VII. — LE REPAS DU MOUTON OÙ DE L'AGNEAU PASCAL
Le même jour, il y eut jusqu’au xv' siècle, une ronde, chorea, accompagnée d’un chant particulier. C'est peut-être ce qui, en disparaissant, donna naissance au chant du lundi de Pâques. Après Complies, les enfants de chœur et
les heuriers montaient sur les galeries'de la Cathédrale, et
en faisaient le tour en chantant des motets aux quatre points cardinaux de l'horizon, à la facade, aux deux transepts, au chevet. En passant aux cloches, ils earillonnaïent, puis le soir, ils mangeaient ce qu'on appelait à la fin l’Agneau pascal et au xvi° le Mouton (1597). Chaque année, un heurier demandaitla permission au Chapitre de faire ce repas, et, de temps immémorial (dès 1577), celui-ci accordait pour les frais du festin cent sols, auxquels sejoignaient un don de l’évêque et des présents individuels des chanoines nouvellement reçus. En 1597, le Chapitre alloua, par exception, trois livres. Chacun des heuriers, à son tour, organisait le repas: il invitait ses confrères, lorganiste, le maître de musique et les enfants. La fête se faisait à la Maîtrise, au début. Simple d’abord, elle devint peu à peu somptueuse, et dépassa tellement les subsides accordés que les traitants durent y mettre de leur poche. Elle fut aussi l’occasion d'actes d’indiscipline. Les enfants se permirent de sortir de la maison. Ces excès amenèrent le Chapitre, en 1653, à défendre cette réjouissance. L’heurier matinier Leprince reçut l’ordre de ne pas recevoir ses confrères, et les Commis distribuèrent l'allocation ordinare directement entre les heuriers et les enfants. On interdit spécialement à ceux-ci de prendre part à la fête, s'il y en avait une. Mais, dès 1655, on revint sur cette rigueur. Les heuriers recommencèrent leur repas, toutefois sans inviter le maître et les enfants. Ceux-ci protestèrent contre cette exclusion : sur quoi le Chapitre consulté, en 1656, maintint que le repas ne se ferait pas à la Maîtrise, mais
ordonna aux chantres d'envoyer aux enfants de chœur un
plat de leur table. Les choses durérent ainsi jusqu’en
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LES RÉJOUISSANCES DES ENFANTS DE CHŒUR 21 1665, où les heuriers, trop repus sans doute, manquèrent El le lendemain à Matines. Le Chapitre en prit de nouveau fi prétexte pour abolir leur festin, et, le 4 février suivant, il il défendit à Robert Le Redde, qui devait traiter les chan- d
tres, de les accueillir, sous peine d'être congédié. L’allo-
cation de cent sols fut néanmoins rétablie au bout de ù
quelques années (1670), et le Chapitre, radouci, permit de | nouveau le repas de l'Agneau pascal, comme autrefois. Es.
Mais, dès 1693, un nouvel incident lui donna lieu de relever son ordonnance de 1666, et de supprimer définitivement la coutume, cause de tant d’excès. L’heurier, Sénéchau, qui recevait, cette année-là, brouillé avec la Maîtrise, laissa de côté le maître et ses enfants. De là, un éclat. L'un des Commis, M. de Salornay, tenta de réconcilier les deux partis opposés. Il y réussit, mais c'en fut ! fait quand même de l'Agneau pascal. En vain les musiciens | présentèrent-ils une humble requête, en 169%, pour le recommencer. L'on maintint la gratification de cent sols et les dons faits par les nouveaux chanoines, que l’on répartit entre les musiciens et les dix enfants (ceux-ci comptant pour cinq) jusqu'à la Révolution. Dans la suite, on conserva l'habitude de solliciter, chaque année, cette double subvention, en plein Chapitre: mais on ne put faire rétablir l'Agneau pascal *.
A ces repas traditionnels, il faut joindre ceux que le Chapitre accordait dans les grandes fêtes publiques. En 1394, lorsqu'il apprit la conversion d'Henri IV, sa Joie
. Es : < à | fut telle qu'il offrit une collation à tous les serviteurs et {|
1 G. 3840, Br., H. f. 4 v. et G. 504.
spécialement aux énfants !. Il faut aussi signaler les repas que les particuliers fondaient pour eux. Etienne Lhomme, en 1505, en demandant que l’on chantât un motet à sainte Catherine, le jour de sa fête, après la Grand'Messe, voulut qu'on ajoutât « au diner des petits enfants, -ledict Jour, chacun ung pasté de cinq à six deniers tournois la pièce, et audict maistre ung grand pasté de trois sols tournois, et trois pintes de vin et six petits pains blanes ». Le legs fut confirmé, en 1549, par son neveu, le chanoine Michel Bart, qui avait été leur maître ?. Un autre de leurs maîtres, Nicole Grousil, en 1569 5, leur laissa, en retour de leurs prières, « deux sols six deniers tournois chacun pour une pinte de vin, un œuf, et le reste pour papier et plume ». Vincent Jolliet, encore un maître des enfants, ayant fondé, le 20 janvier 1646, une messe en musique en l'honneur de son patron, légua «aux enfants de chœur vingt sols, qui seront mis, dit-il, ès mains du maître de musique, pour leur donner à déjeuner ». De même, Jean Etienne, en 1725 ?, stipula *, pour sa messe d'Obit, qu'on y chanterait à l'Élévation le Pie Jesu, et qu'on offrirait aux enfants un déjeuner comme celui que le chanoine semainier à coutume de leur servir le dimanche. Ce dernier trait nous rappelle qu’au xvur sièele les enfants étaient servis tous les dimanches aux frais du chanoine de semaine.
1 G. 18, f. 258. — Cette même année, le 4 septembre, Catherin Fizellier, neveu du maître de musique, ayant dit sa première Messe à Sainte Foy, « tous Messieurs y assistèrent, et à l'issue de la Messe fut fait le diner en la
maison des enffans ou assistérent aussi tous mesdits Messieurs. » 2 G.1471 et 1474.
3 G. 556, 14 avril.
# G. 1487, 19 janvier et 23 août.
SG. 134, f 945 v.
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