‹ L'ancient et le futur Québec [microforme]Chapitre 5 sur 6 · BD · texte numérisé non relu

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mais encore plus peut-être le nord-est, cet ennemi trad tionnel de Québec, qui lui énleva un étage en 1624, Out Je château, il y avait le: fort comprenant le magasin, le casernes, etc., le tout entouré d’un rempart en bois, L successeur de Champlain, Montmagny, fit élever un ren part de cèdre et de chêne ‘s'étendant jusqu’à la placs d’Armes, rempli de terre, surmonté de canons et entour d’an fossé. En 1629, Champlain, resté seul dans son fort. fragile, n'ayant ni vivres, ni munitions, ni soldats, f oblicé de capituler: devant l'amiral Kertk qui venait s’em parer du‘Canada. Toute la petite colonie’ naissante dût quitter Québec et s'en retourner en France, mais trois ans plus tard, par le traité de St. Germain-en-Laye, l’ancienne mère-patrie recouvrait le Canada, et (Champlain y revenait l’année suivante.

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Plus d’un demi-siècle s'était écoulé, et l’on touchait à la fin de l'année 1690. L'homme qui gouvernait alors le Canada était le comte de Frontenac, le plus grand nom de tous les vice-rois de la Nouvelle-France. Les colonies américiines, exispérées de l’audace aventureuse de nos petites | expéditions qui traversaient d'immenses étendues de forêts pour aller porter le deuil et la ruine jusque sur leur territoire, avaient équipé à leurs propres frais une flotte pour assiéger Québec, et levé une armée pour envahir le Canada par terre, T’armée ét:it commandée par Winthrop; elle échoua dans sa tentative dès les premiers pas ; la flotte, commandée par Sir william Phipps, arriva devant Québec le 16 Octobre 1690, en même temps que Frontenac y ramenait en toute hâte la petite armée avec laquelle il était allé combattre Winthrop. Aussitôt l'amiral afglais crut devoir envoyer un officier porteur d’une sommation de se rendre au comte de Frontenac ; cette sommation ne lui donnait qu'une heure pour faire connaître sa réponse, et exigeait qu'il se rendît à merci,

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L'officier anglais, portant un pavillon blanc, était à peine débarqué, qu’on lui mettait un bandeau sur les yeux et qu’on le conduisait au fort, par toute sorte de détours, pour qu’il entendît le bruit des préparatifs de défense qu’on faisait et qu’il sentît le nombre des obstacles qui barraient le chemin de la Haute-Ville, (Il était resté beaucoup de ces ? obstacles jusqu’au pavage de la côte l’année dernière, tou- | jours par amour de l'antique). Tout ce qu'on put imaginer pour tromper l'officier anglais et lui faire croire que la garnison était nombreuse, on le fit, jusqu'à ce qu'enfin, toutà-coup, le bandeau fut enlevé de ses yeux. ... il était dans le fort nême, en présence du gouverneur, de l’évêque, de l’inteudant et du brillant état-major français en grand uniforme. Immédiatement, il tendit sa sommation, qui, tra. duite aussitôt en français, fit dresser d’indignatien et de colère tous les officiers réunis, L'un d'eux voulait même qu’on traitât le parlementaire. comme l’envoyé d’un corsaire ; mais le comte de f'rontenac, obligé de se contenir, répondit simplement qu'il ne reconnaissait même pas le roi d'Anpgle- Mterre d'alors, ci-devant prince d'Orange, qui avait usurpé

de trône sur le dernier des Stuarts réfugié en ce temps là à Ja cour de France ; que, quand bien même Phipps of. friruit de meilleures conditions, il ne pouvait les accepter i placer la moindre confiance dans la parole d'un homme Qui manquait de loyauté envers son propre souverain, et “qui avait oublié tous ses bienfaits pour suivre la fortune d'un étranger .,..

