ACTE I
PICHERIC.
Oui, oui, tu es fait pour la vie calme et simple... Au lieu d’un hôtel splendide, eh bien ! tu auras une boutique modeste : Bernaud et gendre, marchands de grains. Au lieu de cent femmes plus séduisantes les unes que les autres, tu auras une bonne campagnarde qui, chaque année, le donnera un marmot pour le jour de ta fête... voilà, voilà la vraie félicité. Adieu, Robert... moi, qui ne suis pas amoureux, je vais chercher les moyens de faire fortune ailleurs. (Il remonte.)
robert, l'arrêtant.
Voyons, Picheric, tu ne m’as jamais parlé ainsi.
PICIIERIC.
Je croyais que le bonheur n’était pas pour toi dans la misère et la solitude... je me suis trompé!... quittons-nous donc... épouse ta Dulcinée... sois heureux et renonçons à nos projets.
ROBERT
Y renoncer... jamais!...
PICIIERIC.
Ah! voilà enfin un mot raisonnable... Sache donc que je vais plus loin encore dans mes idées d’avenir... Marie de Royan, la nièce de la duchesse, (souriant) ta cousine future .. elle est, dit-on, jeune et belle, mille fois plus belle que ton Henriette... eh bien! qui te dit que la duchesse ne rêvera pas un mariage entre toi et sa nièce, dont la fortune est considérable?
ROBERT
Quoil tu penserais...
Qu’il faut en Unir avec ce caprice ridicule... qui se nomme Henriette Bernard.
ROBERT
Mais c’est la tuer, Picheric.
P1CUERIC.
Ah! que tu es jeune, va... Dans un mois, elle sera la femme de Mathurin. Voyons, choisis... d'un f êté, l’obscurité, la misère... de l’autre, un grand nom, une immense fortune... et une femme charmante par dessus le marché I...
ROBERT
Mais...
PICHERIC.
Tu hésites encore!...
ROBERT
Eh bien! non... et je l’obéirai.
PICIIERIC.
Allons donc... Mais on se dirige de ce côté... dérobons-nous * aux regards indiscrets. (A part, en entraînant Robert.) Dans deux heures, nous serons loin d’ici.
L’ANE MORT