ALLELUIA
Il est vrai que l'on m'avait assuré comme très certaine l'histoire du fouet de V Alléluia dans votre Eglise. On me certifia l'avoir ouï raconter à M. Desmarets votre Evêque, mais je n'ai osé nommer l'Eglise, craignant de me tromper ou d'avoir été trompé. Maintenant que vous me fournissez des preuves, je ne doute plus de sa réalité. Les preuves ne sont pas à la vérité assez développées, parce que vos registres parlent pour les temps auxquels ils ont été écrits et qu'on entendait asses alors l'état de la question.
Mais peut-estre que vous serez plus en état de développer davantage la collation ou plutôt le déjeuné qu'on prenoit le jour de Saint- Piat, 1er octobre, et la prise de lait qui se faisait à Saint-Maurice. Quoique M. Ducange interprette Pastilli, par le mot Pasté, je crois que ce ne seroit point absolument des petits pâtés qu'on mangeait chez vous dans le chœur, mais quelques sucreries coagulées qu'on a fait appeler pastilles, telles que sont les dragées, le sucredorge, les massepains, macarons, pralines, tablettes ou semblables friandises. Il est vray que cela ne convient guerres à déjeuner et que cela ne faisoit pas trouver le vin trop bon ; mais peut-estre y avoit-il des raisons pour ne rien manger de salle, ny qui excitât trop à boire. Ces repas gothiques nous doivent paroitre en cela encore plus bizarres.
L'observation que vous me faites, Mr, sur Y Alléluia de l'Offertoire de la messe de vos enfants auroit été à sa place dans ce que j'ay écrit sur Y Alléluia, mais quoique j'en eusse la preuve par devers moi, elle ne m'étoit jamais tombée sous la vue. J'ai consulté aussitôt votre missel de 1552, où je l'ay trouvé dans son entier. Nous chantons
1 Lebœuf a fait un article savant sur V Alléluia de la Septuagésime dans les Variétés historiques, III, p. 159, Paris, 1752 : c'est à lui qu'il fait allusion dans cette pièce.