ACTE IV
PICHERIC.
Pourquoi! mais pour savoir comment elle se porte.
ROBERT
Veux-tu me répondre?
PICHERIC.
Tu l’exiges?
ROBERT
Oui, car je le répète... ce calme cache quelque chose d’horrible.
picheric, très-calme et raillant.
Ce qu’il y a de certain , c’ei-t qu’Henriette connaît tous nos secrets, et que cela me contrarie.
Mais enfin, quelles sont tes intentions à l’égard de cette fille?
PICHERIC.
Mes intentions? c’est, quand je la rencontrerai, de lui dire : mademoiselle, M. Robert, voire amant, vous a abandonnée... il a, comme vous le savez, pris un nom qui ne lui appartient pas... il est sur le p ûnt, peut-être, d’épouser une charmante jeune fille qui s'appelle Marie de Royan, et je vieus vous prier de ne point troubler son bonheur.
ROBERT
Tu railles, sans doute?
PICHERIC.
Tu crois qu’elle n’y consentira pas? elle a donc un bien mauvais caractère ?
ROBERT
Tu vois bien que tu railles.
PICHERIC.
Du tout, je crois que tu la juges mal... et que nous ferons d’elle tout ce que nous voudrons.
ROBERT
Je le disais bien... Tu penses à te débarrasser d’Henriette.
PICHERIC.
Tais-toi donc... si on t’entendait, pour qui donc nous prendrait-on? je te le demande?
ROBERT
On nous prendrait pour ce que nous sommes, pour des. .
Ne le dis pas, puisque nous le savons.
ROBERT
Oh ! tiens, tu me fais horreur.
L’ANE MORT
pichrric.
Mon cher ami, les hommes de ta trempe, je ne les comprends pas, je te l’avoue... il fallait être honnête homme tout à fait, tu n’as plus le choix.
ROBERT
Comment?
picheric, se levant la bouteille à la main .
Est-ce que tu ns oublié déjà la partie de cartes?... qu’on est heureux de n’avoir pas de mpmmre... ( Picheric va à la porte du cabaret et demande une bouteille de vin.) Ah çà , mais voyons?... je pense que nous ne sommes pas ici pour faire de 1’espnt, Henriette sait tous nos secrets, n’est-ce pas?
ROBERT
Oui.
PICHERIC.
Tu m’accordes cela l ah bien, le reste va aller tout seul. [Un garçon apporte du vin, Picheric revient à la table.) Sais-tu ce que peut nous coûter un moment de délicatesse?
ROBERT
De délicatesse !
PICHERIC.
Oui... le mot est joli... j’y liens!... Si Henriette arrive au château de Royan... nous sommes... démasqués... tiens, encore un joli mot, il veut dire bien des choses; si nous ne devions perdre que la position que nous nous sommes faite avec tant de peine, je n’y regarderais pas : les biens de la lerre sont périssables; mais par malheur, il y va, pour nous, de mieux que cela, il y va de la... non, je n'acheverai pas. Il ne faut pas parler de corde devant un pendu, dit un proverbe : mais c est bien plus grave à mon sens d'en parler devant des gens qui peuvent l’être.
ROBERT
Que dis-tu?
rien eric.
Ecoute donc, tu n’es pas noble, ni moi non plus.., et... par conséquent... ah! le billot, la hache, c’est très-bien, ça pose un homme, mais la corde... c’est... déshonorant!
ROBERT
Ah ! as-tu juré de me rendre fou?
PICHERIC.
Au contraire, je veux te rendre raisonnable ; après toul, si nous en sommes là, c’est ta faille ; si tu n’avais pas cavalcalé sur un âne dans les buis de Royan, à cette heure, nous serions tranquillement installés dans le château de nos pères, mais enfin... le mal est fût... n’en parlons plus que pour chercher le moyen de le réparer.