‹ L'Ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres du Ve siècle à la RévolutionChapitre 71 sur 153 · VI. — CÉRÉMONIES SINGULIÈRES DES ENFANTS DE CHŒUR · texte numérisé non relu

VI. — CÉRÉMONIES SINGULIÈRES DES ENFANTS DE CHŒUR

Tel était le rôle des enfants dans les offices ordinaires : il y en avait d’autres où leur participation était absolument

singulière, - A. — L’Alleluia fouetté (l

Le matin de la Septuagésime, ils suivaient une coutume curieuse et propre à l’église de Chartres. On sait que ce jour-là l’église dépose l'Alleluia : Festum Septuagesimæ in

qua deponitur Alleluia, dit le Martyrologe, parce qu’elle se

prépare dès lors au Carême. Nos enfants, de concert avec il la liturgie chartraine, s'imag'inèrent de dramatiser cette déposition. |

D'abord, avant de se résigner à laisser ce cri de joie, on il

le répétait pendant tout l'office. Aux Vêpres, il formait à

lui seul toutes les antiennes. L’hymne lui était consacré : }

Alleluia, dulce carmen, | Vox perennis qaudu, 1 Alleluia, laus suavis | Est choris cœlestibus, Ù |

Quam canunt Dei manentes | |

In domo per sæculu. | ;

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À Matines, l'Invitatoire et les antiennes n'étaient que des Alleluias répétés. Les trois derniers répons étaient entrecoupés d’Alleluias. Ils mettaient en scène l'Aleluia pleurant sur son départ et vantant sa douceur : Alleluia, nomen bonum melius est quam divitiæ, où bien faisant appel à la justice de Dieu contre son expulsion : Alleluia, judica judicium meum.….. À Laudes, les cinq antiennes ne se composaient, comme les précédentes, que d’Alleluias. Chacun des versets du 5° psaume, Laudate Dominum de cœlis, se terminait par un ou plusieurs Alleluias. L'hymne de Laudes, comme celle des premières V êpres, était aussi tout entière consacrée aux beautés de l’Alleluia. L'oraison commençait par ces mots : Deus qui nos alleluiatici !.. Enfin, tout l'office se terminait ainsi : Benedicamus Domino, alleluia, alleluia… Deo dicamus gratias, alleluia, alleluia *.

Mais alors commençait une scène bien naïve et particulière aux enfants de chœur de Chartres. Ailleurs, par exemple à Toul et en Allemagne, on enterrait l'Alleluia, et pour figurer sa sépulture, on portait une motte de terre avec la croix et les chandeliers, en chantant et en gémissant, jusqu'à un endroit du cloître où on l’enfouissait. Ici l’on procédait d’une autre manière. La semaine précédente, comme on voit dans les Comptes de 1587 à 1595, on avait acheté aux enfants douze trompes ou toupies? et douze fouets pour 12 sols et une courroie ou peau de mouton pour 4 sols. Le jour de la Septuagésime arrivé, à la fin des Laudes, après le cri d'adieu suprême à l'Aleluia, les enfants jetaient

1 CF. Année liturgique de Dom Guéranger : Le Temps de la Septuagésime, p. 111-118.

? G. 418, an. 1586 : elles coûtaient seulement 10 sols.

leurs toupies dans le chœur! et frappant sur elles avec leur fouet, les faisaient rouler sur elles-mêmes. Ils les chassaient ainsi dans le haut de la nef, autour du chœur, et par la grande nef les expulsaient dans le parvis, pendant que tous les chanoines assemblés et une foule de peuple les contemplaient. Ces toupies, ainsi jetées dehors, figuraient l'Alleluia chassé du temple jusqu'au Samedi-Saint.

Le 28 juin 1532, le Chapitre voulut abolir ce jeu de la toupie !; mais il n’y réussit pas : il vivait encore vers 1700, et l'abbé Lebeuf ? en parle d’après quelqu'un qui en avait

entendu raconter la description à M# Godet des Marais.

B. — Le Dragon

Aux Complies de Pâques, c'était une autre fête. Quand tous les Saluts avaient pris fin, une procession s'organisait, en tête de laquelle s'avançait une croix hastée au bout d'un long manche. Suivait le draconnaire c'était un homme qui portait, au sommet d’une grande perche, un dragon, dont la gueule béante était remplie de paille allumée. À l’aide d’une ficelle on lui fai sait ouvrir ou fermer les mâchoires. Le défenseur du dragon marchait devant avec des bottes de paille ; il était accom-

pagné d’un enfant tenant une lanterne à la main pour

1 G. 340, Br., L. f. 93.

? Lettre autographe de M. Lebeuf, sous-chantre, à M. Brillon, du 7 juillet 1797, dans les Recherches sur Chartres, de Janvier de Flainville, 2e vol., p. 82. — Voir aussi les Variétés historiques, 1752, t. 111, p. 159, article de Lebeuf. I1 dit qu'autour ‘de la toupie Alleluia était écrit en belles lettres: d’or. I parle des dépositions de PAlleluia à Toul et ailleurs. — Voir aussi l’article du P. Blume, S. J. Stimmen aus Maria Laach, 21 avril 1897, p. 429-443,

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