols. En 1719, on remplaça les châlits par des lits de fer qui furent achetés aux religieux de Saint-Cheron . Il y avait de plus une paillasse enveloppée d'une grosse toile (1659) et un matelas. En 1677, on acheta cent livres de bonne laine à Nicole Saillard, ménager à Dreux, pour les dix matelas des enfants, à 26 livres 10 sols, et on les fit refaire par Michel Olivier.
1 G. 422, 22 septembre.
Les draps étaient en abondance. Suzanne Badin, en 1668, en raccommoda soixante-sept pour 12 livres. Les rideaux furent renouvelés en 1764. Ils devinrent inutiles en 1773, car alors le dortoir fut divisé en cellules, comme à Paris, et une lampe fut installée dans le corridor. Cette transformation coûta 1000 à 1200 livres. Enfin, la literie s'achevait par une pièce en toile, appelée le tour de lit. Le prix d'un lit nous est connu par la dépense faite pour les lits et matelas des deux enfants de chœur, fondés en 1662 f. Celle-ci fut de 56 livres 267 sols 9 deniers.
Les appartements de la Maîtrise comprenaient, outre le dortoir et la cuisine dont nous venons de parler, une salle d'étude mentionnée dans l'inventaire après décès de
* G. 421, 21 mai 1662. En voici le détail : « Despence faicte pour les licts et mattelats de deux enfans de chœur nouvellement fondés et créés :
Payé à la veuve Morin, ravauderesse , pour un mattelat, la somme
de 26 1. » s. » d.
Payé à une aultre ravauderesse, pour deux traversins . 10 » »
Payé à un nommé L'Arche, pour la façon de deux matelats du susdit » 50 »
Payé au mesme, pour avoir rebattu les dix auîtres mattelats pour les aultres enffants, à raison de 15 sols pour chacun :. marché faict avec lui; le tout se montant à . . . 7 10 »
Payé pour dix solz de ficelle employée aux dicts mattelas » 10 »
Payé pour une pièce de taille contenant soixante et deux aulnes, à raison de un sol neuf deniers l'aulne, employée aux tours des licts des susdicts : le tout se montant à » 108 6
Payé pour la façon des deux dicts tours de licts ... 6 » »
Pour dix aulnes de chanvre employés à doubler le dessoubs des susdicts mattelats, à refaire les aultres, à raison de quinze solz l'aulne, le tout se montant à 7 10 »
Pour trois aulnes et un quart d'autre grosse toille, à raison de neuf solz l'aulne, employé à deux fonds de lict : le tout » 29 3