SCENE IX
ROBERT, PICHERIC.
picheric, buvant.
A vos amours, Robert !
ROBERT
Picheric !
PICHERIC.
Ah çà, on dirait que ma présence ne t’est pas des plus agréables... Ingrat ! nous avons donc de3 secrets champêtres pour notre ami?
ROBERT
Plus bas, Picheric, plus bas.
PICHERIC.
Oh ! oh ! nous avons peur d’être entendu, mauvais sujet... Allons, venez tout de suite demander pardon à votre ami, venez lui avouer Vos torts.... et comme il a le cœur sensible, il pardonnera. ( Jl remonte au fond. ) Partir maintenant, non ! [Il apporte un verre.) 11 vaut mieux rester. Voyons, Robert, raconte-moi tes fredaines, je suis en gaîté, ça m’amusera. (Il s'assied et verse à boire. )
ROBERT
Mon Dieu I Picheric... je ne sais pas ce que tu veux dire... je n’ai rien à t’apprendre.
PICHERIC.
Ca, c’est vrai, je sais tout.
ROBERT
Toutl... quoi donc.
PICHERIC.
Je sais que tu t’amuses à roucouler avec une paysanne de...
ROBERT
Plus bas, donc !
PICHERIC.
Tu l’as déjà dit... mais, mon cher, il n’y a pas à dire, il faut renoncer a cette idylle, car, dans quelques heures, nous partons.
ROBERT
Cependant...
PICHERIC.
Oui, je sais ce que tu vas me dire... La campagne est superbe I Henriette est charmante, et l’amour t’attache au rivage.
ROBERT
Eh bien ! si cela était !... si en effet la grâce naïve, les Charmes de cette enfant... son amour pur et discret.
L’ANE MOUT
picheric, riant.
Ah! ah! ah!
ROBERT
Oh! ne ris pas.... je te le défends !...
picheric, riant plus fort.
C’est uniquement pour t’obéir.
ROBERT
Tiens! veux-tu rompre è tout jamais, Picheric?... veux-tu oublier pour toujours le pacte qui nous lie l’un à l’autre?
PICHERIC.
Ah çà, mais tu es fou?
ROBERT
Non, je suis amoureux... sérieusement, de cette jeune fille que j’ai rencontrée sur ma route il y a quinze jours h peine. picheric, riant.
Avec son âne, monsieur Chariot, je gage !... j’en ai ouï parler. Le coursier l’emportait éperdue à travers les halliers, tu t’es précipité au devant, et...
ROBERT
Oui.
picheric, riant.
Parbleu I
ROBERT
Dans sa terreur, Henriette avait perdu sa coiffe, ses cheveux étaient en désordre. Oh l qu’elle était jolie ainsi !
PICHERIC.
Et enfin... depuis?
ROBERT
Depuis, elle revint presque chaque jour.
PICHERIC.
Toujours montée sur son âne qui ne s’enfuyait plus, cette fois.
ROBERT
Non, mais qui s’arrêtait instinctivement, au contraire, à cotte même place où je l’avais reçue dans mes bras.
PICHERIC.
Séducteur, val... encore une victime!
ROBERT
Oh! non. Henriette a résisté à mes prières, à mon amour. pichbric, à part.
Diable ! j’aimerais mieux qu’il en fût autrement.
ROBERT
Mais je le jure, Henriette sera à moi.
PICHERIC. . .
Qu’espères-tu donc?
ROBERT
Le sais-je moi-même?
PICHERIC.
Dépêche-toi de prendre un parti! cette nuit même... car, je te le répète, demain il faut partir.
ROBERT
Eh bien!... écoute, je servirai tes projets de fortune. picheric, riant.
Tu pourrais bien dire les nôtres.
ROBERT
Je t’obéirai aveuglément, mais... tu me laisseras emmener cette jeune fille.
PICHERIC.
Tu es fou 1
ROBERT
Eh bien, alors...
PICHERIC.
Allons, soit, buvons... (o part) nous verrons après.
Robert arrache une feuille de son carnet, et écrit.
« Cette nuit même, Henriette, il faut que je vous parle... A » minuit , je serai devant la fenêtre de la salle basse ; venez » l’ouvrir. »
picheric, riant.
Ajoute : H y va de ma vie... c’est un vieux moyen, mais il réussit toujours. ( Bobert a plié le papier et le glisse sous la porte (T Henriette, à gauche, en haut de l’escalier.)
ROBERT
Demain, Picheric, je serai tout à toi.
picheric.
Et tu ne t’en repentiras pas, je te le jure... Robert, je t’ai promis un grand nom et une immense fortune... Si tu me secondes, bientôt tu habiteras l'hôt< 1 du feu duc de Royan.
ROBERT
Que veux-tu dire?
picheric.
Rien de plus aujourd'hui; à demain les affaires sérieuses.
ROBERT
A demain donc, à demain. [Il sort.)