‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 54 sur 153 · G, 340, Est. p · texte numérisé non relu

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4 (G. 997, fo 82.

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LES CHANTS LITURGIQUES Il

leçons. En 1686 !, on refusa d’exempter même les enfants en bas-âge, et, en 1784, on ne les dispensa d’y assister aux semi-doubles que pour l'hiver. S'ils étaient malades, les chanoinés de Thiersault étaient tenus de lés remplacer. S'il faisait froid, comme en 1775, on requérait au moins ceux qui étaient nécessaires. Leur maître de musique les y amenait lui-même, et y restait avec eux, pour gagner son casuel d’abord, et surtout pour surveiller leurs leçons.

Au début, en 1297, ce soin incombait encore au recteur des grandes écoles, sous lautorité du chancelier ?. Plus tard, en 1687, le pointeur eut aussi l’ordre de faire prévoir les leçons aux enfants”. Les uns et les autres ne pouvaient s’absenter ou faire des fautes sans qu'aussitôt une plainte ne fut portée contre eux. IL n’est pas étonnant que cela leur soit arrivé quelquefois, surtout au xvinr siècle. Il était pénible d’être si matinal; tantôt, c'était le maître qui ne venait pas (1755, 1758); tantôt, c'était l'enfant qui s'était trompé de leçon (1724).

Les enfants n’eurent pas toujours Le même rôle à y jouer. Le règlement de 1297, rappelé par une ordonnance de 1377 “, les chargeait seuls des deux premières leçons, des deux premiers versets et du Benedicamus Domino. Mais le Directoire, au xiv° siècle, ne leur assignait que la première lecon et le premier verset. On changea de même au xvn° et au xvin° siècle. En 1687, ils suivaient la tradition primitive, tandis qu'en 1784 ?, on réduisait leur tâche à la

1 G. 340. Br., M. p. 25., 5 fév.

2 Cart. .N.-D., Il, 233.

5 G. 340., Br., M. p. 7., 1687, 27 juin.

# R. G., 4007/3, fo 45.

5 R. C., 10 janvier.

ne ne

première leçon seule; c'était bien suffisant : d'autant plus qu'ils devaient, pendant le reste des Matines et des Laudes, chanter sur le livre, c’est-à-dire en faux-bourdon, avec les heuriers matiniers (1738), toutes les fois qu’ils y étaient.

Ils chantaient, au début, ces leçons, entre les deux portes latérales du chœur, derrière l'autel. Plus tard, on les ramena en avant au milieu du chœur. Et, comme on ne les entendait pas, on décida, en 1521 !, de leur bâtir ce qu'on appela la légende. C'était une sorte de chaire fermée, couverte d’un tapis, accostée, croyons-nous, au jubé, et renfermant un lutrin; elle portait la date : 1539. Les enfants s'y rendaient avec l’éteigneur qui leur donnait un bréviaire et une bougie (1567) ?. Mais plus tard, en 1664, les grands enfants de chœur furent chargés de mettre eux-mêmes le livre et la lumière *.

Prime se chantait après Laudes, c'est-à-dire vers six ou sept heures, sauf au xvi siècle et surtout à partir de 1784, où cette partie de l’office fut fixée à neuf heures. Les enfants y récitaient le Martyrologe suivi du Nécrologe. Jusqu'en 1351, ils en faisaient une simple lecture, sans notes, derrière l’autel, entre les grilles de fer, où sans doute ils se chauffaient; mais à partir de cette époque, ils vinrent le chanter, avec notes, dans le chœur, même en hiver. Ils y manquèrent un jour, en 1705, parce qu'ils s'étaient levés tard,à huit heures, et le maître, interpellé, rejeta la

faute sur le grand enfant de chœur, qu'il avait chargé d'y

1 G, 340. Br., L. p. %8.

3 G. 504,117 déc.

#R. C., 1007/2, fo 154.

