‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 41 sur 153 · PRE · texte numérisé non relu

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nuisible, demandèrent à transiger. Le 15 novembre 1461 les trois maîtres s'engagèrent, sous peine d’un marc d'amende, à n'avoir qu'un nombre égal d'élèves, ou à verser 20 sols dans une bourse commune, pour chaque élève qu'ils auraient en surplus. Et pour bien marquer cependant qu’en ce qui concernait Coignet on ne visait que les élèves venus du dehors, on stipula, que « les boursiers, les clercs et les demeurants, soit Messieurs du Chapitre, soit les chapelains et des draps de l'Eglise, ne seraient comptés au nombre des écoliers de M° Simon. » On ajouta même « que s’il advenait que lesdits M° Vincent et Jehan Lambert eussent aucuns desdits cleres de dessus dits, Simon pourra substituer et prendre autres, lesquels ne mettra au nombre de venir à égalité avec les deux autres maîtres dessus dits !. »

Cette transaction venait à propos, car, dans la seule année qui la suivit, Coignet enregistra six écolages qui sont parvenus jusqu’à nous.

Ils concernent le filsde Pierre Guitton, marchand demeurant à Chartres, Bertrand Paudoyer, frère du sous-diacre Lucas Paudoyer, Jehan Germond, fils de Guil. Germond, de Senarmont, Jehan Varenne, fils de Mathry Varenne, de Bailleau-l'Évêque, Colin Grandin, fils de Colin Grandin, chaussetier à Chartres, Guill. Pichot, fils de Guillemette Pichot, de Lucey*.

Son successeur Gilles Mureau n’en accepta pas moins de sept, à notre connaissance, dont quatre pour l’année

2 G. 171, f. 2, 45 v., 62, 68, 68 v., 71 v., 87, 89 v. Nous les avons insérés dans nos Ecoles de Chartres, pp. 428-430.

1478. Citons les deux fils de Robert de Garennes, seigneur de Saugiis, les Broutesauge, les Basset !.

À ces enfants du dehors, les maîtres de grammaire n'avaient garde de sacrifier ceux du dedans, qui constituaient spécialement la Maîtrise. Ils leur faisaient faire, avec leurs émules, de bonnes études. De 1306 à 1342, cinq enfants de chœur furent en état, après leur sortie, d’aller aux Universités de Paris et d'Orléans ?. En 1482, deux autres suivirent le même chemin ? et beaucoup dans cet intervalle les imitèrent, dont les noms sont restés inconnus. En un mot, pendant ces deux siècles, la Maîtrise, se souvenant qu'elle était un faible rameau détaché des grandes écoles, eut à cœur de lutter avec elles ; le nombre de ses étrangers et la force de ses études indiquent qu’elle sembla plus attachée aux lettres qu'au chant, et c’est pour cela qu'elle fut gouvernée plutôt par les maîtres de gram-

maire que par ceux de musique.

Mais, à partir du XV[° siècle, cette physionomie littéraire

de la Maîtrise s’effaça peu à peu : elle prit de plus en plus

1 Voici, à titre de spécimen de ces traités entre les parents et les maîtres, comment était libellé le contrat passé avec Robert de Garennes pour ses deux fils, en 1471. Gilles Mureau, y était-il dit, « sera tenu bailler, quérir et administrer.….leurs nécessités, commeboire, menger, coucher, etlever seulement, et aussi les enseigner et monstrer dechant aux mieulx quil pourra, et les fera aller aux matins à lescolle de grammaire pendant icelui temps », Suivait la désignation de la pension à payer. — Voir G. 179, f. 175. — CG, 173, f. 215,

2 R. G., 1007/2, f. 9, 34 v., etc. Voir nos Ecoles chartraïnes, p. 393. 3 R. C., 1009, f. 143.

une orientation musicale, et les élèves du dehors se dirigèrent vers d’autres écoles.

Tout les y invitait. D'une part, la municipalité fondait un collège pour toute la ville; une première tentative infructueuse en 1534 fut reprise en 1564 avec plus de succès et devint définitive en 1572, quand Jean Pocquet et Michelle Haligre offrirent le Tripot de Chinche pour cet établissement. D'autre part, le Chapitre peu soucieux de voir les enfants de la ville près de ses enfants de chœur ! donna l’ordre à deux reprises de les renvoyer, en 1584 et en 1645. C’en fut fait alors de cette école annexée à la Maîtrise.

Quant aux enfants de chœur proprement dits, ils restèrent encore, pendant tout le XVI° siècle, en mesure de faire de grands progrès dans les lettres. Le Chapitre conçut même un instant, en 1531, le projet de les instruire si bien qu'il serait inutile de les envoyer aux Universités; mais il renonça immédiatement à cette chimère et se contenta de les rendre capables, par de bonnes études élémentaires, d'aborder les degrés supérieurs. En 1532, 1536, 1537, 1538, il en envoya plusieurs à Paris?. Le 18 mars 1579, il sollicita même de Henri IT, par l'intermédiaire de la Reme, deux bourses au collège de Navarre, pour les deux plus grands enfants de chœur à la fin de leur service, et 1l les

obtint *. Pendant la première moitié du xvu’ siècle, il sou-

4 En 1518 et 1531 il avait défendu de les recevoir jusqu'à nouvel ordre de peur qu'ils ne communiquassent la peste alors régnante.