L'envoyé de Phipps demanda alors que ectte réponse fût aise par écrit : sur quoi Frontenac l’arrêtant : ‘ Ma réonse, s’écria-t-il, je vais la faire pur la bouche de mes caons. Allez dire à votre maître que ce n’est pas de cette anière que l’un somme un homme eomme moi.” Cette Mfière réponse restera comme une de ces paroles héroïques qui traversent tous les âges et dont le souvenir devient

classique dans la mémoire de chaque peuple. Et cependant, l'homme qui la faisait, allait défendre contre une flotte nombreuse une petite ville, une bicoque, qui n’avait pas pour trois jours de provisions et qui était dans un horrible état de confusion et d’alarme. Si le siége eût duré seulement huit jours, Québec affamé aurait été obligé de se rendre. Au bout de 3 à 4 jours de bombardement, la garnison était déjà en proie à la famine, les religieuses ne mangeaient qu'un morceau de pain par jour, et les soldats n’attendaient même pas que le leur fût cuit, tant la faim les dévorait, et ils eurent bientôt dévasté les jardins, mangé tous les fruits et les légumes, de sorte qu’il ne restait plus rien, rien pour se nourrir, et Québec allait être vaincu par la famine, plus terrible que l’ennemi, lorsque heureusement, celui-ci leva le siége après une semaine de bombardement inutile, et notre vieille capitale fut encore une fois sauvée, Rappelons un exploit mémorable de ve siége. Un officier français, du nom de Maricourt, pointant un des canons du fort, abattit le pavillon-amiral de William Phipps: aussitôt ! deux canadiens se jetèrent à la nage, et allèrent le ramasser hs dans le fleuve sous le feu même de-l’ennemi : ce drapeau resta suspendu à la voûte de la cathédrale jusqu’à la prise de Québec en 1759. Huit ans après mourait Frontenac, et son enterrement avait lieu à l’église des Récollets. Aujourd’hui, le seul souvenir qui reste de ce grand homme, dans la ville qu’il avait si héroïquement protégée, est la petite rue Buade qui s'étend du bureau de poste au marché de la haute-ville. En général, du reste, nos rues ne brillent pas par les souvenirs qu'elles consacrent ; elles servent admirablement à rappeler les noms de tous les saints du calendrier, excellente chose dans un pays où on les oublie tant, et elles nous offrent un nouveau genre de litanie qui a l’incontestable avantage de se substituer à ce qui formerait comme une é‘ucation historique et populaire de

notre ville, si un certain nombre de nos rues, que les saints protégeraient tout aussi bien quand même. elles ne porteraient pas leurs noms, s’appelaient Iberville, Talon, La Salle, Marquette, Juliet, Brébœuf, Lallemant, Colbert, Bienv:lle, de Beaujeu, Lévis, Montcalm, Bougainville, Caillières, Tracy, Carletou, Papineau, Vallières, Du Calvet et tant d'autres pour se terminer enfin par Dufferin, nom qu’on donnerait au boulevard de ceinture, qui, je l’espère bien, ne s'appelle pas boulevard St, Pancrace.

Du temps de Frontenac, une redoute s'élevait à cent pieds au-dessus du château, sur la pente même du cap Diamand ; le fort, qui formait un vaste quadrilatère, était bordé d’une galerie avec balcon dans toute sa longueur, Vous savez que le château St. Louis s'élevait sur la crête même du cap, à l'endroit où se trouve aujourd’hui la plateforme, et que les piliers qui soutiennent celle-ci, espèce de bar-

#cane reposant dans le roc, n'étaient autres que les fondations de cette ancienne demeure vice-royale. A la fin du siècle dernier, comme le château vieillissait, on en construisit un autre, que vous pouvez voir aujourd’hui sous la forme de l'Ecoie Normale, et en 1809, sous le gouverneur Craig, on répara l'ancien château qui avait continué d’être la résidence des officiers du gouvernement. (C’est alors qu’on donna à ce dernier le now de nouveau château, tandis que le vérital e nouveau, celui qu'onavait fait récemment, prenait le nom d’ancien et devenait le lieu des grandes régeptions,

Le 23 janvier 1834, un feu terrible se déclara tout-à-coup dans l'antique etglorieux édifice où les vice-rois de la France l’un après l’autre avaient demeuré, que lessiéges suocessifs de Québec avaient laissé intact, et qui avait regu, pendant plus de soixante ans, une longue série de gouverneurs anglais,

C'était l'hiver ; il n’y avait pas alors d’aqueduc, on ne con+ näissait pas non plus les pompes à vapeur, à peine y avaitil même de l’eau qu’on étüit obligé de faire dégelér au fur età mesure, de sorte que les flammes ne tardèrent pas à envelopper l'édifice tout entier et à le consnmer sous les yeux de milliers de citoyens impuissant: à conjurer le désastre. Le château ne fut pas rebâti, mais on en rasa les rui* nes et on les remplaça par la terrace Durham qui fut ouverte au public en octobre 1838, et prit le nom du fastueux gouverneur, homme d’état remarquable autent que pompeux gentilhomme, qui rattachait des provinces ensemble comme il menait des voitures à quatre chevaux. L'union des deux Canadas suivit de deux ans la construction de la plateforme ; mails on ne songea pas à imiter cette tradition, et à prolonger la même plateforme jusq'au glacis, lorsque, 27 ans plus tard, les provinces furent réunies en confédération.

