‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 13 sur 153 · DURANT LES PREMIERS SIÈCLES IX · texte numérisé non relu

DURANT LES PREMIERS SIÈCLES IX

et à sa table, et menait avec eux la vie commune. Que parmi eux plusieurs fussent Jeunes encore et simples lecteurs, c'est ce qu'il n'eut que trop l’occasion d'avouer dans la malheureuse affaire d’Antome, évêque de Fussula. Ce prélat, après être tombé dans de grands crimes, en avait appelé au pape. Saint Augusün écrivit au Souverain Pontfe, en s'excusant de l'avoir fait évêque, lorsqu'il était lecteur chez lui.

« C’est moi, dit-il avec componction, qui ai présenté à ces fidèles, qui ne le demandaient point, un certain adolescent, nommé Antoine, lequel vivait alors avec moi. Je l'avais fait élever dès son bas âge dans un monastère ; mais en dehors de l'office de lecteur, il n'avait aucun ordre ni aucun ministère clérical. Les malheureux habitants de Fussula, ignorant ce qui leur arriverait, se confèrent trop à moi; et il fut leur évêque !».

Plusieurs fois, le saint docteur fait mention dans ses discours de jeunes lecteurs exerçant leurs fonctions dans l’église. Quelquefois ces enfants se trompaient de psaumes et c'était pour le spirituel évêque l’occasion de montrer son talent d'improvisation. « Nous sommes invités par Dieu lui-même, disait-il aux fidèles un jour que l'erreur avait été commise, à vous parler de la pénitence. Nous n’avions pas ordonné au lecteur de chanter ce psaume : mais Dieu a jugé bon que nous l’entendions, etilnous l’a imposé par la bouche de cet enfant®». « Nous avions préparé un psaume court, disait-1l une autre fois, et nous avions prescrit au lecteur de le chanter, mais puisque dans son trouble il en a choisi un autre, nous n'avons rien de mieux à faire que de raüfier son choix, tout erroné qu'il SOIt. »

Dans un autre endroit, saint Augustin montre clairement que ces jeunes lecteurs et chantres formaient une école.

1SrAug. Ep. 209, en PL, 1:33; col. 953,

2 S. Aug. Sermo 352, en P. L., t. 39, col. 1550.

x LES ENFANTS ET L'OFFICE DIVIN

Faisant allusion à l’aveuglement de ceux qui changent le sens des Écritures: « Leur fallacieuse impudence, dit-il, est si évidente, qu’elle est remarquée même par les enfants qui, dans le degré de lecteurs, étudient les lettres d’une façon encore tout enfantine ! ».

Ces détails d’ailleurs concordent avec une inscription alfricaine du commencement du vi siècle, qui mentionne, au dire de M. de Rossi, un lecteur de cinq ans ?.

Tout le monde a lu dans Victor de Vite l’admirable conduite des lecteurs-enfants de Carthage, durant la persécution des Vandales (v. 484).

« Lorsque l’évêque Eugène eut été jeté en exil, écrit cet historien, tout le clergé de Carthage fut décimé par le meurtre et la misère. Il comptait 500 prêtres et plus. Parmi eux on remarquait surtout les enfants lecteurs, qui, tandis qu'on les trainait au loin dans un cruel exil, se réjouissaient dans le Seigneur. »

Pendant qu'ils marchaient, survint un incident qui mit plus encore en relief la foi et le courage d’un certain nombre d’entre eux.

« Un certain lecteur renégat, nommé Theucaire, suggéra la pensée de séparer de la multitude des confesseurs, c'est-à-dire, des clercs de Carthage, une douzaine de ces enfants, qu'il savait doués de belles et fortes voix et très habiles aux mélodies musicales. Il les désigna lui-même, parce qu'il les avait eus autrefois comme élèves, du temps qu'il était catholique. On accéda aussitôt à son projet, et on les lui remit: mais on fut obligé de recourir à une violence barbare pour les séparer de leurs compagnons de route. On les sépara de corps, mais non de cœur, de la troupe des saints. Ceux-ci, craignant l’apostasie pour ces enfants, suppliaient, avec soupirs et larmes, qu'on ne les éloignât point d'eux, et

1 S. Aug. De consens. Evang., 1. I. cap. 10, n° 15, en P. L. t. 34, col. 1049. 2 Bulletin, 1883, p. 20, 21.

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