‹ L'ancienne place des Célestins (souvenirs d'un Lyonnais)Chapitre 2 sur 16 · LETTRE A L'AUTEUR · texte numérisé non relu

LETTRE A L'AUTEUR

Mon Chsb Vjctobin,

Permettez à quelqu'un qui fut un instant Lyonnais dC ajouter^ pour servir de préface^ un souvenir personnel à tous ceux que vous évoquez dans cet ouvrage.

J'ai connu la place des Célestins à F époque dont vous retracez ici le tableau. Je rêvais alors la gloire du théâtre en société avec mon ami Emile Clerc j Vauteur des Cloches du soir, un vrai Lyonnais^ celui-là^ qui depuis est

L*ÀNCanflfB PULGB DBS cftLI8TlN8

venUj comme moi, chercher à Paris la réalisation de son rêve. Cétait surtout quand nous nous promenions le soir sur cette place alors si vivante f que notre esprit, excité par V animation générale, formait ses plus beaux projets. Ah ! ce Théâtre des Célestins, que nous le contemplions dCun œil respectueux ! Il n'était pourtant pas joli; il avait tout au plus Vappor rence dCune belle grange, mais cette grange était le plus important théâtre de province.

C'est là que nous voulions voir jouer nos premiers vaudevilles, dont le succès indubitable devait nous ouvrir tous les théâtres de Paris !

Il n'était pas facile aux auteurs locaux de faire recevoir une pièce aux Cèlestins; il y en avait peu d'appelés et encore m^ins d!élus.

Cependant, un jour, nous pûmes voir flamr boyer sur l'affiche le titre de notre premier essai : le Dernier Jour d'un Décaré, vaudeville en un acte, qui servait modestement de lever de rideau à Héloïse Paranquet.

L*AlfCaiIfMS rtJLCS DS8 CdELBRINB m

O HhMion de la vingtième année ! Bien que notre ehep^^osuere fit annoncé en caractères minuecfêJes et gti'Héloïse Paranqaet fût affichée en lettrées énormes j nousne voyions que le titre de notre pièce ; Vautre disparaissait dans son rayonnement ! ... Ah ! ce jour-là, Dumas fils était à peine notre égcd : Un* avait qu'à se bien tenir !... Depuis^ nous avons mis de Veau dans notre vin^ et ce vin mouillé suffU maintenant pour nous désaltérer.

En lisant votre intéressant opuscule^ ce souvenir a hanté mon esprit, et si foi pris la liberté de le mentionner ici, ce n'est que pour ajouter un simple trait au tableau si vif, si amusant et si vrai que vous avez fait de Vanr denne place des CélesUns.

Vous n'avez eu aucune prétention en écrivant cette petite histoire anecdotique. Elle pourra cependant être utilisée par ceux qui écriront plus tard V histoire de Lyon moderne ; ils trouveront dans ce récit des documents

IT L*ÀlCCIBinnB PIACB DU ciUBRlRl

aussi exacts que curieux sur ce petit coin de la seconde ville de France^ qui en fkU jadis le plus pittoresque. J'ai pris un plaisir très grand à le lire^ et ce plaisir sera goûté^ j'en suis convaincu j par tous ceux qui ont connu les anciens Célestins, et qui, heureusement, sont encore très nombreux.

Croyez-moi votre dévoué.

Hippolyte RA YMOND.

Paris, Mars £887.

Page 1