‹ L'ancienne Rome: sa grandeur et sa décadence expliquées par les transformations de ses institutionsChapitre 1 sur 60 · SA GRAJÎDEUR ET SA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

SA GRAJÎDEUR ET SA DÉCADENCE

c Ce n'est pas la fortune qui domine le monde : on peut le demander aux Romains, qui eurent une suite continuelle de prospérités quand ils se gouvernèrent par un certain plan, et une suite non interrompue de revers lorsqu'ils se conduisirent sur un autre. Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, relèvent, la maintiennent, ou la précipitent; tous les accidents sont soumis à ces causes; et si le hasard d'une bataille, c'est-à-dire une cause particulière, a ruiné un État, 7l y avait une cause- générale qui faisait que cet État devait périr par une seule bataille. »

Ces belles pensées de Montesquieu peuvent servir de préambule au travail qui va suivre, à la condition qu'elles soient portées à une plus grande précision. Les causes générales qui déterminent les destinées d'une nation résident dans l'ensemble de ses institutions, comme les causes de la ruine d'un État à la suite d'une seule défaite se trouvent dans la faiblesse de sa constitution militaire.

Un général, quelles que soient sa valeur et sa capacité personnelle, ne triomphera point d'une armée adverse si ses troupes sont trèsinférieures à celles de l'ennemi en armement, en formation ou en instruction. L'homme d'État est limité de même dans ses moyens d'action par des institutions et des mœurs qui portent le poids du passé.

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L'histoire ne doit ni attribuer à un fait tout ce qui en est la suite ni faire porter sur un Ijj^inme d'État l'entière responsabilité d'événements découlant d'une situation préexistante. Elle ne pourra parvenir à tirer du passé des lumières capables d'éclairer les nations pendant leur marche, qu'en déterminant l'influence des institutions sur le sort des peuples qu'elles ont régis.

Cette étude présente une première difficulté provenant de ce que^ ^ les institutions sociales, administratives, militaires ou politiques, réagissant l'une sur Tautre, subissent presque continuellement, mais tantôt ensemble et tantôt séparément, des modifications très-sensibles.

Les institutions d'un peuple ont une sorte de vie qui leur est propre; elles grandissent, décroissent et meurent à l'instar des êtres organisés. Leurs transformations sont comme le développement naturel du germe où elles ont pris ndssance.

Rome a grandi par les armes, et son empire s'est effondré sous les coups répétés de ses nombreux ennemis; on en peut conclure que ses institutions militaires ont fait sa destinée. Mais comment et pourquoi ces institutions ont-elles passé avec le temps d'une extrémité à l'autre ? Quelle a été l'influence réciproque des institutions militaires et de la constitution politique de l'État ? Comment le caractère et les mœurs du peuple ont-ils été affectés de ces changements ?

Tel est le sujet traité dans ce livre qui suit les transformations de la constitution de Rome pendant le cours de douze siècles. On y trouvera, si je ne me fais point d'illusion, la clef d'un certain nombre de problèmes dont la solution importe au premier chef pour acquérir la connaissance des causes de la grandeur et de la décadence des Romains.

Je ne saurais mentionner ici tous les travaux contemporains dont je me suis servi, mais je ne dois point omettre de dire que j'ai tiré grand profit des ouvrages de M. Fustel de Coulanges.

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