VI. — LES REPAS OFFERTS AUX ENFANTS DE CHŒUR
Outre ces récréations, les enfants avaient des réjouissances d’une nature particulière : c’étaient des repas qui
leur étaient offerts à l’occasion de plusieurs de leurs services à l’église.
{ R. C., 2 septembre.
Primitivement, à chaque procession extérieure, sauf | en carême, on offrait au clergé de la Cathédrale, dans les | 4
lieux où il se rendait, de quoi se rafraichir et se refaire.
Mais cette coutume, dictée d’abord par la charité, était | ‘1 devenue peu à peu une charge et une servitude. Nous 1} f avons vu que, dès le xn° et le xm° siècle, plusieurs cou- | vents s’efforcèrent de la remplacer par une redevance 4 annuelle en argent, destinée en partie aux chanoines et ‘ en partie aux enfants. l
Ces repas, supprimés pour les chanoines, ne l'étaient | J
peut-être pas tout à fait pour les enfants, car le Directoire du xiv* siècle mentionne encore pour eux celui de l’abbaye | de Saint Pierre, du mardi de Pâques, et le piment de l'abbaye de Saint-Cheron, le mardi des Rogations. Il y ajoute l'absinthe mêlée de miel, qui se prenait à Saint- André, le lundi des Rogations, et la Caritas donnée à Saint Etienne, le lundi de la Quadragésime, enfin le lait qui se buvait à Saint-Maurice, le samedi de Pâques, (jusqu’en 1532).
: Le mercredi des Rogations, la série des processions se terminait par un bon déjeüner, offert dans le pupitre et dans tout le chœur, à tout le clergé, par le Doyen et le sous-doyen. Le Doyen servait au jubé ceux qui chantaïent de là les prières finales des litanies, et invitait de plus les dignitaires, les prêtres et les diacres. Le sous-doyen gardait en bas le sous-chantre, le semainier, les sous-diacres,
les autres clercs, parmi lesquels les enfants et ceux qui
répondaient aux chantres du jubé. On leur donnait du
vin et une boisson mêlée de miel, nectareo et mellito potu.
Plus tard ce furent des petits pâtés, puis du piment ou du
vin. clairet. Dans certaines circonstances, le Doyen et le sous-doyen se: libéraient par une somme d'argent. Ils firent ainsi en 1557! ; en 1594, le Doyen, par grâce, au lieu de vin clairet, donna douze sols à chaque chanoine. En 1709, il en fut pour quarante livres et le sous-doyen pour vingt-quatre : ils y ajoutaient de la cire qui se partageait entre tous ceux qui prenaient part au repas; en 1769, le sous-doyen fit distribuer trente-une livres, dont huit livres furent consacrées à l’agape des enfants, la seule qui fut conservée ?. En 1791, on changea définitivement ce festin singulier en une certaine somme.
A ces repas de procession, il faut rattacher celui qui avait lieu le jour de Saint Piat, le 1‘ octobre. Le Chapitre se rendait processionnellement à la chapelle de ce Saint, située au chevet de là Cathédrale, et y célébrait tous les offices à commencer par Matines. Chaque chanoine assistant avait droit en 1556 à un coup de vin clairet, à un petit pâté de volailles si c'était un jour gras, d’anguille si c'était un jour maigre, et à un pain blanc. On dressait des tables à la Maîtrise, une pour les chanoines, l’autre pour le bas-chœur. C'était après Matines. Le Doyen faisait les frais de cette collation qu’un chanoine du xv° siècle appelait : mos antiquus et optimus. Plusieurs fois le Doyen réclama le droit de s'acquitter de cette servitude en argent. En 1501, il donna quatre blancs (4* albos) pour chaque petit pâté (pastillo), mais ce fut sans tirer à conséquence.
En 1518, il se fit rappeler à l’ordre pour n’avoir pas offert
? R. CG. 21 janv. L’agape se donnait au xvirie siècle dans le lieu Capitulaire dénommé aussi La Chambre : le Doyen distribua jusqu'en 1769 du craquelin,
le repas accoutumé; on lui reconnut seulement le droit de ne pas faire porter les ‘petits pâtés dans les maisons. Le 28 juin 1532, on fut cependant sur le point de tout abolir. Ce projet n’eut pas de suite. Au contraire, en 1541, on se plaignit que les pâtés étaient trop petits. En 1556, on trouva qu'il était mieux de les manger à la Maitrise qu'à l’église, mais on ne les supprima point. De nouvelles tentatives pour les transformer en redevances pécuniaires eurent encore lieu en 1557 et 1560; elles n'aboutirent pas. Au commencement du xvm° siècle, on continuait le vieil usage, comme nous l’apprend ‘une lettre de l'abbé Lebeuf. En 1769, le Doyen distribuait une grande quantité de cire.
Certaines fêtes sans procession étaient aussi célébrées par un repas. Le jour de Pâques, après Complies, l’évêque donnait un pastum au bas-chœur. Les enfants v prenaient part, et leur maître fut réprimandé, en 1758, pour ne les y avoir pas menés depuis deux ans. Ce pastum consistait, en 1791, dans un jambon, un grand pâté, du
pain et du vin à discrétion.