‹ L'ancienne sylviculture et la nouvelle: expose et discussion evolutionChapitre 5 sur 10 · ÉVOLUTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION HISTORIQUE

23. ■'— L*art foreslier débute avec la coupe par contenance, principe de la méthode française. Elle est prescrite par l'ordonnance de Charles V du H juillet 137G W. La coupe doit se renouveler quand le peuplement sera rétabli, et le nombre d'années' nécessaire pour ce rétablissement est la révolution des coupes. Tel est le principe. .

Mais comment fixer la révolution? 11 est évident qu'en coupant peu la révolution sera courte, qu'elle augmentera quand on coupera davantage et qu'il s'agira de produire des arbres de fortes dimensions.

(1) Sylviculture française, P. Jacquin, Besançon, 1SS4. Iq-8* de 94 pages. « Le» ventes de coupe» de nos bois seront faites par ^rpens, à tire et aire, et non par piedB d'arbres. » — Ordonnance de 1376, art. 46 tCode de Henry lll).

Le choh delà révolàtian est Décessairenienl arbitraire, puiscfd'il dépend de la manière défaire laconpeel des besoins de la cons^oinmation. Enfin la forêt est une caisse d'épargne à laquelle on emprunte souvent avec excès et sans se rendre compte. Avec le taillis simple, point d*erabarras ; on fait coupe rase ; mais la difficulté naît avec le taillis composé et grandit avec la futaie pleine. L'ordonnance de Charles IX, août 1573(0, prescrit la révolution de cent ans, et Saint- Yon indique que cette révolution est le tiers de la longévité admise pour le cbène.

24. -^ A partir de ce moment, deux opinions se dessinent; Tune tend à abréger et Tautre à allonger les révolotions. Celte dernière opi* nion domine encore à présent et ne snbsiste que par suite de incertitude du contrôle dans Tancienne sylviculture. Appliqué à l'âge des arbres, il ne peut donner de résultats ni pour le traitement et Tamépagement ni même pour les études scientifiques.

On admet qoè plus on allongera les révolutions et meilleure sera la production ligneuse en quantité et en qualité, et c'est le contraire qui a lieu quand on laisse la forêt dépasser le terme auquel l'état normal est atteint.

C'est à l'opinion favorable à l'allongement des révolutions que se rat- Tachent la méthode allemande dite du réensemencement naturel et des éclaircies, et en France la méthode dite simplifiée. Ces deux méthodes consistent à substituer par des procédés empiriques la coupe par volume à la coupe par contenance. Cette conception arbitraire adoptée par l'enseignement officiel et par le régime forestier a enrayé le progrès cullural pendant plus d*un siècle.

25. — Les partisans de l'opinion contraire arrivèrent progressivement à la demi-futaie, au tiers et au quart de futaie. La coupe se faisait toujours pas contenance, mais à cinquante ans et au-dessous, et même à vingt-cinq ans. La forêt atteignant l'âge de trente ans, sans avoir été coupée, était réputée futaie.

C'est de la forêt résineuse que vint le progrès final. Elle se coupait toujours par pieds d'arbres et on eut l'idée de la soumettre au tire et aire,

(1) • Ordonnons qu'en chacune de nos forêts, bois et buissons, à nous appartenant, sera fait vente et coupe de bois, par chacun an, de la quantité d'arpenis, déclarés particulièrement en Tétat et département qu'en avons fait, avec telle proportion qu'en cent ans et non mcûndre temps, les l)ois qui se couperont paissent revenir en bois de haute futaie. Charles IX, i^ août 1573 (Gode de Henry III).

mais ea changeatit le mode de inarlelage* U se fai^ail en )*éserve âaas la forèl feuillue et on le fit en délivrance dans la forêt résineuse.

Après la coupe la forêt feuillue se garnit de recrû et de rejets, mais les résineux ne donnant pas de rejets, le sol se regarnit lentement et est envahi par les végétations accessoires que Ton évite avec la coupe par pieds d'arbres. Elle ne découvre le sol que dans la mesure nécessaire.

