‹ L'ancienne sylviculture et la nouvelle: expose et discussion evolutionChapitre 6 sur 10 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

31. — Rien n'est plus facile que la méthode du contrôle^ elle est accessible à tous, et s'applique à toutes les ciillures de Tarbre.

Chacun peut, en effet, inventorier des arbreset comparer des inventaires. Mais ce sera surtout affaire d'ingénieurs qui y apporteront une habile,té à laquelle on s'empressera de recourir parce qu'elle sera comprise.

Par le contrôle, et sans qu'il soit nécessaire d'en connaître scientifl-r quement les causes, la végétation arborescente devient une force asservie, d'une incomparable puissance, dont il est possible de prévoir et régler la marche.

32. — D'une superficie totale de cinquante-trois millions d'hectares, la France compte 9,5 millions d'hectares de forêts, et, par conséquent, 42,5 millions d'hectares qui en sont dépourvus, bien qu'ils ne soient pas sans arbres. C'est même là que Tarbre est le plus et le mieux cultivé, mais insufSsamment.

Dans les forêts Taitre est surtout à l'état sauvage. L'exploitation se fait en coupe réglée sur une partie de leur étendue et sans aménagement pour le surplus. Mais les méthodes d'aménagement de l'ancienne sylviculture reposent sur des conceptions arbitraires, et elles ont pour effet, d'après la statistique, de réduire la production des forêts qui y sont soumises au-dessous de celles qui ne sont pas aménagées.

à3 —La nouvelle méthode feracessercette anomalie. Elle a été admise à l'exposition universelle de 1878; mais le cahier d'aménagement présenté sur la forêt des Éperons fut classé, par erreur ^ns doute, dans la librairie, et y resta iijaperçu.

A l'exposition de 1889, classée d'une manière plus rationnelle qu'en 1878, la méthode 4u céntrôle obtint la médaille d'argent. Les résultats de son applieation à l'enseajble des forêts de la France, établis d'après les documents exposés et pour des périodes d'une durée de six ans, se présentent de la manière suivante (0 :

(i) V. Méthode du contrôle à Vexposition universelle de 1889. — Besançon, P. Jacquin, 1890.

CooQle

. Ancienne méthode, de 1884 à 1890, matériel immoT^ilisé enmillions de mètres cubes 125Û

Coupe ou accroissement annuel moyen à 2 o/o . . . . . . 150

Nouvelle méthode, 1" période de 1890 à 1896, matériel initial. 1250 Accroissement annuel moyen à 6 o/o pour la période de 6 ans 450

Coupe de la période moindre que Taccroissement. 210

Capitalisé en forêt 240 240

2« période de 1896 à 1902, matériel initial . . 1490

Accroissement annuel moyen à 6 % pour la durée

de la période 536

Coupe de la période supérieure aux besoins de la

consommation et moindre que Taccroissement, . 210

Capitalisé en forêt 326 326

3« période de 1902 à 1908, matériel initial . 1816

Accroissement annuel moyen à 6 o/o pour la durée

de la période 654

Coupe de la période moindre que l'accroissement. 210

Capitalisé en forêt 444 444

Matériel final au bout de 18 ans . . . 2260

34. — En résumé, la consommation de la France en bois communs exige dix millions de mètres cubes de plus que la production. Le déficit vient de Tancienne sylviculture, dont les défauts peuvent être rectifiés immédiatement et sans frais.

Avec la sylviculture nouvelle on peut couvrir immédialement six fois le déficit, et en trois périodes de six ans, en tout dix-huit ans, doubler le matériel d'exploitation et quadrupler le revenu, sans arriver encore à la limite supérieure du progrès possible sur les 9,5 millions d'hectares de forêts.

35. — Si du surplus du territoire, 42,6 millions d'hectares, on retranche les trente millions d'hectares voués à la culture, il reste 12.5 millions d'hectares. En retranchant de ce chifire 500,000 heclares pour tenir compte de l'emplacement des villes et des villages, des routes, lacs, étangs, etc., il reste douze millions d'hectares, que l'ancienne sylviculture est impuissante à fertiliser, malgré des^iiépen ses inutilement exagérées jusqu'à ce jour, et que la sylviculture nouvelle fertilisera à peu de frais et en peu d'années.

36. — Dans les trente millions d'hectares cultivés Tarbre est insiîflSsamment associé aux cultures. Elles en subissent les conséquences sous les formes les plus inattendues : le climat se modifie, les abris font défaut, les insectes se multiplient dans des proportions calamiteuses. On remédie au mal, il se reproduit sous une autre forme; il faut en tarir la source par la culture de Tarbre.

Au profit qui en résultera par suite de la diminution des frais généraux et de l'augnientation des récoltes s'ajoutera le produit des arbres, bois et fruits. Pour ne parler que du chêne et du hêtre, la sylviculture nouvelle, par le rétablissement de la futaie sur les vingt millions d'hectares, tant de forêts que de terrains improductifs, fera de nouveau abonder le gland et la faine, et rétablira l'élevage des porcs dont la France, jusqu'au XV® siècle, avait conservé le monopole, qui passa à l'Allemagne, puis à l'Amérique. Il en sera de même pour la laine et d'autres produits venant surtout des pays neufs. Les troupeaux nuisent à la forêt sauvage et au sous-bois sans valeur, que l'ancienne sylviculture subordonne à la futaie. Il n'en est pas de même avec la sylviculture nouvelle; elle subordonne tout à la culture de l'arbre, à la production de la futaie, qui seule est rémunératrice et n'exclut pas le pâturage.

37. — Il est inutile de supputer numériquement les profits de cette réforme. On s'exposerait à des exagérations évidentes, caria valeur d'une réforme dépend de la manière dont elle se fait. Remarquons seulement qu'elle doit partir de l'initiative des particuliers, qui sont les meilleurs juges de leurs intérêts, et qu'elle se fera par entraînement populaire, c'est-à-dire rapidement et à peu de frais.

' Dégagés de leurs attributions fiscales et policières, qui compriment l'essor de la population, les agents forestiers deviendront des ingénieurs et, en quelque sorte, les inspirateurs de ce grand mouvement de rénovation sociale auquel il est impossible d'assigner des limites. La France et l'Algérie en profiteront d'abord, mais le bien est contagieux (0.

(1) V. L'Arbre et la paix. — Bulletin de la Société des Amis des arbres dans le département du Douas y n°" 9 et 10.

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