SYLVIO, HENRIETTE
SYLVIO
HENRIETTE
Pardon 1 ( Elle veut sortir. )
syi.vio la retenant.
Vous voulez me fuir encore?... eh bien, non... non... car je ne puis plus vivre ainsi... 11 faut...
HENRIETTE
Que voulez-vous encore, mon«ieur? Ne voyez-vous donc pas, à la pâleur, à la liistesse de Marie, qu’elle se doute de l’insulte que vous lui faites ?
SYLVIO
Marie !... que m’importe Marie!... que m’importe le monde entier!... Henriette, c’est toi, loi seule que je regarde... Tu es pauvre, délaissée... eh bien, je suis riche, moi... Un mot, rien qu’un mot, et j’abandonne tout... nous fuirons ensemble.
HENRIETTE
Mais Marie, monsieur?... Marie, à qui vous avez promis votre nom... votre main... Marie qui, en échange, vous a donné son cœur.
SYLVIO
Marie !... mais je ne l’aime pas... je ne l’ai jamais aimée.
HENRIETTE
Monsieur, vous ne dites pas ce que vous pensez... Oh! avoupz-le, je vous en conjure h genoux... c’est ma sœur!... c’est mon amie!... Non, non, il n’est pas possible que tant de jeunesse, tant de pureté ne vous touchent pas!... il est impossible que vous repoussiez tout cela !... et pour qui?
SYLVIO
Pour qui?... mais pour loi... pour toi qui es la plus belle, la plus généreuse des femmes ! pour toi enfin!...
HENRIETTE
Pour moi... qui suis une fille perdue!
sylvio.
Henriette!... que dites-vous?
HENRIETTE
Vous me forcez à rougir devant vous... eh bien, soit. C’est une punition de plus... Oui, je suis une malheureuse fille qu’on a
« L’ANE MORT
trompée, réduite, entourée de pièges, de promesses... à laquelle on a volé 1 honneur, et qu’et suite on a repoussée du pied comme un jouet inutile... Voilà pourquoi j’ai fui la m<ison de mon pere. Depuis six semaines, j’ai bien souffert, a lez... et si on pouvait compter mes nuits sans sommeil, mes jours sans repos, on aurait pitié de moi, et vous-môme, Sylvio, vous ne voudriez pas me rendre plus coupable que je ne le suis déjà.
SYLVIO
Henriette !
HENRIETTE
Sylvio ! encore une fois, ne sacrifiez pas Marie à une fille perdue.
SYLVIO
Une fille perdue !... (Il traverse,) toi?... Non, non, je ne te crois pas, tu as menti, c’est un sacrifice que tu fais à Marie.
Le sacrifice de mon honneur!... Ohl vous ne pensez pas ce que vous dites...
STLVIO.
Non, c’est vrai. . . tu as raison. .. je suis bien forcé do croire a tes paroles... et pourtant. . . ( Marie entre et vient doucement entre eux.)
HENRIETTE
Eh bien ?
SYLVIO
Eh bien! Henrielle, malgré tout ce que tu, m’as dit... mou cœur vole encore vers toi; ange ou démon, je t’aime Henriette. (Avec passion.) Je t'aime! (Marie s’est avancée lentement.)