MONSEIGNEUR
Enfin, je l'ai achevé, mon cher livre de lAncienne Maîtrise de Notre-Dame de Chartres, ef je puis le déposer entre vos mains. Îl m'a coûté de longues veilles et des recherches pénibles; j'ai dû, pour le composer, feuilleter bien des parchemins poudreux, puisqu'il ne renferme rien que de l’inédit.
Mais je l'ai toujours beaucoup aimé quand même.
Ceux qui en étaient l’objet, ces petits enfants de la Psallette, véritables oiseaux de Notre-Dame, à la voix el au costume gracieux, me l'ont rendu sans cesse intéressant, ct m'ont fait chérir mes fatiques. Il me semblaït les voir et les entendre encore à travers les vieux papiers qui me parlaient d'eux, et je me félicitais d'assurer à ces petits virtuoses, qui chantèrent dans notre belle Cathédrale Dieu et Notre-Dame, une immortalité que de plus grands pourraient leur envier.
Et pourquoi ne le dirais-je pas, Monseigneur ? Derrière eux, j'entrevoyais, avec quel amour ! leurs successeurs, ceux qui ont relevé si noblement leur vieil honneur, et qui tiennent
si bien leur place dans l'Église de Chartres. Je fus ‘des leurs, j'en suis encore. En m'occupant de leurs ainés, Je revenais vers eux, vers celle famille bénie que Dieu na prêtée, el je reprenais cœur à ma rude besogne.
Je pensais encore, Monseigneur, à cette chère Eglise, dont il m'est si doux de me proclamer, comme jadis Hildegaire, l'humble nourrisson: en reconnaissance du bien qu’elle fit jadis à ses petits Maitrisiens, j'aurais voulu, si c'était en mon pouvoir, lui apporter quelque gloire.
Je pensais surtout à Notre-Dame de Chartres, à celte douce Madone, qui couvrit de son manteau nos prédécesseurs, comme elle nous en couvre maintenant. Redire les honneurs dont elle était entourée, les hommages qui lui étaient rendus par nos petits artistes d'autrelois, c'était pour moi une joie délicate et une force toujours renouvelée.
Je pensais encore, Monseigneur, à vous, ct je me disais que peut-être vous seriez content de ce livre, puisque vous aimez la Maitrise, l'Église de Chartres et notre Madone, à la gloire desquelles il est dédié, et que vous voudriez bien me bénir une fois de plus avec {ous mes enfants.
Dans cet espoir, Monseigneur, je vous offre ce livre et les
peines qu'il n'a coûté et je me dis
de Votre Grandeur, l’'humble et reconnaissant serviteur, A. CLERVAL, Supérieur de la Maitrise,
Professeur d'Histoire ecclésiastique à l'Institut catholique de Paris.
15 Septembre 1898,