2 Bibl. mun., 1016, Br., O. p. 79.

tint ce beau mouvement d’études et envoya plus de quinze 4 enfants de chœur aux Universités pour y achever leurs classes, en leur assurant une pension suffisante : mais ensuite ce fut fini.

Mgr de Neufville, en 1663, en réunissant au collège le prieuré de Saint Michel, réserva une bourse pour le plus grand enfant de chœur, qui, après son service en la Cathédrale, voudrait faire sa philosophie ; et pendant quelque temps on se contenta de préparer les Maîtrisiens à entrer au collège, en leur enseignant toutes les humanités jus- | qu'à la rhétorique inclusivement.

Mais on ne put continuer cet effort, et dès le commencement du xvin‘ siècle, les maîtres de grammaire ne conduisirent leurs élèves que jusqu’à la troisième et même | à la quatrième. Il fallut que, pour leur donner le loisir d'aller jusqu’à la philosophie et de profiter de la bourse, | on leur attribuât de différentes manières des ressources pour les classes intermédiaires.

Parallèlement, la situation des maîtres de grammaire, 5 peu à peu dépouillés de leurs élèves payants, s’amoindrit : ils cessèrent d’être les chefs de la Maîtrise, qui fut remise aux mains des maîtres de musique, et, restreints aux { enfants de chœur, ils finirent par ne plus être que des professeurs du dedans, des auxiliaires. La transition com- - | mencça sous Gilles Mureau, successeur de Coignet. Que se passa-t-il alors dans l’intérieur de la maison ? c'est un écheveau difficile à débrouiller. En 1483 Mureau démissionne, } rend ses livres à J. Gaboys, clerc de l’œuvre, annonce son |

départ pour Rome et Jérusalem, et se substitue avec l’agré-

ment du Chapitre l’heurier matinier, Pierre Ménard. Mais A

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voilà que tout à coup, le 16 juin 1483, sous le coup sans doute d’une accusation, on l’expulse avec la servante des enfants, on l’emprisonne à Loens, et l’on nomme à sa place Jean Taunier, maître de grammaire et organiste, tandis que Pierre Ménard supplée provisoirement le nouveau maître de musique, Richard Berthelot. Mais une querelle éclate entre eux. Ménard injurie son collègue et se fait emprisonner. Berthelot, qui arrive enfin, se dispute aussi avec Guillaume Mallet, successeur de Taunier, et se fait révoquer pour sa conduite. Enfin, l’on traite en 1484 avec un certain Etienne, chantre et musicien, lequel s’entend avec Gilles Mureau, revenu en grâce, et inaugure une ère nouvelle. Toute cette crise violente avait eu pour cause, semble-t-il, la rivalité entre les deux maîtres. Celui de musique supportait impatiemment le joug : la crise se dénoua en sa faveur, et à partir du XV[° siècle il fut le chef principal.

En effet, les maîtres de grammaire qui suivent n’ont plus la même importance; on ne les connaît pas tous, et ils sont simplement choisis parmi les heuriers matiniers. De 1501 à 1536, on signale Jacques et Pierre Poulard ! : c’est à ce dernier qu'en 1531 on défend de prendre les enfants de la ville à cause de la peste. Après lui, se trouve une lacune de près de soixante ans. Il faut descendre jusqu’en 1585 et 1598 pour rencontrer Jehan Goussu, ? chanoine de Saint Piat, quireçutune indemnité et une gratification, pour avoir

gardé les enfants en l’absence du maître. Viennent après

4 Bibl. mun,, 1016, Br., O. f. 77.

Adrien Peigné, heurier matinier, nommé en 1598 et 1600!, François Piel, cité en 1627 et en 1635 ?.

Simon Germont, qui exerça de 1647 à 1670, aurait eu le temps de faire quelque chose, mais il n’était pas sérieux *. Trois semaines après avoir donné sa démission, il se fit condamner à trois mois de séminaire, parce qu'il passait la nuit aux jeux publics, ne disait son bréviaire et n’entendait pas la messe le dimanche. Comme il n’obéissait point, on le menaça de l’enfermer à Pain Chaud, au besoin par la force armée : il eut beau en appeler comme d'abus ; il dut subir provisoirement sa peine.

Charles le Viseur fut nommé à sa place, le 6 octobre 1670, et prié de demeurer à la Maîtrise “. Vinrent ensuite M. Rousset, signalé le 22 décembre 16815, Léonard Leféron, et enfin Claude Massot f, prêtre de Chartres, nommé le 16 mai 1695. Ce dernier était infirme et ne put être pour ce motif sacristain de Sous-Terre, bien qu'on l’eût élu à ce poste en 1699. II dut. se retirer en 1707 et fut remplacé par Germain Laisné, vicaire de Saint-Aignan, qui s’en alla le 4 mai 1713, pour desservir la cure d’Illiers. Jean Jumentier, qui vint ensuite de 1713 à 1741, apporta plus de zèle à ses fonctions de maître de grammaire, et fut dignement continué par Michel Milcent, vicaire deVert-en-

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