SCENE vin
HENRIETTE, puis ROBERT.
Henriette, le regardant sortir.
C’est étrange... quelle influence extraordinaire cet homme a-t-il donc sur moi. . . tant qu’il est resté dans cette chambre, j’ai eu peur., maintenant qu’il s’est éloigné... je ne sais quel sentiment irrésistible m’attire vers lui. .. (Henriette a pris un flambeau, sur le buffet, au fond, et vient l’allumer à la cheminée.) Allons, chassons toutes ces idées... Robert ne viendra pas pe soir... l’orage|sans doute l’aura retenu... pourtant j’aurais bien voulu lui dire. . .
robert, qui est entré sur les derniers mots.
Quoi donc, Henriette ?
ROBERT
Vo%s croyiez que je ne viendrais pas, c’est mal, Henriette... ne savez-vous pas qu’il m’ost impossible de passer un jour sans vous voir V
t HENRIETTE.
Ecoutez-moi, Robert, et pardonnez-moi mou courage.
Comment?
ROBERT
HENRIETTE
La raison m’en fait un devoir.
ROBERT
Expliquez-vous !
HENRIETTE
Robert, il faut m’oublier... il faut cesser de nous voir.
ROBBRT.
Vous oublier!. .. Ne plus vous voirl... Allons donc! est-ce que c’est possible!... Mais vous ne m’aimez donc pas, Henriette?
HENRIETTE
Je ne vous aime pas?... Ah! Robert, est-ce que mes larmes ne vous prouvent pas le contraire?
ROBERT
Mais alors, pourquoi me parlez-vous de séparation, d’oubli ?
HENRIETTE
Parce que je ne m’appartiens plus... parce que je suis la fiancée d’un autre.
ROBERT
D’un autre!
HENRIETTE
Tout à l’heure, Mathurin est venu demander ma main à mon père.
ROBERT
Eh bien?
HENRIETTE
J’ai promis.
< ROBERT
Oh ! mais, vous ne tiendrez pas cette promesse.
HENRIETTE
Si, Robert : y manquer ce serait briser le bonheur de ceux qui m’ont élevée, car ce mariage c’est le vœu de ma mère, l’espoir de mon père.
Vous appartiendriez è un nuire?... Vous pourriez en aimer un antre!... Oh! ne dites pas cela, Henriette, ne dites pas cela!... car vous me rendriez fou... et je tuerais cet homme...
HENRIETTE
Robert !
ROBERT
Henriette, vous êtes toute ma vie, tout mon bonheur, et je Tous disputerai à l’univers entier.
L’ANE MORT
HENRIETTE
Mais alors, Robert... pourquoi n’agissez-vous pas comme Mathurin?... pourquoi ne demandez-vous pas, comme lui, ma main à mon père?
ROBERT
Pourquoi?... parce que je n’ai pas de nom à vous offrir, Henriette.
HENRIETTE
Comment?
ROBERT
Je suis sans famille, sans fortune.
Ah!
ROBERT
Je n’avais que mon amour, et je vous l’ai donné, Henriette.
HENRIETTE
Robert !
ROBERT
Mais j’ai un espoir qui se réalisera bientôt, peut-être... et alors... je pourrai venir frapper à la porte de Pierre Bernard, je pourrai lui demander hautement la main de sa fille, car je ne serai plus un enfant perdu, abandonné, Henriette, j’aurai un nom... et un nom qu’une femme sera flère de porter. henriettb, allant à Robert.
Que voulez-vous dire?
ROBERT
Ne m’interrogez pas... bientôt je vous dirai tout; mais jusque-là, attendez, Henriette... ne me retirez pas le bonheur que vous m’avez donné, laissez-moi cet amour qui fait toute ma force, tout mon courage.
HENRIETTE
Mon Dieu, mon Dieu !... est-ce vrai?
ROBERT
Henriette, Henriette î... je t’aime ! ( Il F entoure de ses bras. )
HENRIETTE
Robert... je vous en prie, laissez-moi. {Elle monte l'escalier. ) robert. {Il se met à genoux.)
Henriette, un mot. un seul... Je vous reverrai, n’est-ce pas?
Henriette, après un moment d'hésitation.
Oui.
ROBERT
Et tu m’aimeras toujours ?
hbnriette, sur le seuil de la porte, baissant les yeux.
Toujours. (Elle sort.) — ( Picheric est entré sans être vu, il a pris la bouteille et s'est assit devant le feu.)