REVENUS DES MAITRES APRÈS LEUR DÉPART
tion ou quelque charge. On donna 100 sols à Auxelle, quand il entra en religion, en 1312. D’autres devenaient maîtres de musique dans différentes Cathédrales : ce qui eutlieu surtout depuis la fin du xvi° siècle. On se souvient de Robert Goussu, maître de musique de Tours, de Bernier, de Quignon, de Homet, etc. Tous emportèrent, en partant, des certificats de bonne vie et mœurs et quelque secours. Ceux qui, après avoir démissionné, restaient dans le diocèse, devenaient curés de paroisses plus ou moins importantes, La plupart demeuraient dans l’église de Chartres même, et ils continuaient leur service comme heuriers matiniers, comme chapelains, comme chanoines de Saint-Piat et de Saint-Nicolas. Quelques-uns même étaient élevés au grand canonicat de Notre-Dame. Nous avons cité Jacques de Templeuve, au xv° siècle, Jean Guyon, au xvr siècle, Chenu, au xvur° siècle. On leur attribuait quelquefois en plus une petite retraite. Robert d'Etampes qui recevait un pain du Chapitre et 6 deniers pendant qu'il était en exercice, se vit allouer, à sa retraite, deux pains et 12 deniers par jour. Milcent, au xvin° siècle, perçut 8 livres par semaine et la distribution de la messe De Beata; on lui offrit un secours quand il fut malade. Delalande garda son canonicat de Saint Piat et toucha 9 livres de plus par semaine pour son assistance aux offices. C'était plus que
les simples heuriers matiniers.
Quant aux élèves, ils étaient d’abord tenus d'achever
leur engagement. Dès le début, semble-t-1l, -et surtout
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depuis le xvu° siècle, il était de dix ans au moins et durait de huit à dix-huit ans. Les parents s’obligeaient, par devant notaire, à laisser leurs enfants au Chapitre. Les Commis furent blämés pour avoir permis à la mère de La Coudre d'emmener son fils avant le temps. Lorsque le moment approchait, ils demandaient aux chanoines, par l'intermédiaire des Commis, la faveur de sortir à Pâques et de quitter l’habit, de ne plus être rasé à partir d’une certaine époque et d’obtenir la gratification ordinaire. Leur requête était acceptée, quand ils avaient l’âge, le temps de service, et qu’on n’avait plus besoin d’eux pour encenser, par exemple, ou pour jouer des instruments. S'ils étaient encore utiles, on leur demandait de rester un an ou deux, quand ils ne le sollicitaient pas les premiers, comme le firent Marais, en 1730, Goblin, en 1788, Chevrier, en 1485. Il y en eut un qui resta treize ans, sans doute parce qu’il avait commencé jeune. On les autorisait à garder leurs cheveux à partir de la Dédicace, de la Toussaint, de Noël, de la Purification ou de l’Annonciation, en prévision du départ qui avait lieu ordinairement à Pâques et quelquefois à la Saint-Jean. A cette époque, le Chapitre fixait leur gratification : elle consistait toujours dans un habit et dans une somme d'argent. Au xvi et au xvu° siècle, l’habit payé comprenait d’abord une paire de souliers estimée 3 ou 4 livres et un chapeau; en 1587, c'était un bonnet de 15 sols. Au milieu du xvu° siècle, souliers et chapeaux étaient estimés de 3 à 4 livres : en 1662, deux paires de souliers accordées à des sortants coûtèrent 6 livres 10 sols, et deux chapeaux
9 livres. Au xvin° siècle; l’habit fut coté au prix fixe de
50 livres, sauf en 1782, où, pour économiser, on donna aux élèves 30 livres avec leur vieil habit et leur soutane.