26. — A ce moment révolution est complète et Ton revient au principe cultural que le tire et aire avait subordonné au principe de Tordre dans la forêt, L'arbre, en effet, ne saurait échapper à la loi de la famille. Dans la forêt il forme des groupes composés de sujets différant entre eux d'âge et de dimensions^ envahissant de proche en proche, et dont il s'agit de régler Tagencemenl dans la composition du massif par la coupe pérîodique. Et cette réglementation doit être faite dans le plus grand intérêt de la végétation, du propriétaire de la forêt et de la société elle-même^ car Tantagonisme prétendu sur lequel se fonde le régime forestier, et, en général les lois d'exception, n'est trop souvent qu'une arme au service d'intérêts plus ou moins parasites,

. 27. — L'ordonnance de 1669 avait ouvert la voie en prescrivant par forêt des règlements temporaires, et c'est Maclot (0, chargé en 1724 de la réfor^ mation des forêts affectées aux salines de Salins, qui y entra le prenûer, en fixant par pieds d'arbres la possibilité de la coupe à tire et aire, La périodicité des coupes était de durée variable de 8 à 25 ans. Avec celte dernière périodicité on exploitait dans la coupe tous les arbres dépassant un minimum de grosseur!*^) déterminé. Avec les périodes de courte durée, tous les arbres dépassant le minimum de grosseur formaient un étage supérieur de végétation dans lequfîl on prenait la coupe en choisissant de préférence les arbres mûrs et ceux que réclamait la consommation. Tels sont les débuts du jardinage, dont les défauts sont l'insuffisante fixité de la coupe et l'incertitude de la possibilité.

28. — De la coupe par contenance dépend l'ordre dans la forêt, et on s'attacha d'abord à l'établissement des divisions fixes pour servir à l'as-

- (1) Louis-Marie Maclot, grand maître des forêts au département de Champagne, çonseiUer du roî en ses conseils, commissaire départi (en 1724) pour la réformation des forêts affectées aux salines de Salins. .

(2) Le minimum 4« grosseur était, dans les bois du domaine, de quatre pieds de tour, et. dans les bois des communes, de trois pieds de tour, mesures prises à quatre pieds de hauteur.

sîelte des coupes. L'arrêt du conseil du 29 août 1730, servant de règlement pour les bois de Franche-Comté, prescrit le partage de la forêt en dix divisions devant être exploitées à la période de dix ans, une chaque année« La possibilité de la coupe était Hxée chaque année à Télat d'assiette, d'après les ressources de la division en tour et les besoins de la consommation, c'est-à-dire arbitrairement. Et tant est grande la force de riabilude que, dans la forêt domaniale, c^nt ans plus tard on arpentait encore comme au début la coupe Maclot, et chaque fois on la portait sur les points offrant le plus de ressources. 11 y a même des propriétaires et des forestiers qui n'ont pas encore adopté la coupe par contenance.

29. . — Pour obvier aux inégalités de revenu, on proposa de remplacer les divisions d'égale. contenance par les divisions de contenances inversenpent proportionnelles à la fertilité. On croyait alors, et l'on croit encore souvent aujourd'hui, que la productivité est inhérente aux conditions d'habitat de la forêt. Mais le contrôle montre que le mode d'exploitation exerce une influence prépondérante sur le développement de la fertilité, sur la productivité de la forêt, influence probablement due à l'action de la lumière réflexe, stimulée par la périodicité des exploitations proportionnelles à l'accroissement. Du reste^ on n'indiquait aucun moyen de déterminer les contenances inversement proportionnelles à la fertilité et l'on en voit la raison. Il n'y a que la notion de l'accroissement qui puisse en rendre compte. Cette donnée, base de la sylviculture nouvelle, est, on ne saurait trop le répéter, fournie par le contrôle.

30. — L'égalisation des coupes annuelles est facile. Il suffit que le nombre des divisions fixes soit plus grand que celui des années de la période, et on procède de la manière suivante.

Au moment de la prévision, au début de la période, on détermine d'après l'accroissement constaté dans la période écoulée la part contributive de chaque division à la possibilité de la période à venir. Le total exprime la coupe de la période, et le quotient par le nombre d'années delà période la Coupe annuelle.

L'égalisation résulte du classement des divisions. Elles reviennent chacune pour sa part contributive, autant que possible, dans le même ordre. La forêt se trouve ainsi exploitée par contenance inversement proportionnelle à la fertilité et par volume proportionnel à l'accroissement.

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