Ce qu’un gouverneur anglais avait eonçu et fait en partie, un autre veut le continuer ; mais, cette fois c'est plus difficile ; il faut compter non-seulement avec le bon vouloir de 210 membres, dont les trois quarts sont tout-à fait indifférents aux projets de Lord Dufferin, mais encore avec la mauvaise fortune obstinée qui s'attache à tout ce qui est entrepris en faveur de Québec, mauvaise fortune, soit dit entre parenthèses, que nous-mêmes contribuons par dessus tout À nourrir, comme s’il nous ‘était impossible d’être d'accord une seule fois sur les moyens à prendre quand nous le sommes absolument sur l'objet À poursuivre. G

Un pont de fer, passant au-dessus dela côte de la Montagne, mettra de niveau en les unissant la terrace du parlement et le terrain sur lequel s'étend la plateforme. Le voyageur, un instant éblout par l'aspect merveilleux de notre corps législatif, admirera le nouveau bureau de poste qui a conservé sur son frontispice le chien d’or et sa légende insépa-

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rable, (Cette légende remonte au temps de l'intendant Begon, un gaillard avec lequel il n’était pas hon d'être en désaccord, En 1712, un marchand considérable de Québec, Mr. Philibert, occupait une maison là même où s'élève au. jourd’hui le bureau de poste, Ayant eu quelques démêlés avec Mr, Begon, et désespérant d'obtenir justice d’un homme qui avait sur lui tous les avantages de la position et des ressources, il s’en vengea en faisant sculpter un chien rongeant patiemment un os en attendant que son jour arrive, Parfaitément édifié sur le sens de cette légende, l’intendant ne craignit pas, pour avoir raison d’un homme qui le gênuît et le bravait presque, de le faire assassiner par un officier de la garnison. Cet assassinat eut lien dans la côte de la . Montagne, et le meurtrier dût prendre la fuite. Else sauva jusqu'aux Indes, mais ce n'était pas encore assez loin pour échapper au bras d’un frère de Mr. Philibert qui, ayant enfin découvert le criminel, le’ provoqua à se battre avec lui et le tua sur place à l’autre bout du monde.

Quelques pas plus haut que le bureau de poste est l’uncien hôtel du gouvernement, où divers bureaux sont maintenant installés. Cet édifice fut construit en 1803 et destiné d’abord a être un hôtel pour recevoir les voyageurs. Ile servit pas longtemps à cet usage et fut acheté à l'enchère par le jugé-en-chef de la. province qui le loua au gouvernement pour y mettre les bureaux publics; c'èst aussi là que s'est réunie longtemps la société historique de Québec, fondée en 1824 par lord Dalhousie qui lui fit présent d’une belle collection de minéraux et de sujets d'histoire naturelle.

En suivantle boulevarä, le long de la plateforme, jetons un coup-d'œil sur les-murs earbonisés du palais de justice qui fut construit en 1804; et: qui, déjà à cette époque, était jugé trop petit pour remplir convenablement. son objet. Mais il

n'était pas encore assez petit pour échapper au terrible fléau

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qui a emporté un à un tous les édifices de Québec, et, le 1er février 1878, il passait comme tant d'autres au feu, sans avoir eu la force de se relever depuis, et saus pouvoir trou. ver, lui qui avait abrité trois générations d'avocats et qui ‘ avait, pendant soixante-dix ans, retenti des éclats de leurs voix, un seul d'entre eux assez bavard pour demander sculement qu’on le reconstruisît, ou du moins qu’on cessât d’affliger nos yeux du spectacle de cette ruine qui semble fumer encore,

