‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 39 sur 153 · ET LES ÉTUDES LATINES A LA MAITRISE · texte numérisé non relu

ET LES ÉTUDES LATINES A LA MAITRISE

Nous avons vu dans le chapitre précédent l’ensemble des maîtres des enfants d’aube et plus spécialement les chanoines et leurs Commis à l'Œuvre. Comme après ceuxci l’autorité appartint successivement aux maîtres de grammaire et aux maîtres de musique, il convient de faire

l'histoire des uns et des autres,

Jusqu'à la fin du xv° siècle, nous lavons dit, les maîtres de grammaire furent les principaux directeurs de la Maîtrise.

Leurs premiers titres, au xiv° siècle, furent, outre celui de magister puerorum, le plus usité, ceux de instructor, gubernator, administrator puerorum. Ces titres indiquaient bien le caractère universel de leur autorité. Le Chapitre leur laissait prendre ou leur donnait lui-même un aide avec lequel ils partageaient au début, selon leur bon plaisir, l’enseignement des lettres et du chant.

En raison même de cette autorité, il les recrutait À

avec soin parmi ses meilleurs cleres, c’est-à-dire parmi les

ul

chapelains, les heuriers, les curés, et même parmi les anciens recteurs des grandes écoles.

IL les nommait en plein Chapitre général et par une ordonnance qui ne manquait pas de solennité. « Le Chapitre a retenu maître Garnier, disait-il en 1375, pour maître des enfants d’aube, après qu'il a eu promis de les instruire selon son pouvoir : il aura les revenus et les émoluments des enfants, il aura de plus les Matines, la grand'messe et les revenus accoutumés !. » Les nominations de Richard Lapion, en 1383 ?, de Nicolas Loiseleur, en 1409*, sont rédigées dans les mêmes termes.

Le premier d’entre ces maîtres, dont le nom nous soit connu, s'appelait Robert Claude “. En 1301, il reçut du Chapitre la chapellenie de Saint-Nicolas; c’est tout ce que nous en savons. Mais son successeur, Robert d'Etampes, a laissé de plus nombreuses traces dans les Registres capitulaires. Jusqu'à sa mort, en 1343, il fut fréquemment employé par les chanoines pour leurs affaires financières et même liturgiques. C'était leur homme de confiance, leur comptable, surtout pendant la retraite qu'ils firent à Mantes. Il encaissait les revenus de la Fabrique, payait les serviteurs et tenait les comptes (1309-1312) 5. En 1323, il fut chargé avec Barthélemy, curé de Saint-Saturnin,

de corriger le Bref de l’Église 6. A cause de ses

SR. G., 1007/1, £. 67, 70 v., 75 v., 82 v., 86 v., 87. 8 R. C., 4007/2, F. 24.

LES MAIÎTRES :DE GRAMMAIRE 6t

diverses occupations, il s’associa successivement maître Simon, en 1305, et le prêtre Girard : mais ce dernier fut renvoyé par le Chapitre à sa cure en 1310. On ne sait s’il en prit d’autres. En 1329 il fut remplacé par maître Thibault, euré d'Yméray et ancien recteur des grandes écoles, et reçut à son départ de précieuses gratifications du Chapitre qu'il continua de servir jusqu’en 1343.

Thibault, comme son prédécesseur, se fit aider successivement dans sa cure et dans sa fonction de maîtré!. Encelot? lui fut d’abord adjoint en 1335, puis le clerc dé chœur Auxelle *. Mais ce dernier étant entré en religion en 1342, Jacques de Grandreville lui fut substitué sur les instances de la reine de Navarre. « Le Chapitre, disent les Registres capitulaires, a député le prêtre Jacques de Grandreville, sur la prière de la reine de Navarre, qui en rend bon témoignage, au service des enfants d’aube, avec le maître Thibault, pour les gouverner, les garder et les instruire dans l’art de chanter et de lire, et pour tout ce qu’Auxelle et ses prédécesseurs avaient coutume de faire; le tout pour le salaire accoutumé. »

Thibault d'Ymeray, sil faut, comme c’est probable, l’identifier avec Thibault Crochet“, signalé comme maître des enfants d'aube en 1350, mourut cette année-là , et fut remplacé par Robert Lescot, avec lequel © on aperçoit un certain Gui, gubernator puerorum in albis (1351). Ce

6 G. 151, f. 49 v., 78, 79, etc.

Robert avait été aussi recteur des grandes écoles jusqu’en 1349 ! et même jusqu’en 1351, et avait peut-être cumulé quelque temps les deux charges.

Il eut pour successeur Ponce d’Allonville ? qui apparaît en 1358 dans une vente de Bréviaire et d'Evangéliaire, puis en 1359, Robert de Mantes {Medunta)*. Suivent encore avec le titre de maître des enfants un certain Pierre, qui est signalé en 1365“, Jean Garnier, que le Chapitre nomme heurier matinier et retient comme maître en 1374 et 1375. Celui-ci disparaît en 13785.

C’est après lui que commence la distinction officielle des maîtres de grammaire et des maîtres de musique. Jean de Santander f, en 1378, fut, le premier, nommé spécialement maître de chant, sit magister puerorum in albis in arte cantus. Toutefois cette spécification laissa au maître de grammaire sa prédominance antique. Ceux qui suivirent : Guillotin Crochet 7, en 1397, Richard Lapion®, en 1383, G. Couvain, ” avant 1385, Michel Pelletier, avant

1388 !°, Jean Guiart, en 1392 !!, furent appelés purement et

1 G. 151, f. 49 et 81 v.

SR. C., 4007/3, f. 35, 40, 51, v.

AR, C., 4007/3, f, 96 v.

simplement maîtrés des enfants!, comme dépositaires essentels de l’autorité. Jacques de Vuisques, en 1402, et Guillaume le Bourgoyn, en 1404? , qui paraissent avoir été affectés au chant, bien qu'on les eût fait venir de loin, n'occupèrent encore qu’un rang secondaire.

Au xv° siècle, la séparation des enseignements s’accentue, mais sans aucun préjudice pour la vieille hiérarchie.

Nicolas Loiseleur* est nommé maître des enfants d’aube pour la grammaire, en 1409, magister puerorum in albis in arte grammatiea. Il remplace Jean Gigot; celui-ci avait été, comme Thibault, maître des grandes écoles. Nicolas Loiseleur lui-même joua un grand rôle dans le Chapitre, et finit par devenir prévôt d'Ingré et chanoine, en 1414*, Ces successeurs furent aussi des hommes importants. Clément Trescaille, qui lui succéda jusqu'en 1#17, et devint chanoine de Saint-Piat, curé de Houx et Baïlleau-le-Pin, avait dù prendre un sous-maître, qui s'appelait Richard Le Beau °. Jean Langlois qui vint ensuite s’en adjoignit deux : ce même Richard Le Beau (Pulcri), puis Jean Mégret f, tant il avait d’affaires à traiter ! Richard recevait l'argent en son nom, et remplit cette fonction d’économe jusqu’en 1428. Jean Mégret, après avoir été son collaborateur, continua d’être économe et procureur sous les maîtres suivants. De 1427 à 1450, il leur fournit l’argent pour payer

SR. C., 4007/3, f. 157. — G. 164, f. 98 v.

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