SCENE II
Les Mêmes, PICHERIC, en paysan .
PICItERIC.
Pardon, excuse la compagnie; c’est-il ici que demeure Pierre Bernard, marchand de graines ?
MARTHE
C’est ici.
PICHERIC.
Alors, v’ià mon affaire. [À part.) Il n’y est pas.
MARTHE
Qu’est-ce que vous demandez?
PICHERIC.
Ce que je demande?... ce que... [A part.) C’est pas toi, va. [Haut.) Voilà... je m’appelle Christophe, je suis revendeur, et je voudrais... [A part.) Oii diable peut-il être? [Haut.) Je voudrais voir vos échantillons.
* Marthe, Picheric, Bernard.
BERNARD
C’est facile.
PICHBRIC.
Et si ça me séduit, marché conclu ; je suis tout rond, et vous?
bernard, riant.
Mais pas mal, comme vous voyez.
PICHERIC.
Alors, ça va marcher tout seul ; montrez-moi les échantillons. ( Marthe a repris son rouet, Bernard va chercher des casiers.) Je suis sûr pourtant d’avoir vu Robert rôder autour de cette maison... Que diable vient-il faire ici? hbnriktte sort de sa chambre par V escalier et apporte d sa mère une pile de serviettes.
Tiens, mère, le linge est bien en ordre, h présent. picreric, à part.
Oh 1 la jolie fille!... je commence à comprendre!...
MARTHE
Comment! tout çal... oh! t'as trop travaillé, enfant... il n’y a pas de bon sens.
Henriette, apercevant Picheric.
Un étranger!... ( Elle remonte à la fenêtre.)
bernard, redescendant.
Voilà du froment qui est gros et ferme qu’il y en a plein la main... de l’avoine qu’on pourrait en charger son fusil... du seigle d’une fière venue... du...
picheric, regardant toujours Henriette.
Oui, oui, c’est d’une assez belle venue! mais m’est avis que ce n’est pas là vot’ plus bel échantillon.
BERNARD
Exc usez-moi... mais si.
PICHERIC.
Eh bien!... et celui-là, donc!... (Il montre Henriette.)
BERNARD
Ma fille !
PICHERIC.
Ah ! c’est vot’ fille ! je vous en fais mon compliment, c’est bien cultivé.
Henriette, à la fenêtre, à part.
Je ne l’ai pas vu depuis ce matin.
BERNARD
N’est-ce pas qu’elle est jolie, not’ fille?
* Henriette, Marthe, Bernard, Picheric.
L’ANE MORT
picheric, à part.
Je crois bien ! que trop, pour ce fou de Robert!
BERNARD
Nous allons la marier après la récolte.
picheric, à part.
La marier !... est-ce que?... {Haut.) Avec qui?
' bernard.
Avec qui?... avec un gars, donc!
PICHERIC.
Du pays?
bernard.
Tiens!... c’te farce !... avec Mathurin le meunier; un fameux parti.
PICHERIC.
Avec Mathurin!... {A part.) Ah! je respire...
BERNARD
Je parie qu’elle attend son amoureux.
martiie, qui n'a pas quitté sa fille des yeux, à part. Henriette est toujours bien triste. {Tonnerre.)
PICHERIC.
Oh ! oh ! on dirait que nous allons avoir de l’orage.
Ferme la fenêtre, Henriette, et viens t’asseoir près de moi. ( Henriette ferme la fenêtre et vient s'asseoir. A part.) Gomme elle est pâle! {Haut.) Tu ne souffres pas, mon enfant?
HENRIETTE
Non, ma mère.
bernard.
Eh ben! qu’est-ce que vous dites de mes grains?
PICHERIC.
Qu’ils sont superbes, et que nous nous reverrons pour terminer l’achat.
bernard.
A votre aise. {Il serre ses échantillons. Nuit au fond.) picheric, à part.
Oh! je connais Robert... il ne renoncera pas facilement à une pareille conquête... Allons, allons, je sais maintenant tout ce que je voulais savoir.
bernard, qui est remonté.
Tiens! v’ià Mathurin.
Henriette, se levant, à part.
Malhurin !
BERNA. RD
11 arrive à temps pour ne pas être trempé jusqu’aux os. (A Picheric.) Vous devriez attendre un brin... monsieur Christophe.
PICHERIC.
Merci ! merci 1 j’aime la pluie.
BERNARD
Eh bienl yous y avez la main. (La pluie tombe.)