Nous continuons toujours ; avec nous s’avance ia plateforme qui a repris son mouvement interrompu pendant trente années; la voilà qui s’avance, et qui s’avance sans cesse jusqu’à ce qu'elle atteigne le pied du glacis, sa limite naturelle. Une fois parvenus là. un chemin nouvellement pratiqué nous conduira jusqu'au Château St. Louis que lord Dufferin veut faire construire sur le point culminant du cap, à l'extrémité est de la citadelle. C'est le terme de notre promenade, si longue à décrire, et si courte à parcourir, Mais avant d’escalader le glacis, arrêtons en passant un regard sur le monument de Wolfe et de Montcalm qui, derrière la batterie masquée du jardin du gouverneur, au pied même de l’escarpement que couronne le bastion du roi, semble une sentinelle adossée au cap ét plongeant au loin son regard sur le fleuve, Voilà bientôt cinquante ans que cette sentinelle de pierre regarde à travers les orages et les brouillards du St. Laurent, à travers les nuits épaisses et les sifflément: aîgus du nord-est dont la vrix couvrirait celle des carc:::, s'il ne vient pas quelque nouvel envahisseur avide d\ nous démolir à son tour jour nous posséder ensuite, Mais son œil se fatigue en vain à sonder les perfides détours du St. Laurent, les sombres hauteurs de Lévis et ses rivages muets; nous n’avons plus 'un ennemi dans je monde entier, et les ombres réunies de Montcalm et de Wolfe sous la pierre de leur monument, peuvent

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s'embrasser en paix dans un immortel repos. Ce ne sont pas du réste nos rempurts ni les foudres qui les surmontent que l'ennemi aurait à crairdre aujourd’hui, et je crois'qu'ils lui feraient moins de mal qu’à nous-mêmes; les premiers nous voleraient à la fizure en éclats si les projectiles modernes les battaient en brèche, et les seconds refuséraient de partir ou nous éclateraient dans les mains

Mais revenons à ce qui nous reste à dire pour compléter ce tableau historique auquel le monument de Wolfe et Montcalm apporte le dernicr et peut-Ctre le plus touchant souvenir,

C’est leler novembre 1827 que lord Dalhousie, après plusieurs démarches pour remplir le pieux dessein qu'il avait formé d'élever un monument. unique. aux deux héros de la dernière guerre franco-anglaise en Amérique, réussit à rassembler pour cet objet un certain nombre de souscripteurs au: Château St, Louis. Quinze jours après avait lieu la pose de la première pierre, au milieu d’une des plus mémorables solennités; toute Ja, garnison était sous les armes et toutes les sociétés en uniforme ; les francs-maçons se signalèrent età eux revint l'honneur du principal rôle de la journée. C'est là au’on. vit, à l'âge de 95 ans, le vieux sergent Thompson, qui avait été le compagnon d’armes de Wolfe, venir.donner sur la pierre ses trois coups de maillet d'une main qui ne tremblait pas encore, Dix mille personnes regardèrent pendant une minute à jamais solennelle ce vétéran centenaire qui sémbluit comme un siècle vivant, debout et en armes, venant déposer sur une pierre muette, et comme pour servir de base au :monument qui allait s'élever, le monument impérissable de l’histoire. Puis, les canons de la citadelle retentirent et des feux de joie illurminèrent son front rétentissant ; la fête se prolongea bien avant dans la nuit,;-et les mânes des deux héros, se promenant de concert, durent trouver qu'il ÿ a singulière-

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ment d’exagération dans ce qu'on appelle le sommeil éternel: mais c’est le sort des grands hommes de faire encore plus de bruit après leur mort que de leur vivant, Tant qu’ils vivent, ils font eux-mêmes tout le bruit qu'ils veuleut, mais dès qu’ils ne sont pius, c'est la postérité tout entière qui s’en mêle. |

La pierre fondamentale du monument avait été perforée de façon à recevoir un dépôt des monnaies d’or, d'argent et de cuivre de l’époque, et, au-dessus de la cavité, fut rivée une plaque contenant l'inscription commémorative. Ce monument était l’œuvre d’un capitaine de l'armée anglaise, et ne put être fini que giâce à la libéralité du gouverneur, malgré que les citoyens eûssent souscrit 700 louis. C’est le seul monument de sculpture classique qu’il y ait à Québec ; il a la forme d’un obélisque et mesure en tout 62 pieds de hauteur, six pieds sur près de cinq à la base, et au sommet 3 pieds sur 24. Le huit septembre 1828, il était complété, et, ce jour là même, le comte Dalhousie, appelé au gouvernement de l'Inde, quittait le Canada. Sur une face du sarcophage se lit l'inscription suivante, dont je n'essaierai pas de traduire l’expressive et énergique concision : ‘ Mortem virtus communem, famam historia, posteritas monumentum dedit:” puis, sur chaque face latérale, se détache en grosses lettres un seul nom : Montôalm, Wolfe.

