SCENE X
MARTHE, BERNARD. (Bernard fait ses comptes, Marthe file
son rouet.)
BERNAUD.
Dis donc, la mère...
MARTHE
Quoi, Bernard?
BERNARD
Hé! hé!
MARTHE
Tu ris... le relevé de l’an est donc...
BERNARD
Meilleur encore que celui de l’année passée. Total : dix-sept cent vingt écus ronds.
MARTHE
Dix-sept cent vingtécusl... (Elle selève.) Dieu bénit les pauvres gens comme nous.
BERNARD
Allons, Mathurin aura peut-être fait une meilleure affaire qu’il ne pense.
MARTHE
Ah! le pauvre garçon ne songe guère à l’argent... s’il épouse not’ Allé, c’est, comme on dit, que l’amour lui serre la gorge.
BERNARD
Sais-lu bien que Mathurin possède h l’heure qu’il est vingtcinq mille livres et le moulin de son père... qu’est un fameux moulin.
MARTHE
Oui, c’est vrai.
BHRNARD.
Avec ça, nous pourrons faire le commerce en grand, et dans quatre ou cinq ans, nous serons rentiers; t’auras ta place mar»
4 L’ANE MORT
quée k l'église, la mère... t’auras des dentelles longues comme ça... moi, j’aurai... les mains dans mes poches... et Henriette; not’ fille, elle aura...
MARTHE
Des petits enfants que j’élèverai dans l’amour du prochain et la crainte du bon Dieu.
BERNARD
Et que j’emmènerai à la chasse... Tiens, il me semble que j’y suis déjà.
Marthe, un peu rêveuse.
Ah ! oui, oui... tout cela c’est un beau rêve.
BERNARD
Un rêve!... c’est-il un rêve que nous avons une fille jeune, jolie... et bien élevée? C’est-il un rêve que Mathurin, le plus riche meunier du pay>, en tient pour notre fille? * [Marthe vient s’asseoir en face de B< ■tard.' 1 C’est-il un rêve, ces dix-sept cent vingt écus de bénéfice :i dansent là, devant moi, en ayant l’air de m’agacer... les f. ans? Dis, d. s, c’est-il un rêve?... [On frappe à ta porte du / , i.)
MARTHE
On a frappé. [Elle te lève pour aller ouvrir.)
BERNARD
Attends, que je serre le magot... on ne sait pas à qui on peut avoir à causer, d’autant plus qu’en remontant le petit bois, j’ai vu la maréchaussée tout en désarroi... Attends, attends!... [Il serre l’argent dans une armoire. Marthe va ouvrir.)