La gratification était modeste au xvi° siècle ; mais au xvin* siècle elle fut toujours de 150 livres, pour ceux qui avaient fait le tempsréglementaire. À ceux qui avaient servi une ou deux années supplémentaires, outre les droits d'heuriers matiniers qu'il leur avait déjà conférés, le Chapitre donnait 20, 30 ou 50 livres en plus par an, selon l'importance des services rendus. Ainsi, en 1789, Goblin reçut 50 livres pour son habit, 150 livres pour son temps, 100 livres pour ses deux années de surplus. On augmentait encore cette somme en raison des messes ou des motets composés et exécutés par les enfants avant leur départ. Généralement, on accordait 10 livres pour chacune de ces exécutions musicales, et l’on se rappelle que la plupart des grands enfants de chœur en offraient une ou deux au Chapitre avant leur départ. Quelques-uns recevaient ainsi en sortant plus de 250 livres.
Ceux qui étaient renvoyés avant le temps, pour indiseipline grave, n'avaient droit à rien. On ne leur donnait que les habits nécessaires pour rentrer dans le monde : si on leur accordait autre chose, c'était sur les instances deleurs parents. Ceux qui étaient inhabiles au service, par suite de leur manque de voix ou de leur incapacité, étaient rétribués en raison de leur séjour: on leur donnait, en moyenne, 10 livres par an et de plus un habit. Quant aux malades que la nécessité obligeait de remettre à leurs parents, on leur octrovait une forte gratification. Rouvray, qui était borgne, en 1739, n'eut pas moins de 230
livres. On leur proeurait encore un métier compatible avec
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leur mal; Fontaine, en 1709, tombait du mal caduc : on le consulta sur le métier qui lui plairait le plus : il choisit celui de relieur. Alors on lui alloua 200 livres de récompense, plus 50 livres pour son habit, et on le plaça chez un maître relieur de la ville, moyennant 20 écus par an et un pain de blé. On lui continua même son canonicat de Thiersault, tant qu'il n'y eut pas d'autre enfant capable d'en être pourvu. Il fut accepté comme petit heurier matinier à 5 sols par semaine.
Les enfants, en sortant, rentraient dans le monde ou bien restaient dans l'Eglise.
Le Chapitre traitait les premiers comme les malades dont nous venons de parler. Non content de leur accorder la gratification finale, il leur cherchait un métier !. En 1637, le 28 février, Jehan Breton, natif de Perruche en Perche, âgé de seize ou dix-sept ans, fut placé par les Commis et par le maître Jolliet, chez Nicolas Lespine, marchand tailleur à Chartres, pour deux ans..…., moyennant 80 livres, « auquel il sera tenu et promect montrer et enseigner au mieulx quil pourrait ledict mestier de tailleur dhabits durant ledict temps : luy aministrer son boire, manger, coucher, laver, chauffer : et faire blanchir son linge pendant ledict temps: bien et convenablement traiter icelluy doulcement.. Lequel Breton, appranti, a dict qu’il avoit le présent contract aggréable et a promis et promect bien et deuement servir ledict Lespine, son maistre, pendant ledict temps, en apprenant ledict mestier et en toutes
aultres choses licites et honnestes, sans le quitter ne fuyr
davec lui, ny servir ailleurs pendant ledict temps... Faict et passé en la maison canonialle dudit sous-chantre, en présence dudict S° Chantre et de vénérable personne M° Vincent Jolliet ». En 1671, un autre enfant fut loué au Coudray; en 1711, Dupont reçut, outre son habit, 40 livres pour un métier.
Si les enfants voulaient entrer en religion, le Chapitre soldait leurs frais d'entrée. Il le fit plusieurs fois au x1v° siècle. Deux enfants allèrent à Beaulieu en 1306 et en 1347 !. Au premier, on paya ses vêtements; au second, on donna 20 livres. La même somme fut allouée à Normand, pour sa prise d’habits à Saint-Père (1311), et à Symon de Villis, pour sa vêture à Coulombs (1315) *; Colin de Lanon reçut, en 1328, pro pitancia et necessariis ad induendum vestes, la somme de 35 livres, et un chanoine le conduisit à Saint-Laumer de Blois *. Martin, en 1329, fut gratifié de 30 livres pour devenir chanoine de Saint- Jean. Robin La Chienne fut présenté par le Chapitre à Saint-Victor de Paris, en 1330, et à Thiron, en 1331 #. Mais le plus grand nombre se faisait agréger à l’'Aumône) qui était toute voisine. PerrotetJean, neveux du chanoine Etienne Belot (1336 et 1338), Pierre Lequeux (1346), y reçurent une prébende au moins transitoire *.