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Ave deux noms semblables, je voudrais bien terminer ma conférence ; ce serait comme l'éclair réussissant enfin à percer le nuage, mais il me reste encore le plus difficile à faire, c’est de savoir finir, Depuis Bourdaloue qui avait commencé son oraison funèbre de Louis XIV par cette éclatante exclamation ‘ Dieu seul est grand,” et qui ne -sut plus quoi dire aprè: ces quatre mots, que d'œuvres sont

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restées incomplètes, et d’autres simplement ébauchées! Ainsi, me voilà parvenu à l'extrémité de la plateforme et je ne sais pas comment atteindre le sommet du cap, à deux pas seulement, ni aborder le château St. Louis dont je vois pourtant le pont-levis abaissé, les archers inoffensifs et les créneaux muets. Avoir fait le tour de Québec et découvrir qu'il reste encore quelque chose à faire après cela, n'est-ce pas déroutant ? Si l’on écoutait le Globe, on ne le ferait pas du tout ; c'est beaucoup plus simple ; mais la simplicité, qui est souvent de la grandeur, devient ici de la petitesse, Congçoit-on que ce grand organe, qui a 40,000 abonnés dans tout le Dominion, qui remue des flots d’or, nous marchande à nous, à notre pauvre cité ruinée au profit de toutes les autres, et dispute au gouvernement fédéral une dépense de trente mille louis pour élever une résidence d'été au gouverneur-uénérol? ‘“ Ce doit-être là, dit-il, une dépense lo cale.” Ah! vraimert ! Kh bien, alors, pourquoi la ville d'Ottawa n'a-t’elle pas été chargée toute seule de Ja construction de Rideau Hall, résidence d’hiver, et n'est-elle pas taxée uniquement pour son entretien ? À quel titre la construction d'un château d'été pour le gouverneur-vénéral de toutes.les colonie devient-elle une dépense locale ? Est ce à la ville de Québec ou bien au gouvernement fédéral qu'ont été tranférées la forteresse, les fortifications et tous les terrains militaires qui se trouvent dans notre ville et qui en prennent une si large part ? Est-ce nous seuls, les Québecquois, qui sommes appelés à payer pour le maintien du système colonial, et, sinon, en quoi serions-nous tenus ex: clusivement, avec nos seules essources, d'élever une demeure somptueuse au gouverneur-général, qui est le plus haut représentant de ce système ? Quoi ! nous aurions seuls, nous qui ne sommes que 70,000 dans une confédération qui compte quatre miilions d'âmes, le magnifique privilége d'offrir, à nos frais et dépens, une éternelle hospitalité

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au gouverneur nommé par là Grande Bretagne et dont ‘a confédération entière paie le traitement ? Si la résidence officielle d'été du gouverneu général est une dépense locale pour la ville qu’il a choisie, alors qu’on rende à cette ville les terrains militaires que la métropole a abandonnés, et dont le gouvernement fédéral perçoit les revenus.

I] me semble que ce sont bien là des propriétés locales ; si nous devons avoir seuls les charges, seuls aussi nous devons avoir les bénéfices ; mais si ;’on continue à regarder Québec comme une ville militaire appartenant à tout le Dominion, si l’on continue à lui imposer la privation de vastes espaces de terrain qui se trouvent dans son enceinte, de quel droit vient-on lui demander de se charger seule de 1° construction d’un édifice qui n’est pas pour elle, qui est 1 quement pour le représentant de la mère patrie ? On dira que cet édifice embellit la ville,que c’est nous qui profitons de ce spectacle et des avantages qu'il attire, et que par, conséquent c’est à nous de le payer ..., En vérité, voilà des arguments comiques |! Il faudrait donc, pour que nous ne fûüssions pas.tenus de construire à nos frais le château St. Louis, qu’il fût tellement laid, tellement rBoussant, que les voyageurs, au lieu d’être attirés à Québec, en fûssent tenus éternellement à distance |! Nous-aurons le privilége de ne pas payer seuls le château St, Louis à la condition que son aspect achève de nous ruiner ! Alors, il y a une chose bien simple à faire; invitons le gouveraeur, que le Globe est en train de rendre aussi peu exigeant que possible, à venir habiter l’ancien collége des Jésuites. Ilne peut entrer dans la pensée de personne qu'on veuille élever une résidence vice-royale avec l'intention d’enlaidi: la ville au lieu de lui apporter un ornement de plus ; eh bien ! puisque l'embellissement est une conséquence. forcée, inévitable de l’œuvre méme, pourquoi nous chicaner là-dessus ? Il me semble que