aller. D’autres fois, ils y commirent de grosses fautes (1731), dont leur maître fut encore déclaré responsable. Ces fautes étaient pourtant bien excusables, car ils n'avaient à leur usage qu'un vieux Martyrologe manuscrit du xiv° siècle. On le possède encore à la Bibliothèque de Chartres, et 1l garde la trace des mains espiègles entre lesquelles il était. Plusieurs enfants y ont inscrit leur nom. Ils y ont noté la mort d’un de leurs condisciples, Longpie, originaire de Saint-Quentin, en 1569 !. Ils y décochèrent aussi quelques traits contre leur maître. À la fête des Saints Innocents, ils ajoutèrent ces mots: in qua octava magister puerorum chori carere debet omni severitate. Ailleurs, ils inscrivirent cet obit d’un chanoine avare, qui ne leur avait rien légué: Obiit Umbertus.… in quo nihil habemus. C'est derrière l'autel, où personne ne les voyait, qu’ils devaient maltraiter ainsi leur vieux Nécrologe. Il n’est pas étonnant qu'en 1586 et en 1675 on ait dù l'envoyer au relieur ?.

Prime était suivie chaque jour de la messe De Beata. Les chanoines et quelquefois les heuriers, fatigués de Matines ou occupés à dire leurs messes, y assistaient peu: aussi était-elle chantée presque uniquement par les enfants. Les maîtres, en 1764, se plaignaïent qu'ils y perdissent leur voix *. Les chanoines, de leur côté, trouvaient qu'ils couraient trop vite (1762). Quelques semainiers même

allaient jusqu’à leur ordonner de se taire ; ce que le

4 Bibl. mun., 1032, p. 202.

? G. 418. fo 21, 93 v. — G. 494, 8 mai. En 1784, Labalte relia le Graduel des enfants de chœur.

3 R. G., 18 août,

Chapitre n’approuvait pas davantage !. En vérité, après Matines, Laudes et Prime. ces enfants étaient bien excusables de se fatiguer ou de se hâter.

Ce n’était pas encore tout pour eux. Après la messe De Beata, suivaient la messe d'Obit presque quotidienne, et d’autres messes fondées à la Crypte ou ailleurs, où ils devaient encore chanter: c'était après ces offices seulement qu’ils pouvaient rentrer à la Maîtrise.

Ils revenaient ensuite vers neuf heures pour Tierce et la messe du jour. À Tierce, ils chantaient le petit verset; en 1707, le jour de l’Exaltation, l'enfant s'étant trompé, le maître s’excusa sur ce qu'il n'avait pas de bréviaire chartrain. Ils assistaient aussi à la messe, même les jours fériés, et ils y exécutaient tout avec les musiciens. Avec eux, ils allaient au jJubé pour l'Alleluia et le Trait : ee qui donnait lieu à des conversations entre eux et les chanoines’ qui s’y rendaient aussi, conversations qui furent plusieurs fois défendues (1736.) À Sexte, qui suivait la messe, ils étaient encore chargés particulièrement des versets. De même à None, à deux heures et demie. A la Pentecôte de 1755, ils y arrivérent trop tard: ce qui valut encore une réprimande au maître de la part du Chapitre. Pourtant, en carême, quand Sexte, None et Vêpres se disaient tout de suite après la messe, ils Se retiraient presque tous : un seul restait pour aller averür les autres à la Maïtrise que les Vêpres commencaient.

Aux Vépres et aux Complies, ils étaient responsables des versets et de l’antiennede Nunc Dimittis, qu'ils devaient savoir

par cœur (1740.) Aux Salve Regina, ils mêlaient leur voix à

LR. G., 1007/2, f. 197, an. 1359,

celle dés chantres, tous les jours, et souvent, comme nous le verrons, ils étaient spécialement chargés de motets ou d’antiennes à la Sainte Vierge. C’est alors seulement que

leur journée liturgique régulière était achevée.

IT. — oFFICES DES GRANDES FÊTES

Telle était leur tâche ordinaire. Aux grandes fêtes elle se compliquait encore; car, au lieu de plain-chant, ils exécutaient de la musique avec symphonié, depuis les premières Vépres jusqu'aux secondes. L'Exaudiat lui-même était alors en contrepoint mesuré. En 1751, les Commis, au nom du Chapitre, réprimandèrent le maître de psallette, pour n'avoir pas préparé la messe de l’octave de la Chandeleur. Mais, en général, nous avons déjà dit que le Chapitre dut plutôt modérer la fureur musicale qui régna du xvi° au xvi° siècle, soit en exigeant et en réclamant plus de brièveté dans les morceaux (1700, 7 octobre, 1702, 20 novembre), soit en réduisant les messes en mustque aux treize fêtes principales. Dans ces occasions, les enfants chantaient ou jouaient du serpent et du basson, de la contrebasse et du violon, selon la qualité de leur voix ou leur science des instruments.