Le Chapitre aimait surtout les voir devenir heuriers
matiniers, et si, après leur départ, ils demandaient à
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rester dans l’église comme tels, il les acceptait de grand cœur. Son rêve élait de recruter des chantres ou des instrumentistes parmi eux. D'ailleurs, la plupart des enfants sortants sollicitaient la faveur de porter les draps, c’est-àdire de chanter ou de jouer des instruments. Tantôt, ils recevaient une prébende, comme Robin de Gallardon, en 1318 !, qui fut chapelain de Saint-Vincent, curé de Gardais et de Folie-Herbaut, et Gassin Le Boucher (1362), qui fut chapelain de Saint-Mamert. Tantôt, ils gagnaient ce qu'on appelait les Matines, c’est-à-dire 8 deniers par jour; c’est ce qui fut assigné, au xrv° siècle, à Jean Guion (1338), à Jacquet (1372), à Guillaume (1379) ?. Au xvin° siècle, ils percevaient plus ou moins, selon qu'ils étaient grands ou petits heuriers matiniers. Les grands heuriers chantaient tous les jours, à tous les offices, et recevaient 4 livres 10 sols, ou 7 livres 3 sols, ou même 8 livres par semaine. Les uns faisaient haute-contre, comme Carde (1705) et Doineau (1787) ; les autres étaient basse-contre et basse-taille ; plusieurs jouaient du serpent et du basson. Les petits heuriers n’assistaient ordinairement qu’à la messe et aux Vêpres, sauf les dimanches et jours de fêtes où ils devaient être à tous les offices : ils ne touchaïent aussi que 5 sols par semaine. Mais on leur donnait de plus, aux uns et aux autres, des prébendes de Saint-Nicolas ou de Saint-Piat ou des charges d’épistolier. On se souvient que Pierre Sonesne (1462), Nicolas Furet (1486) 5, Gilles
Grouin (1482), furent chanoines de Saint-Piat, au xv° siècle, en sortant de la Maîtrise.
On leur fournissait aussi le moyen de continuer leurs études pour arriver au sacerdoce ou pour devenir des maîtres de chapelle. Pendant le x1v° siècle, on en envoya près d’une dizaine aux Universités: ils y restaient quelquefois deux ans, ordinairement cinq ans et plus. On leur faisait une pension de 10 livres, les premières années, et de 20 livres, les années suivantes, et quelquefois on leur accordait les tailles de la prévôté d’Ingré, ou même les revenus de certaines cures. Tels furent les traitements de Jean de Moreto, à l’Université d'Orléans (1325-1338) !, de Geoffroy de Vendôme (1306)?, de Guillaume Grand'Houx (1318-1338) *, de Colin de Moutiers (1342), de Jean Breton, neveu de Robert d'Etampes “. En 1532 et en 1536, on donnait encore 20 ou 25 livres aux enfants qu'on envoyait à Paris, mais on émettait le vœu de ne plus y être obligé. En 1579, on obtint d'Henri [IT par la Reine deux bourses au Collège de Navarre, dont les titulaires devaient s'appeler, selon les désirs du Roi, les boursiers de Notre-Dame de Chartres *. Malheureusement on en profita peu. Au xvu° siècle, on donnait 25 livres, par trimestre, à Simon Breton (1612 et
1614) 5, à G. Poignard et à Jehan Ber (1615), qui étaient
4 R. C., 1007/2, 48 v., 1328. Pour ces étudiants, voir nos Ecoles chartraines, pp. 388 et 439.
5 Arch., G. 1476.