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la ville fait largement et généreusement sa part, dans l’état obéré de ses finances, en contribuant pour $30,000 à l’exécution du plan de Lord Dufferin. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'on veuille charger Québec de construire à. ses propres frais un édifice qui ne lui appartiendra pas. Est-ce que la citadelle, est.ce que les terrains militaires, est-ce que les fortifications n’appartiennent pas au gouvernement fédéral, et ne trouverait-on vas prodigieusement absurde de charger Québec de leur entretien et des réparations qui pourraient être nécessaires ? Eh bien ! alors, quand bien même le gouvernement fédéral ajouterait à toutes ces possessions, an prix de #100,000, un édifice de plus, où est donc la différence ? La différence ! c’est que cet édifice aurait une valeur réelle, que sa construction, au lieu d’être une dépense inutile ou contestée, est approuvée de tout le monde, tandis que les terrains militaires, que le gouvernement fédéral s’obstine à garder, n’ont aucune valeur entre ses mains.

Le Globe donne encore pour argument que si le gouverneur-vénéral actuel préfère Québec, son successeur pourrait fort bien aimemsde préférence un autre endroit, où il voudrait à son tour faire construire un château, et, *’#insi, le Dominion en aurait été pour ses frais en élevant à Québes le château St, Louis. Evidemment la fortune du Globe est faite, s’il a le courage de dire des choses comme celles-là à 40,000 abonnés quotidiens ; autrement, il hésitesaït, c’est bien sûr.

Craindre que chaque gouverneur successif veuille avoir une résidencc différente et ne demande pour cela un nouveau $100,000 au parlement fédéral, c’est supposer à ces grands dignataires une humeur beaucoup trop mobile, des goûts bien divers, c’est leur supposer une diversité de tempé. rament et une instabilité auxquelles nul d’entre eux ne nous

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a encore habitués, On ne voit pas Ge fantaisie semblable, même dans la longse suite de souverains qui gouvernent depuis des siècles les mêmns pays; ils se contentent d’habiter l’un après l’autre les mêmes palais et n’ont pas l’idée de s’en faire construire de nouveaux dans chaque endroit qui leur est agréable. Nos gouverneurs ne sont pas d’une nature tellement en dehors de celle des autres hommes qu’on leur suppose des goûts exceptionnels, et, en fût-il ainsi, füssionsnous menacés de.la perspective d’un nouveau château à bâtir pour chaque gouverneur nouveau, sommes-nous bien sûrs que la série de ces gouverneurs soit interminable ? Pouvor rous croire qu’elle se prolongera tellement dans Pavenir 4 * surface du pays devienne littéralement couverte de cha .ux élevés pour chacun d’eux ? Non, en vérité, messieurs, de pareis arguments, vous le sentez tous, sont nou-seulement puérils et absurdes, mais ils sont vexatoires, et de plus ils seraient odieux, s'ils pouvaient être un seul instant à craindre pour nous. Si les objections du Globe exprimaient l'opirion d'Ontario, la province la plus peapiés etla plus riche du Dominion, il faudrait la croire aussi mesquine, aussi étroite d'idées qu’elle est œuissante par le nombre et la fortune. Vouloir convertir en dépense purement locale la construction d’un chteau qui ne coûterait que la misérable somme de &100,000 pour le représentant d’une métropole dont on veut rester éternellement la colonie, comme c’est le désir do l’ultra-loyal grand organe de Toronto, c'est montrer que sa loyauté n’a pas un grand prix à ses propres yeux. [l me semble qu'à ce compte les rôles vont être intervertis, et que c’est nous qui allons nous monvrer plus loyaux que la reine elle-même. Non seulement nous ne faiscus aucune difficulté à ce que le gouvernement fédéral dépense $100,000 pour construire le nouveau château St. Louis, mais nous en accepterions bien $#200,000, même $300,000, un demi-million ! si cette grosse

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