Quelques fêtes leur apportaient encore un surcroît de besogne, dont le Directoire du xiv* siècle nous donne le détail.

Le dimanche des Rameaux, ils allaient avec tout le Chapitre en procession à l’abbaye de Saint-Cheron, où se

chantait Tierce. A la fin de cette Petite Heure, ils enton-

naient l’antienne : Pueri Hebræorum, puis le verset : De ore leonis; on lisait l'Evangile : Dum appropinquaret, eton partait pour la Croix de Saint Barthélemy qui domine la cité. Tandis que l’évêque et la procession s’arrêtaient devant elle, le sous-chantre, les heuriers et les enfants de chœur en aube, la dépassaient et se rangeaient en face, le dos tourné à la ville. Cela fait, les enfants commençaient le Gloria, laus et honor, que l’évêque et le chœur opposé reprenaient. Ils continuaient la seconde strophe et les suivantes, et entre chacune le chœur opposé répétait : Gloria, laus et honor. Quand ce chant était fini, le souschantre avec les enfants entonnait l’antienne : Occurrunt, que l’évêque et sa suite redisaient encore, et aux mots: Filo Dei, les premiers faisaient une génuflexion, et les seconds en faisaient deux. Suivait l’antienne : Turba multa, reprise par l’un et l’autre chœur: l’évêque s’approchait de la Croix, faisait un sermon en plein air et l’on rentrait en ville au chant du répons: Ingrediente Domino. Cette procession à Saint-Cheron fut supprimée en 1784 : mais on en remplit les cérémonies chez les Cordeliers.

Le mercredi, le jeudi et le vendredi de la Semaine Sainte, les Ténèbres se terminaient ainsi. Après le Benedictus, deux chanoines, près de l'autel, chantaient trois fois, puis deux fois, puis une seule fois: Kyrie eleison, et à chaque coup, les enfants leur répondaient : Domine, miserere nobis. Les deux chanoines entonnaiïent ensuite : Factus est obediens usque ad mortem, et un enfant ajoutait seul : mortem crucis. Puis on priait, prosterné sur le pavé, jusqu’à ce que

le Doyen eût donné le signal de se retirer, en frappant

trois fois sa stalle,

Aux processions de Saint Mare et des Rogations, les enfants avaient fort à faire. Sous la direction du souschantre, deux d’entre eux, pendant tout le parcours en plein air, chantaient les litanies des Saints, auxquelles tout le chœur répondait. Il n’est pas étonnant qu'après cette fatigue on ait pris la coutume, comme nous l’avons vu, de leur servir dans les églises où ils allaient, des rafraîchissements et des gâteaux.

A la procession de la fête de Saint Pierre, dans l’abbaye de ce nom, un enfant et un moine s'avançaient au milieu du chœur et chantaient ensemble l’Alleluia et le répons: un chanoine chantait de même le verset avec un moine.

À la Commémoration des Trépassés, quand le prêtre avait achevé la dernière oraison, un enfant s’écriait à haute voix: Requiescant in pace, et le chœur répondait : Amen.

Aux Matines de la Toussaint, les enfants avaient le privilège de chanter tous le huitième répons, un cierge à la main, parce que c'est le répons des vierges. Cet usage délicat existait dans presque toutes les Cathédrales. À Rouen, ils portaient de plus leur amict blanc sur la tête, pour mieux représenter les célestes âmes, au nom desquelles ils louaient Dieu. Jacques de Templeuve, en 1415, s'inspirait de la même pensée, quand :ïl laissait une somme, pour que le premier répons : Missus des Matines du mercredi des Quatre-Temps d’Avent, auxquelles les enfants ne venaient pas jusqu'alors, fût chanté par deux d’entre

eux. Ce répons est, en effet, consacré à la Reine des Vierg'es!.

1 G. 1468, 15 janvier 1415.

Lara

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